« Je vous demande de vous arrêter » : quand Balladur a fait entrer, malgré lui, une formule dans l’Histoire
Il n’aurait pas dû y être candidat. Il en est ensuite devenu le favori. Mais l’élection présidentielle de 1995 n’a finalement pas souri à Édouard Balladur, qui est décédé ce lundi 31 août à l’âge de 97 ans. Au soir du 23 avril 1995, c’est Lionel Jospin et Jacques Chirac que les Français avaient qualifiés pour le second tour.
Et de cette soirée, délicate pour celui qui était alors Premier ministre, est restée une formule devenue mythique qui trahissait son agacement devant les résultats annoncés quelques minutes plus tôt.
« Tout démontre que les Français l’ont décidé. C’est monsieur Jospin et monsieur Chirac qui seront présents au second », commence le troisième homme sur la scène de son QG. Il ne peut alors terminer sa phrase, recouverte par les huées d’une partie de ses soutiens. « Je vous demande de vous arrêter », les exhorte Édouard Balladur sur un ton sec et d’un air pincé très caractéristique. Il répète deux fois ces quelques mots avant de poursuivre et de « remercier de tout cœur toutes celles et tous ceux qui (lui ont) apporté leur soutien ».
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La formule n’a pas mis longtemps à faire le bonheur des humoristes, Guignols de l’info en tête, qui y ont vu un parfait résumé de la personnalité du candidat battu. Deux ans plus tôt, rien ne le prédestinait pourtant à être sur la ligne de départ. Après la victoire de la droite aux législatives de 1993, Édouard Balladur et Jacques Chirac scellent une alliance : le premier arrive à Matignon que le second se prépare à la présidentielle.
Mais au fil des mois, la popularité du chef du gouvernement croît rapidement au point de faire ressortir son ambition et de briser le pacte noué quelques mois plus tôt avec son ami de trente ans, rencontré autour de Georges Pompidou. Une guerre fratricide s’ouvre alors à droite, de nombreuses personnalités (Nicolas Sarkozy en tête) rejoignant la candidature du favori. Mais au début du printemps 95, ce dernier voit son étoile pâlir au profit du maire de Paris qui le double dans les sondages en mars et finira d’une courte tête devant lui au premier tour.
Lionel Jospin termine en tête avec 23,3 % des voix, devant Jacques Chirac (20,8 %) et Édouard Balladur (18,6 %). Deux semaines plus tard, Jacques Chirac est élu avec 52,6 % des suffrages et s’installe pour 12 ans à l’Élysée. Édouard Balladur, lui, restera député jusqu’en 2007 mais n’occupera plus de fonction de premier plan.


