Thélyson Orélien dément tout usage de l’IA et dénonce les « nombreuses attaques racistes »
« J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. » Ces mots, publiés dans les pages de Libération ce mardi 22 septembre, sont ceux de Thélyson Orélien, écrivain canado-haïtien au centre d’une polémique après avoir été accusé par un anonyme d’avoir eu recours à l’IA pour écrire son roman, C’était ça ou mourir, phénomène de cette rentrée littéraire.
Il précise : « Je pense que le logiciel est habitué aux traditions littéraires françaises et aux auteurs classiques. Mes traditions sont haïtiennes et caribéennes. Les images, les répétitions et les rythmes sont une parole vivante, elles sont miennes. »
Lundi 21 septembre, un compte créé en juin sur X – et seulement suivi par quelques dizaines d’internautes au moment des faits – a publié un tweet pour dénoncer ce qu’il pense être un roman « presque intégralement » rédigé par une IA. Pour passer au crible C’était ça ou mourir, ce compte baptisé Balance ton Claude dit avoir eu recours à Pangram, un logiciel de détection d’intelligence artificielle.
« La probabilité que vingt passages d’un même livre (et il y a bien plus de 20 signalements dans le roman) soient identifiés à tort par Pangram comme étant produits par une IA s’élève donc à 0,0041 % puissance 20, soit 0,1802 × 10⁻⁸⁵ %, c’est-à-dire 0 suivi de 85 zéros après la virgule », assure cet utilisateur, dont l’unique abonnement sur X n’est autre que la société Pangram.
Cette dernière n’a pas réagi. Le logiciel, qui revendique être le plus performant parmi ses concurrents dans la détection de l’IA, ne constitue pas une source fiable, en raison de son potentiel lot d’erreurs, de ses « hallucinations » ou de ses biais culturels.
Grasset défend Thélyson Orélien
Face aux accusations, Grasset, la maison d’édition française de l’auteur, a, elle, pris la parole chez nos confrères de BFMTV, ce mardi. « On est dans les fake news, a-t-elle assuré. C’est une théorie du complot. Ces outils censés reconnaître l’IA sont eux-mêmes des IA qui fabulent que la Bible a été écrite artificiellement. Comment faire confiance à ces outils ? »
« On a entendu ce bruit, ces rumeurs, a insisté une autre source, proche de l’écrivain. On se demande d’où elles viennent. Est-ce la concurrence qui cherche à nuire à ce jeune auteur qui est cité dans plusieurs prix littéraires comme le Renaudot ? Est-ce parce que Thélyson est noir et haïtien ? »
Phénomène littéraire depuis sa parution dans le courant du mois d’août, C’était ça ou mourir a conquis la presse à l’unisson, y compris Le HuffPost. Les lecteurs, aussi. D’après une étude Datalib, publiée par Libération, le premier roman de Thélyson Orélien figure parmi les meilleures ventes en cette rentrée. Parmi les derniers romans publiés à l’initiative d’Olivier Nora chez Grasset avant son limogeage médiatisé de la maison d’édition sous giron de Vincent Bolloré, c’est aussi un sérieux concurrent dans la course aux prix littéraires. Récompensé du prix Fnac ce lundi, il fait partie des principales sélections, dont le Goncourt, le Médicis et le Fémina.
C’était ça ou mourir
Son histoire, c’est celle d’un certain Jonas Dorléon, un prof d’histoire-géographie de Port-au-Prince, à Haïti. Un matin, celui-ci se lève, entend un premier « POW ». Cette fois, c’est décidé : il va fuir la terreur, la violence, le chaos des gangs.
Équipé de son seul sac plastique Carrefour (à l’intérieur duquel il a rangé un slip, une photo de sa mère, son diplôme et un recueil de poésie), ce dernier espère rejoindre le Québec, où l’attend une cousine éloignée. Le chemin n’est pas gagné, et va s’avérer plus dangereux, tragique et hostile à chaque étape, chaque frontière.
À cheval entre la République dominicaine, le Mexique, le Brésil, mais aussi l’Amérique de Trump, la jungle, la neige, un autobus surchauffé et une interface en ligne digne du « futur de l’inhumanité », son exode est parsemé d’humiliations. Il évolue au gré des visages et des rencontres, nous plongeant dans la psyché du héros.
Le sujet est politique. Le texte, précis et imagé, même si pour beaucoup de ses détracteurs issus de la sphère conservatrice, il fait moins mouche, comme chez Valeurs Actuelles, pour qui « les tics de l’écriture artificielle » ne font aucun doute. « Il a été dans l’écriture toute sa vie. Il n’a pas besoin de l’IA », défend Grasset.
Chez Libération, le principal intéressé rappelle : « Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire. Je n’y prêtais aucune attention. Mais je ne m’attendais pas à des attaques de ce genre. » En colère, il va constituer un dossier pour appuyer ce qu’il dit.



