Divertissement

La finale de « Drag Race France » rappelle à quel point l’émission est politique (et que rien n’est acquis)

Entre Azemylia, Sublyme, Daisy Superbitch et Lana Cotta, une seule sera la reine. La quatrième saison de Drag Race France connaîtra son épilogue ce jeudi 27 août à 23h25 sur France 2 et france.tv. Comme pour les précédentes éditions, la finale a été enregistrée au Grand Rex à Paris il y a quelques jours, et Le HuffPost y était. Sans rien divulgâcher de cet ultime épisode, on fait le point sur une saison qui n’a pas été épargnée par les polémiques.

Dès la révélation du casting, la production a provoqué en tollé en recourant à l’intelligence artificielle pour créer certains visuels de présentation des participantes. Certains fans du programme ont par ailleurs trouvé les participantes moins fair-play les unes avec les autres que lors des saisons précédentes, tandis que d’autres ont critiqué les éliminations.

Mais comme la finale l’a souligné, Drag Race reste, malgré ses biais et ses défauts, un programme politique par essence. Plateforme de lutte contre les discriminations de visibilité des personnes LGBT, c’est « un refuge qu’il faut protéger », a revendiqué Daphné Burki, jurée principale depuis le lancement de la franchise, au cours de sa toute première intervention sous la voûte du Grand Rex. Une allusion à peine voilée aux attaques de l’extrême droite visant l’émission pendant la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et alors que la présidentielle de 2027 approche à grand pas.

Sur scène, la présentatrice Nicky Doll a rappelé que Drag Race France est « le seul show queer du service public ». Avant de remercier France télévisions « de nous permettre de partager nos valeurs, nos combats […] avec des millions de téléspectateurs ».

Lutte contre l’exclusion

De quels combats est-il question ? Au cours de cette saison, Drag Race a encore une fois donné à voir combien, en 2026, être une personne LGBT expose toujours à la violence et à l’exclusion. Quelques exemples : pour l’épreuve du makeover – durant laquelle les participantes doivent faire d’inconnus des drag queens – l’émission a accueilli des jeunes passés par Le Refuge, association qui soutient des ados et jeunes en rupture avec leur famille en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre. Des parcours de vie qui ont résonné chez plusieurs d’entre elles, à l’instar d’Azemylia : « Au collège, au lycée, on se moquait de moi parce que j’étais trop efféminé… »

Les larmes ont coulé dans l’atelier lorsque Lana Cotta a évoqué les violences physiques dans le milieu de la pâtisserie où elle a démarré sa vie professionnelle ou lorsque Fluffy Bidule a évoqué le harcèlement scolaire dont elle était victime adolescente, couplé aux agressions récurrentes à la maison.

« J’avais un père extrêmement violent », a-t-elle notamment raconté dans une séquence particulièrement émouvante. Face au public du Grand Rex, la femme trans de 27 ans a confié que ce témoignage à l’antenne avait eu des conséquences positives. « Ça m’a permis d’ouvrir la discussion avec une partie de ma famille et de renouer », a-t-elle confié pudiquement.

Santé mentale

Drag Race France n’a pas non plus éludé les questions de santé mentale alors que les idées suicidaires sont toujours très fréquentes chez les jeunes LGBT, en particulier chez les ados trans, selon un récent baromètre du Refuge. Margarette a ainsi témoigné des troubles du comportement alimentaire qui l’ont amenée à peser seulement 36 kg à l’âge de 13 ans.

Lors de la finale, Daisy Superbitch a évoqué, face à une photo d’enfance, la « tristesse », la « solitude » et la « honte » qui l’ont accompagnée dans son adolescence et sa vie de jeune adulte. « SI je suis encore en vie aujourd’hui, c’est grâce à tout ce que tu as donné et à ton soutien », a-t-elle également déclaré à sa mère présente dans le public, étouffant un sanglot.

Autant de questions pour lesquelles Drag Race France constitue donc une caisse de résonance incomparable. « Jamais autant de monde n’avait regardé Drag Race France » que pour cette quatrième saison, a d’ailleurs assuré Nicky Doll face aux caméras. Une façon de dire que toute remise en cause du programme ne serait que politique.