Politique

Pourquoi la victoire de Glucksmann à la primaire est le pire scénario pour Tondelier

Et voilà le retour des « gauches irréconciliables ». La désignation de Raphaël Glucksmann comme candidat commun du Parti socialiste et de Place publique à la présidentielle acte l’échec de l’union de la gauche. Lui d’un côté, Jean-Luc Mélenchon de l’autre, ont la ferme intention de représenter chacun un pôle de leur camp en 2027.

Pas franchement de quoi ravir Marine Tondelier, qui tente depuis des mois d’être un trait d’union au sein d’une famille politique morcelée. Dimanche soir, à l’annonce de la victoire de Raphaël Glucksmann, la secrétaire nationale des Écologistes a fustigé un « choix du repli » et regretté que « toute perspective d’alliance large » soit enterrée.

Il faut dire que la désignation du patron de Place publique est pour elle le pire des scénarios. Une victoire d’Olivier Faure aurait au moins permis de relancer un semblant de processus unitaire, mis à mal par des mois de tergiversations. Le Premier secrétaire du PS, largement défait dans les urnes (14 %), considérait qu’il fallait tendre la main aux Verts, aux ex-LFI et aux communistes, « nos partenaires naturels », au lendemain de la primaire.

Ce que n’a visiblement pas fait Raphaël Glucksmann, qui mise sur un ralliement des électeurs à sa candidature… sans passer par un accord avec l’état-major. « Il faut parler aux écolos, c’est certain. Mais est-ce que ça veut dire parler à Marine Tondelier ? Pas forcément. Elle n’est pas propriétaire des voix de ses électeurs », juge un socialiste auprès du HuffPost. Pour lui, le chemin le plus efficace pour s’attirer les voix de Français préoccupés par le changement climatique reste de parler concrètement d’écologie.

Lundi matin, sur France Inter, le candidat a semblé confiant quant à ses chances de se rapprocher du parti de Marine Tondelier. « Je n’imagine pas que les Écologistes, qui ont alerté pendant des décennies en prêchant dans le désert, vont refuser la mise en place, enfin, de cette transformation radicale », a-t-il exprimé. Et le même d’insister : « Je veux que nous travaillions ensemble ».

« Problème de ligne politique »

Yannick Jadot est censé faciliter la tâche de ces électeurs tentés par le vote Glucksmann. Le sénateur, ex-candidat à la présidentielle (4,6 %), travaille sur la présentation d’un plan pour « une révolution écologique ». « J’appelle les écologistes sincères à ne pas rester sur la touche », disait-il dimanche soir. Depuis, il ne cesse de pilonner la stratégie de Marine Tondelier qui, selon lui, a fait perdre au parti Les Écologistes « deux tiers de ses électeurs ».

« C’est un problème de ligne politique, affirme-t-il ce mercredi sur RCF Notre-Dame. Ce parti est devenu l’animateur des partis de gauche ». Une critique aussi formulée par le député de l’Isère Jérémie Iordanoff qui n’a pas beaucoup apprécié la réaction de sa patronne dimanche. « Marine, sauf erreur de ma part, le conseil fédéral a décidé d’ouvrir des discussions, pas de fermer des portes », a-t-il souligné sur son compte X.

Mais Marine Tondelier est aussi critiquée sur sa gauche, notamment par Sandrine Rousseau. La députée de Paris, partisane d’un rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon, estime que « la victoire nette et sans bavure de Raphaël Glucksmann oblige les Écologistes » à se poser la question de la ligne politique.

Des mots étonnamment semblables à ceux de Yannick Jadot… « Il est évident que l’écologie est de gauche, de gauche radicale et de rupture », considère Sandrine Rousseau, qui aimerait qu’une discussion interne s’ouvre le plus vite possible. Voilà la numéro 1 des Verts prise en tenaille, contrainte de composer avec des injonctions contradictoires.

« Moment inéluctable »

Pour le moment, Marine Tondelier s’accroche à sa candidature et renvoie le débat au 13 décembre. Elle prévoit bien de consulter les adhérents sur la stratégie pour 2027. Trois options s’offrent aux Verts : poursuivre l’aventure en solitaire, soutenir Raphaël Glucksmann ou appuyer Jean-Luc Mélenchon. D’ici à ce scrutin interne, des négociations sont censées se tenir avec Place Publique d’un côté, et La France insoumise de l’autre, pour examiner les conditions d’un éventuel rassemblement.

Si Marine Tondelier maintient sa candidature jusqu’au bout, l’enjeu sera moins de réaliser un excellent score (elle est créditée de 3 à 6 % dans les intentions de vote) que d’éviter de choisir entre deux pôles de la gauche. « Elle cherche à tout prix à repousser ce moment inéluctable comme un enfant cherche tous les prétextes pour ne pas se faire vacciner », ricane l’un de ses opposants internes auprès du HuffPost. Le premier tour de la présidentielle est dans six mois.