Ces points que tous les hommes devraient surveiller sur leur santé sexuelle
C’est un sujet aussi vaste que peu abordé par les hommes avec leur médecin. La santé sexuelle est encore taboue pour des millions de Français. Contrairement aux femmes avec l’arrivée des règles, le suivi gynécologique, d’éventuelles grossesses puis la ménopause, « les hommes n’ont pas de contacts réguliers avec des professionnels de santé pour évoquer leur santé sexuelle », note Patrick Papazian, médecin sexologue.
« Et pour les jeunes hommes, la mauvaise application de l’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école est une vraie perte de chance », déplore le praticien, auteur de Le Cocker du sexologue, paru en 2025 aux éditions de l’Opportun. Si la santé sexuelle concerne aussi la lutte contre les violences sexuelles et le respect du consentement, elle commence par une attention particulière à son corps.
Pour faire un tour d’horizon complet des points à surveiller lorsqu’un on a un pénis, Le HuffPost a interrogé le médecin parisien ainsi et Angélique Capelle, médecin sexologue et autrice d’En quête du désir perdu, publié en 2025 chez L’Harmattan. C’est parti.
· Anatomie
« Le premier sujet de la santé sexuelle, c’est l’hygiène des parties génitales. J’ai souvent des questions d’hommes adultes sur cette question », se désole Patrick Papazian. Il est important de laver quotidiennement son sexe en le décalottant, en utilisant des produits adaptés, et en séchant soigneusement ses parties intimes au sortir de la douche.
Toujours sur plan de l’anatomnie, il est important de prévenir le cancer le plus fréquent chez l’homme jeune, à savoir le cancer des testicules. « Il n’y a aucun message de prévention alors qu’il se dépiste très bien et qu’il a un très bon pronostic lorsqu’il est pris tôt », regrette le médecin. Ce dernier recommande donc de palper régulièrement ses deux testicules pour repérer toute grosseur ou irrégularité. « En cas de doute, je consulte. » Et d’ajouter : « Dans la sexualité, on est souvent au moins deux. Et c’est bien d’être attentif aux organes sexuels de l’autre. »
Autre point de vigilance, le risque torsion d’un testicule. « En cas de douleur intense apparue brutalement, on se précipite aux urgences ». « Une manœuvre simple peut permettre de le remettre en place, sinon il y a un risque de nécrose », prévient Patrick Papazian.
À partir du début de la cinquantaine – « et un peu plus jeune pour les hommes d’origine afro-caribéenne ou avec des antécédents » – devra commencer le dépistage régulier du cancer de la prostate. Là encore, il n’y a pas de dépistage organisé dans l’Hexagone. « Cela consiste en une prise de sang et un toucher rectal à réaliser tous les ans chez le médecin généraliste. C’est vraiment la base », souligne Angélique Capelle, qui exerce aux Sables-d’Olonne.
· Contraception
« Les hommes sont tout autant responsables de la contraception que leurs partenaires », martèle Patrick Papazian. Si la palette est moins large, plusieurs méthodes les impliquent directement : préservatif, vasectomie voire anneau contraceptif – même si les méthodes thermiques sont considérées comme « en cours de recherche en France », souligne le praticien.
Sur ces questions comme sur les autres, le sexologue recommande de ne jamais hésiter à poser des questions ou à se renseigner auprès de son médecin ou dans un centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (Ceggid).
· Prévention des IST
Le premier rendez-vous dans la lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST) concerne la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), recommandé entre 11 et 14 pour les filles comme pour les garçons.
« C’est l’occasion, au début de l’adolescence, d’expliquer les risques infectieux », note Patrick Papazian. En la matière, « l’important est d’adapter ses stratégies de prévention à chaque moment de sa vie », recommande le médecin. « Il y a aujourd’hui une prévention diversifiée qui permet de sortir du tout préservatif. »
La lutte contre le VIH a beaucoup progressé au cours des dernières années, avec aujourd’hui « des traitements préventifs efficace à 100 % quand ils sont bien pris ». Si la Prep a été très bien adoptée au sein de la communauté gay, il reste des angles morts, notamment chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) nés à l’étranger qui n’ont pas eu accès aux messages de prévention, mais également chez les femmes et hommes hétéros multipartenaires.
