Les polémiques s’accumulent après le piratage du fisc, le gouvernement présente des excuses
Un parfum de scandale. Mis sous pression par les oppositions après le piratage massif de données appartenant à l’administration fiscale, le gouvernement fait officiellement son mea-culpa. « À chacune des personnes concernées, je tiens à présenter nos excuses, parce que ce qui est arrivé est insupportable pour les Français », a indiqué le ministre des Comptes publics David Amiel ce mardi 18 août lors d’une conférence de presse organisée cinq jours après l’officialisation de la cyberattaque.
Il faut dire que cette affaire à tout pour coller à la chaussure du gouvernement comme un sparadrap. L’ampleur (700 000 particuliers et entreprises concernés) et la gravité du piratage, tout d’abord, qualifié de « sans précédent » par les spécialistes du numérique. Puis les nombreuses polémiques qui continuent d’en découler.
Ainsi, les oppositions se sont demandé pourquoi l’exécutif a attendu plusieurs semaines pour annoncer une fuite qui s’est produite à la fin du mois de juin. « Nous avons conduit des investigations qui ont échoué à repérer ce qui s’est passé. Nous avons appris le vol de données le 12 août, nous n’en avions pas connaissance avant », a assuré à ce propos Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques.
« Le mail est totalement incomplet »
Certains ont ensuite pointé du doigt (dans nos colonnes notamment) la « négligence irresponsable » des gouvernements depuis le printemps 2025, qui n’ont pas jugé bon de mettre à l’ordre du jour de l’Assemblée un texte sur la cybersécurité, pourtant adopté au Sénat. Enfin, c’est la réponse du moment de l’administration à cet événement massif qui pose question. Plusieurs spécialistes relèvent effectivement un manque d’informations dans le courriel envoyé aux personnes victimes du piratage.
« Le mail est totalement incomplet. Certes, il parle un peu de l’aspect des arnaques. Demain, vous allez pouvoir être contactés par une personne qui va se faire passer par l’administration fiscale et vous inciter à cliquer sur des liens. Mais je pense que l’élément principal qui manque, c’est de dire que ces personnes sont potentiellement en danger dans leurs habitations », expliquait par exemple Clément Domingo, un hackeur éthique, ce mardi matin sur RTL. Avant d’ajouter : « Dans les données qui ont été piratées, on a le fameux revenu fiscal de référence qui témoigne de la richesse des personnes. L’État leur met une cible dans le dos. »
Preuve par l’exemple. « Suite au piratage de la fédération française de tir, des gens ont été cambriolés chez eux parce qu’ils détenaient des armes de catégorie C. Pareil suite aux fuites de données sur les cryptomonnaies, des gens ont été séquestrés. C’est aussi ce qui risque d’arriver », assure encore cet expert de la cybercriminalité, dénonçant une nouvelle « faute » de la part de l’exécutif, manifestement à la peine pour prendre la mesure des événements.
Une autre fuite, rapidement « coupée »
Ce mardi après-midi, le ministre des Comptes publics David Amiel a par ailleurs demandé à ce que « l’usager » qui, inquiet pour ses données, « se tournera vers les services des impôts (…) soit accueilli avec le plus grand respect. » Une petite phrase qui intervient après qu’une capture d’écran d’un internaute sur X, montrant une réponse peu amène d’un agent du fisc, a provoqué une polémique dans la polémique.
Encore plus délicat pour l’exécutif, les doutes se multiplient désormais dans le sillage de ce piratage d’ampleur. Ainsi, la directrice générale des finances publiques a reconnu lors de cette même conférence de presse une nouvelle « fuite », la troisième, concernant des données liées aux successions et qui a été identifiée lundi par les services de l’État avant d’être « coupée ».
Cette « brèche » n’est « vraiment pas du tout de la même ampleur » que les autres attaques, dont une concerne des données liées aux cadastres, a toutefois estimé Amélie Verdier, car les informations exposées sont beaucoup moins sensibles, et similaires à celles qu’on trouve dans des « annonces légales » publiques, a-t-elle avancé. Le groupe qui a attaqué le fisc (ZeroBytes) revendique, de son côté, avoir également compromis plusieurs systèmes informatiques de l’Éducation nationale et en avoir extrait environ 43 gigaoctets de données, réparties dans plus de 2 600 fichiers. Ce qui n’est pas confirmé par le gouvernement jusqu’à présent.
Dans ce contexte, les sénateurs socialistes ont demandé une commission d’enquête parlementaire sur ces piratages massifs et les failles de sécurité dont souffre l’administration. Sur le terrain politique ou ailleurs, le scandale risque donc de durer.


