Ce compte lancé par le gouvernement sur X illustre encore sa fébrilité sur le budget
Comme un démineur. Le gouvernement lance ce lundi 5 octobre son propre outil de « fact-checking » sur le réseau social X. Un compte, baptisé « Soyons précis », s’attachera désormais à répondre aux « informations fausses ou trompeuses » qui circulent sur l’action de l’exécutif, en particulier pendant cette saison budgétaire à hauts risques.
Le but ? « Rétablir les faits, directement et rapidement, en s’appuyant sur des données vérifiables et des sources officielles », explique Matignon à la presse, en précisant d’emblée qu’il ne s’agit pas d’un « second compte du Premier ministre ni [d’]un espace de commentaire politique général ». « Il répondra dès lors qu’une erreur factuelle peut être objectivement établie », indique encore l’entourage de Sébastien Lecornu.
Sa première réplique concerne, ce lundi, le Medef. Dans un long message publié sur le réseau social, le nouveau compte dément point par point les critiques formulées par le président du syndicat des patrons Patrick Martin quelques heures plus tôt sur LinkedIn. Celui-ci chiffre notamment à 20 milliards d’euros les prélèvements supplémentaires sur les entreprises dans les budgets défendus par le gouvernement. « C’est faux », réplique « Soyons précis ».
Objectif : maîtriser le débat
« En retenant l’ensemble des mesures qui concernent les entreprises, l’effort supplémentaire prévu en 2027 est de 6,5 milliards d’euros. Trois fois moins », assurent les services du Premier ministre (derrière le compte) en détaillant plusieurs points sensibles des textes en discussion. Une façon, pour Sébastien Lecornu et ses équipes, de « contribuer à un débat public, notamment budgétaire, fondé sur des faits et des chiffres exacts ». Ou, en d’autres termes, de couper court aux rumeurs ou contrevérités qui peuvent polluer sa marche.
Car, derrière cette initiative, difficile de ne pas déceler la fébrilité de l’exécutif au moment d’aborder le dernier projet de loi de finances (PLF) de l’ère Emmanuel Macron. Une saison particulièrement complexe pour le locataire de Matignon, privé de majorité à l’Assemblée nationale et de toutes marges de manœuvre financière. La crainte de Sébastien Lecornu ? Que les discussions lui échappent et provoquent sa chute, sept mois avant l’élection présidentielle.
C’est en tout cas ce que racontent plusieurs épisodes précédents. Avant le lancement de l’outil de fact-checking maison, Sébastien Lecornu s’était déjà agacé sur les réseaux sociaux des « commentaires et analyses approximatives » au moment même où il présentait son budget en Conseil des ministres, le 1er octobre dernier. « La situation de nos finances publiques et la pression des marchés nous imposent d’être rigoureux et transparents », écrivait-il, en appelant les acteurs du débat public à « être précis ».
Quelques semaines plus tôt, mi-septembre, ce sont les « fuites » au sein de son propre gouvernement qui provoquaient sa colère. Inquiet de voir les « hypothèses de travail » de ses ministres s’étaler dans la presse (dont certaines particulièrement sensibles ou susceptibles de « troubler la vie des affaires »), Sébastien Lecornu a saisi la justice via un signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Une procédure extrêmement rare dans cette situation, qui a poussé le parquet de Paris à ouvrir une enquête pour violation du secret professionnel. L’automne sera long à Matignon.