En cas de rupture du préservatif, « le traitement post-exposition contre le VIH fonctionne bien ». Le médecin recommande de « se précipiter dans l’hôpital le plus proche, car chaque heure compte ».
Pour ce qui concerne les autres IST – gonorrhée, chlamydia, syphilis…–, « elles sont guérissables de façon simple et, dans un cas sur deux, ne donnent lieu à aucun symptôme », souligne Patrick Papazian. « Il ne faut donc pas hésiter à faire des dépistages », notamment si on a eu plusieurs partenaires récemment. Chez les HSH, la vaccination est recommandée contre le Mpox, l’hépatite A et l’hépatite B. Pour cette dernière, l’injection est plus largement conseillée aux personnes multipartenaires.
· Dysfonctionnements
« Ce qui est important, c’est d’oser regarder en face lorsque quelque chose ne fonctionne pas. Si l’érection n’est plus comme avant, que l’éjaculation est longue à venir, ou au contraire trop rapide, il est important de prendre rendez-vous rapidement pour éviter que la question s’enlise et ne renforce le problème », conseille Angélique Capelle. « Ces sujets sont encore très tabous, de nombreux hommes auront tendance à les cacher à eux-mêmes et à leurs partenaires. »
Ainsi, des pannes répétées ne sont pas à prendre à la légère. « La fonction érectile, c’est une question vasculaire. Si l’artère pénienne fonctionnement bien, pas de problème », explique la sexologue. A contrario, les troubles érectiles « sont souvent le premier symptôme d’une maladie cardiovasculaire », complète Patrick Papazian. Sédentarité, tabagisme, alcool, surpoids, manque de sommeil… sont par conséquent des facteurs qui peuvent jouer sur l’érection.
L’éjaculation précoce, quant à elle, « gâche la vie de quantité de jeunes hommes », se désole le médecin. Les causes sont parfois physiques (IST, frein trop court…), mais pas toujours. « Le réflexe éjaculatoire peut être travaillé avec des exercices pour surfer autour du point de non-retour. Ça prend un peu de temps, mais ça marche vraiment ! »
Enfin, « quand un homme sent une baisse de vitalité, pas uniquement sexuelle, mais générale, il peut d’agir d’une diminution de la sécrétion de testostérone », indique Angélique Capelle. Si le diagnostic est confirmé, un traitement substitutif peut être mis en place.
· Quand et qui consulter ?
Au-delà de difficultés spécifiques qui doivent amener à prendre rendez-vous sans tarder, le docteur Papazian recommande de voir son généraliste à des moments bien précis pour parler de sexualité. Il recommande en premier lieu aux parents d’organiser une consultation pour leur ado sans leur présence « pour lui permettre de parler des sujets qui le préoccupent », notamment l’orientation sexuelle. « C’est une des principales causes de suicide chez les ados. »
Au moment de l’entrée dans la vie sexuelle, un rendez-vous est utile pour évoquer la contraception et les dépistages, estime-t-il. « Et à la fin de la quarantaine ou au début de la cinquantaine, c’est pas mal de voir son médecin pour évoquer la prostate, la testostérone, mais aussi pour parler de la santé sexuelle et du vieillissement. »
Si les hommes n’ont pas de gynécologues, « ils ont des interlocuteurs : les urologues, les andrologues et bien évidemment les sexologues qui sont des spécialistes de la santé sexuelle de l’homme », pointe le praticien, qui conseille également de franchir la porte d’un cabinet en cas de changement – voulu ou non – dans l’activité sexuelle : séparation, désir de procréation, ouverture du couple…



