Santé

Vous utilisez toujours la même main pour manger ou attraper votre tasse ? Et si vous utilisiez l’autre

Sans même y penser, la plupart d’entre nous utilisent spontanément leur main dominante (ou main préférentielle) pour attraper une fourchette ou une tasse, comme pour prendre un stylo ou un crayon. Mais une idée commence à circuler : utiliser sa main non-dominante (la gauche lorsqu’on est droitier) pour manger ou réaliser certaines tâches permettrait de stimuler son cerveau. Et, à terme, de réduire le risque de démence.

On sait déjà que l’apprentissage de nouvelles compétences est bénéfique pour les capacités cognitives. Mais le simple fait de manger avec son autre main peut-il réellement avoir un impact sur le risque de démence ?

Malheureusement, les deux spécialistes interrogés par Le HuffPost US sont formels : « Il n’existe aucune preuve directe », répond David Gonzalez, neuropsychologue au Rush University Medical Center de Chicago. Le docteur Benjamin Rosenstein, de la faculté de médecine de l’Université du Minnesota, partage cette analyse. « Rien ne prouve que réaliser des activités avec sa main non dominante permette de prévenir la démence », explique-t-il.

Pour autant, cela ne signifie pas que cette habitude soit inutile. Au contraire, rester actif, entretenir ses centres d’intérêt et apprendre de nouvelles choses peut contribuer à réduire le risque de démence. C’est probablement de là que vient cette idée.

Note : Cet article est une traduction réalisée par la rédaction du HuffPost France, à partir d’un article paru en septembre 2026 sur le HuffPost US. L’article original est à lire ici.

David Gonzalez estime d’ailleurs que le principe consistant à « faire travailler » son cerveau mérite d’être retenu. « Certaines études suggèrent que les personnes qui, tout au long de leur vie, sont davantage confrontées à des défis -au travail, dans des loisirs plus exigeants ou intellectuellement stimulants- présentent un risque plus faible de développer une démence à un âge avancé », rappelle-t-il.

Notre cerveau aime travailler et il adore la nouveauté

Mais attention, pointe Benjamin Rosenstein : apprendre un seul nouveau loisir ou une seule nouvelle compétence ne suffit pas. L’intérêt réside davantage dans le fait de rester actif et impliqué. « Lorsque vous essayez d’apprendre quelque chose de nouveau, vous restez engagé, vous vous mettez au défi, vous restez actif », résume-t-il.

Plus encore que l’apprentissage en lui-même, c’est donc le fait de rester stimulé et de maintenir son cerveau en activité qui est bénéfique. Encore faut-il trouver le bon niveau de difficulté. L’activité ne doit être « ni trop facile… ni trop difficile au point de devenir frustrante », pointe David Gonzalez.

En clair, il faut trouver le juste équilibre entre difficulté et nouveauté. « Dans le cas d’une personne droitière qui essaie d’utiliser sa main gauche pour effectuer une tâche, il y a une petite part de vérité », estime le neuropsychologue. Après tout, le cerveau doit s’adapter à une nouvelle manière de faire.

Mais l’intérêt ne vient pas réellement de la main utilisée. « Une fois que vous êtes capable d’effectuer la tâche avec cette main, elle ne constitue plus un défi », précise-t-il. Autrement dit, apprendre à manger de la main gauche peut représenter un petit exercice cérébral pendant quelques jours. Mais une fois le geste maîtrisé, il cesse d’être une véritable stimulation mentale.

Faire quelque chose de différent une seule fois, ou seulement à quelques reprises, ne changera pas non plus grand-chose. Ce qui compte, c’est de continuer à découvrir de nouvelles activités et de varier les défis : apprendre une langue, tester une nouvelle recette, pratiquer un sport, se lancer dans un nouveau loisir ou encore se perfectionner dans des travaux manuels.

Ces habitudes qui peuvent vraiment protéger le cerveau

En clair, il n’existe ni pilule, ni aliment, ni activité miracle capable, à lui seul, d’empêcher l’apparition d’une démence. Ce qui compte, selon Benjamin Rosenstein, ce sont plutôt « toutes ces habitudes mises en place sur le long terme », qui peuvent contribuer à réduire le risque.

Parmi les facteurs régulièrement associés à une meilleure santé cérébrale avec l’âge figurent notamment l’activité physique et une alimentation équilibrée. À partir de la quarantaine, il est également important de prendre soin de sa santé cardiovasculaire. « Cela passe notamment par le contrôle de la tension artérielle, de la glycémie et du cholestérol, la réduction du tabagisme et la surveillance du poids », détaille David Gonzalez. Un sommeil suffisamment long et de bonne qualité joue également un rôle important.

Autre élément de plus en plus étudié : les relations sociales. « Les personnes isolées ou ont le sentiment de l’être sont plus à risque. À l’inverse, rester connecté aux autres et entretenir ses relations semble contribuer à réduire ce risque de démence », ajoute le neuropsychologue.

Alors, faut-il pour autant abandonner l’idée de manger avec sa mauvaise main ? Pas nécessairement. Si vous avez envie d’essayer, rien ne vous en empêche. Mais mieux vaut ne pas compter uniquement sur cette astuce pour stimuler votre cerveau.

« Le plus important, c’est d’aborder la vie avec enthousiasme, curiosité et une certaine dose de piquant », conclut David Gonzalez. Se montrer curieux, essayer de nouveaux loisirs, fabriquer des objets, apprendre à jouer d’un instrument, rencontrer de nouvelles personnes… Autant d’occasions de garder son cerveau actif et stimulé au fil des années.