Cette décision est un vrai coup d’arrêt pour la diplomatie sportive saoudienne
SPORT – Game over. Annoncés, puis repoussés, les premiers Jeux de l’esport, équivalent des Jeux olympiques pour les compétiteurs de jeux vidéo n’auront finalement pas lieu en Arabie saoudite en 2027. Un premier vrai coup d’arrêt pour le soft power saoudien, qui nourrissait de grandes ambitions sportives avec cette nouvelle compétition.
La raison de ce renoncement ? On la doit au Comité international olympique, qui a annoncé ce jeudi 30 octobre que les Jeux de l’esport ne se tiendraient finalement pas à Riyad. Le CIO et le comité olympique saoudien avaient pourtant conclu en 2024 une alliance inédite pour douze ans autour de ce projet. Ils ont finalement « convenu d’un commun accord de mettre fin à leur coopération », explique l’instance olympique. Sans en dévoiler les raisons.
Mais renoncement ne veut pas dire abandon. L’organisation basée à Lausanne tient à conserver son idée de Jeux de l’esport en parallèle de ses rendez-vous traditionnels que sont les Jeux olympiques d’été et d’hiver et les Jeux olympiques de la jeunesse. Soucieux depuis des années d’épouser l’évolution des pratiques sportives pour ne pas laisser vieillir son audience, le CIO explique, à ce stade, rechercher « un nouveau modèle de partenariat », « une nouvelle approche » des Jeux de l’esport. Mais celle-ci reste encore à définir.
« Les deux parties sont déterminées à poursuivre leurs ambitions respectives dans ce domaine, chacune suivant sa propre voie », explique l’instance olympique, qui va tenir compte « des retours recueillis » lors de la phase de réflexion lancée avant l’été par sa nouvelle présidente, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry.
Le processus, lancé en 2023 par la « commission de l’esport » présidée par le Français David Lappartient, repart néanmoins à zéro. Et donc sans territoire hôte ni échéance, alors que les défis sont nombreux pour faire entrer l’esport dans l’univers olympique. Outre les négociations avec les éditeurs de jeux − une problématique inconnue des Jeux traditionnels −, il reste à structurer les divisions esport des fédérations internationales, constituer les joueurs en équipes nationales, mettre sur pied des programmes antidopage et de contrôle de l’intégrité des compétitions et sélectionner les épreuves selon les critères de « non-violence » posés par le CIO.
Stratégie saoudienne inchangée
Malgré ces obstacles, l’objectif reste « d’organiser la première édition le plus tôt possible », promet l’organisation de Lausanne, affirmant « que l’initiative suscite un fort engouement et un soutien considérable » du mouvement olympique comme « de la communauté de l’esport ».
Le premier chantier sera d’identifier des hôtes intéressés, alors que le partenariat avec l’Arabie saoudite s’était fait sans mise en concurrence et pour une durée sans précédent dans l’histoire olympique, avec des éditions annoncées jusqu’en 2037 dans le Golfe. D’ailleurs, la rupture de l’alliance avec l’organisation de Lausanne marque un vrai coup d’arrêt pour les ambitions olympiques de l’Arabie Saoudite, puissance montante du sport mondial, notamment intéressée par l’édition 2036 des Jeux olympiques d’été.
Ces dernières années, la monarchie pétrolière multiplie l’organisation d’épreuves de prestige (foot, Formule 1, équitation, boxe). Une stratégie impulsée par le prince héritier Mohammed ben Salmane pour développer le tourisme, réduire la dépendance aux revenus de l’or noir et, selon ses détracteurs, détourner l’attention internationale des violations des droits humains.
C’est pourquoi l’Arabie saoudite avait fait un premier pas remarqué dans les compétitions multisports en décrochant à la stupéfaction générale l’organisation des Jeux asiatiques d’hiver en 2029, dans son complexe futuriste toujours en chantier de Neom. Puis avec l’obtention de l’organisation du Mondial 2034 de football en décembre dernier. Au terme d’une procédure express et sans concurrence. Dans l’immédiat, le royaume du Golfe compte donc se consacrer « à la Coupe du monde d’esports », tournoi annuel inauguré à l’été 2024, ainsi qu’au « lancement de la première Coupe des Nations d’esports en novembre 2026 », annonce sur son compte linkedin l’Esports World Cup foundation basée à Ryad, l’un des ex-partenaires saoudiens du CIO.


