Politique

Aux universités d’été du PS, l’hypothétique candidature Hollande est sur toutes les lèvres

Et c’est reparti ? Dix ans après avoir quitté l’Élysée par la petite porte, sans avoir pu prétendre à sa succession, François Hollande laisse planer l’idée d’une nouvelle candidature à l’élection présidentielle. Une hypothèse qui ne ravit pas tout le monde au Parti socialiste, loin de là, mais qui a le mérite d’animer de nombreuses discussions, en pleine rentrée politique et alors que la formation de gauche tient ses universités d’été à Blois (Loir-et-Cher) jusqu’à samedi.

Vendredi, beaucoup s’interrogeaient sur l’accueil qui serait réservé à l’ancien chef de l’État, pas franchement en odeur de sainteté après un quinquennat globalement décevant. « La page n’est pas tournée pour tout le monde », concède le patron du groupe PS à l’Assemblée Boris Vallaud, qui a annoncé quelques heures plus tôt soutenir Raphaël Glucksmann. Néanmoins, selon lui, « on peut bien accueillir quelqu’un sans imaginer son retour ».

Dans les allées de la Halle aux grains, en plein centre-ville de Blois, peu de militants croient en l’improbable retour de François Hollande. « Il appartient au passé. Si on en est là aujourd’hui, c’est quand même à cause de lui. Il ne faudrait pas l’oublier », pointe Mélanie, venue de la Bretagne. Cette adhérente du PS ne revotera « jamais » pour l’ex-président, estimant qu’il faut « tourner la page ». La loi Travail, portée à l’époque par Myriam El Khomri, ou le projet de déchéance de nationalité, finalement abandonné, sont dans toutes les têtes.

Lui-même ne s’y trompe pas : depuis 2020 et les premières universités d’été du PS à Blois, François Hollande n’est jamais venu à la rencontre des militants. Tout juste a-t-il déjà participé à des rencontres avec des élus, en marge de l’événement. Cette année non plus, il ne mettra pas les pieds sur le site mais s’est contenté d’une rencontre avec le maire de Blois à l’Hôtel de ville, suivi d’un moment convivial avec une centaine de soutiens dans un bar.

Quand on lui demande s’il a prévu de rencontrer Olivier Faure, avec qui les relations se sont rafraîchies, François Hollande répond que s’il a « besoin de le voir », il le voit à d’autres moments. De fait, les deux hommes ne sont pas apparus ensemble.

Hollande, « candidat auto-proclamé » ?

Ce qui agace de nombreux militants, c’est le scénario que tente d’échafauder François Hollande en coulisse. Après avoir affirmé à plusieurs reprises qu’il ne serait pas candidat à la primaire de début octobre, l’élu de Corrèze mise sur une chute dans les sondages du candidat alors désigné, sans doute Raphaël Glucksmann, pour s’imposer en décembre ou en janvier. « Cynique », selon un cadre PS interrogé par Le HuffPost. « On ne soutiendra jamais un candidat auto-proclamé », évacue le député Laurent Baumel. Une stratégie du recours qu’il avait déjà cherchée à déployer en 2021, au cas où Anne Hidalgo se serait retirée. Sans succès.

« Si la situation l’exige » et qu’un « rassemblement » devient possible, « j’en tirerai les conclusions », lâche le principal intéressé dans une interview au Point, publiée en amont de la sortie de son livre, Unir, le 3 septembre. « Je veux montrer qu’il y a un chemin, celui du rassemblement sur l’essentiel. Nous ne sommes plus dans l’affrontement classique entre la droite et la gauche », y ajoute-t-il.

« Une bonne étoile » ?

Olivier Faure semble, lui aussi, agacé par cette cacophonie savamment entretenue par François Hollande. « Personne ne devrait miser sur l’effondrement de son camp. Il n’existe pas de sauveur suprême si nos voix se sont évaporées », affirme-t-il auprès du HuffPost et d’une poignée d’autres médias depuis Blois.

Pourtant, tout le monde ne voit pas forcément d’un mauvais œil le retour d’un homme politique qui a marqué l’histoire du PS et qui l’a même conduit au pouvoir. « Il faut convoquer la psyché de François Hollande pour comprendre ce qu’il essaye de faire. C’est quelqu’un qui a toujours cru en sa bonne étoile. En 2011, avant la primaire, il est à 3 %. Il finit à l’Élysée. Son truc, c’est le trou de souris », décrypte l’un de ses proches, le député européen François Kalfon, auprès du HuffPost. Louis, un militant PS croisé devant les food trucks, « aime bien » l’ancien Président. Du quinquennat Hollande, il retient le mariage pour tous et la COP21, signe selon lui que « tout n’est pas à jeter ».

Des dédicaces partout en France

Vendredi soir, face à quelques journalistes, François Hollande a donné rendez-vous en fin d’année, promettant qu’il y aurait « un moment de vérité » et « un rassemblement » en décembre. Une échéance créée de toutes pièces, qui n’existe pas dans le calendrier officiel du PS puisque le candidat doit être désigné en octobre. Qu’importe : l’ancien chef de l’État a bien prévu de jouer sa propre partition tout l’automne.

La sortie de son livre tombe à pic puisqu’il en profitera pour s’offrir des séances de dédicaces partout en France, l’occasion à chaque fois de distiller des petits commentaires sur l’actualité. François Hollande fera également le tour des plateaux télé et radio (France Inter, Quotidien, C à vous…). « C’est une nouvelle séquence qui s’ouvre pour lui, reconnaît-on dans son entourage. Il sera beaucoup plus actif, beaucoup plus présent dans les prochaines semaines ». Première traduction de cette démultiplication : il débattra ce samedi face à Édouard Philippe à Sens dans l’Yonne. Comme un avant-goût de la campagne ?