Malgré l’instauration de règles, la primaire PS repart dans tous les sens
Il y a autant de bisbilles que de candidats à la primaire organisée par le Parti socialiste, et ça veut dire beaucoup. Alors qu’à un mois du premier tour prévu les 9 et 10 octobre, les parties prenantes tentent de mettre de l’ordre dans le processus de désignation, ce sont surtout les désaccords qui sautent aux yeux : du prix au périmètre en passant par les débats, tout est encore une fois sujet à débat.
Sur le papier, les modalités avaient été actées par un vote des adhérents socialistes au cours de l’été : 15 euros pour participer (ou 10 pour les revenus modestes), des parrainages à récolter en amont (pour les candidats issus du PS) et un périmètre de participation défini par la signature d’une « charte des valeurs » par laquelle les candidats s’engagent « à proposer le rassemblement à tous les partis de la gauche démocratique, écologique et républicaine afin de construire ensemble un programme commun, un accord législatif et un contrat de gouvernement ».
Tout est clair ? Peut-être pas tant que ça. Lundi 7 septembre, alors même que la conférence de presse de présentation officielle prévue ce mardi était en préparation, le Premier secrétaire du PS Olivier Faure (en retrait du fait de sa candidature) a jeté un petit pavé dans la mare en laissant entendre que rien n’était gravé dans le marbre. Et c’est la première secrétaire adjointe Johanna Rolland qui a dû déminer le lendemain devant la presse.
La primaire PS/Place publique veut avancer (ou peut-être pas)
Il y a d’abord eu la question du prix. « On peut toujours revenir en arrière », a déclaré le numéro 1 du PS sur BFMTV à propos du prix du ticket de vote, fixé à 15 euros. Lui ne désespère pas de le faire baisser à 2 euros et estime qu’il n’est pas trop tard pour changer d’avis. « Ah bon ? ! Non c’est impossible c’est décidé. » Interrogée sur ce point le lendemain sur Sud Radio, Ségolène Royal ne cache pas sa surprise et finit par botter en touche : « Je ne sais pas », évacue-t-elle avant de juger que « dans tous les cas, il faut avancer ». Comprendre : sur le fond et pas sur la forme.
Ce n’est pas gagné. La question des débats, par exemple, parasite les échanges. La majorité des candidats en lice en veut plusieurs, là où Raphaël Glucksmann penche plutôt pour un débat unique, même s’il assure ne pas vouloir se soustraire à l’exercice. Qu’en est-il ? « Nous avançons collectivement. (…) Notre objectif partagé, même s’il y a des visions différentes sur le chemin pour y parvenir, c’est de nous adresser à un maximum de Français et de Françaises », a esquivé Johanna Rolland, sans s’avancer sur un nombre éventuel de rencontres. Mais malgré la bonne volonté de la numéro 1 par intérim, il n’est pas si simple de gommer toutes les aspérités. À commencer par la plus gênante : le périmètre de la compétition.
« Règles » et « consensus »
Signataire de la primaire de Bagneux, Olivier Faure ne se résout pas au format restreint finalement décidé. « Si on me demande à moi si je suis favorable à l’idée de bloquer à l’entrée de la boîte de nuit et de faire videur pour celles et ceux qui veulent y rentrer, la réponse est non », a-t-il lâché sur BFMTV. La main tendue à François Ruffin, lancé en solitaire dans l’aventure présidentielle après l’échec de l’union, a aussitôt été saisie par l’intéressé. « Olivier Faure propose, à nouveau, une primaire de “Ruffin à Glucksmann”. Pour moi, c’est oui », écrit le député de la Somme sur X lundi soir. Avant d’interpeller directement Raphaël Glucksmann, l’accusant d’être complice des « apparatchiks » socialistes qui « verrouillent » la primaire par « peur » de la perdre : « Et toi, que réponds-tu ? ».
La réponse ne s’est pas fait attendre, sous la forme d’un message virulent signé Sacha Houlié. « Personne n’a peur de toi François. (…) Sans ton crime de lèse-majesté, tu serais encore avec La France insoumise. Comment peux-tu prétendre incarner la gauche sociale-démocrate ? », a cinglé le porte-parole de Raphaël Glucksman… qui fut lui-même macroniste avant de changer d’écurie. Un parcours que n’a pas manqué de lui rappeler Philippe Brun, député PS et lui-même candidat à la primaire qui a souligné qu’« on ne rassemblera pas 51 % des Français en vomissant sur Ruffin ». Un épisode dans l’épisode.
Dans les faits, la participation de François Ruffin à la primaire semble mort-née. Cuisinée par les journalistes, Johanna Rolland renvoie aux discussions qui ont eu lieu entre Place Publique et le Parti socialiste et ont abouti à une règle tacite. À savoir : tout nouveau parti qui souhaite rejoindre la primaire doit obtenir « le consensus » – comprendre l’unanimité – des deux pré-cités. Trois désormais, en comptant le microparti Gauche Républicaine et Socialiste d’Emmanuel Maurel qui a obtenu le feu vert des deux autres. Dans cette configuration, le refus net du camp Glucksmann, réaffirmé par l’eurodéputé sur RTL, douche tout espoir chez les Ruffinistes.
« Ce que j’attends, c’est que tout le monde respecte la règle et, quand on est Premier secrétaire du Parti socialiste, la première des choses qu’on doit faire, c’est respecter le vote de ses propres militants », abonde sur RTL un Raphaël Glucksmann visiblement agacé par les petites phrases d’Olivier Faure. Le champion de Place Publique promet de les respecter « même s’il perd ». La promesse est facile à faire pour celui qui fait figure de favori dans son camp à ce stade. D’autres préfèrent rester prudents, à l’image de Ségolène Royal. « Est-ce que vous demanderiez dans une compétition sportive à un sportif de haut niveau “Si c’est votre adversaire qui gagne, qu’est-ce que vous faites ?” Non. Je ne veux pas me poser cette question maintenant », a-t-elle évacué le 31 août sur France2. Et tant pis pour Johanna Rolland qui espère qu’une fois la primaire vraiment lancée, les candidats cesseront leurs invectives pour se concentrer sur « le fond ». On en est (encore) loin.



