Marion Maréchal, un rôle non défini qui embarrasse déjà le RN
La (re)revoilà. Cinq ans après être tombée en disgrâce pour avoir rejoint Éric Zemmour, Marion Maréchal renoue avec son histoire familiale, et le parti qui va avec. Après la sortie de son livre au titre sans ambiguïté (Si tu te sens Le Pen, aux éditions Fayard), la petite-fille de Jean-Marie Le Pen entend bien faire partie de la quatrième aventure présidentielle de sa tante Marine. Et tant pis si cela crispe en interne, jusqu’au président du parti.
Dernier épisode en date : la présence de l’eurodéputée à une exposition anti-avortement dans les couloirs du Parlement européen le 16 septembre, organisé par le parti Fratelli d’Italia, avec lequel Marion Maréchal siège. N’est-ce pas contraire à la ligne du parti qui après mille tergiversations, a renoncé (par intérêt politique) à s’en prendre au legs de Simone Veil ? Interrogé par la presse, Jordan Bardella lâche un « Ça vous étonne ? » mi-crispé mi-railleur, selon les récits de Libération et de L’Express. Ambiance.
Quelques semaines plutôt, le quotidien racontait la colère du président du parti lorsque Marine Le Pen a invité sa nièce à prononcer un discours lors des journées parlementaires du RN. « C’est elle ou moi », aurait-il lancé. Finalement, Marion Maréchal n’y a même pas pointé le bout de son nez, officiellement en raison d’un déplacement en Italie. Mais il faudra bien compter avec elle pour la suite.
Maréchal veut « incarner » sa « sensibilité » au RN
Le 9 septembre sur CNews, l’eurodéputée assure qu’ « évidemment » elle participera à la campagne de Marine Le Pen. En tant que porte-parole ? Conseillère spéciale ? Responsable du programme ou d’une thématique ? Marion Maréchal balaie. Elle n’a « pas besoin d’un statut ou d’une fonction ou d’un titre » et « fera tout » pour que « Marine Le Pen gagne et pour que Jordan Bardella ait une majorité à l’Assemblée nationale. »
Ce qui ne l’empêche pas de se fixer deux « missions ». La première, directement liée à son mandat d’eurodéputée, porte sur la construction d’un « couple franco-italien » en cas d’accession de Marine Le Pen à l’Élysée. Sur ce point, sa position n’est pas si éloigné de celle de Jordan Bardella. À rebours de Marine Le Pen plus proche du parti de Matteo Salvini, le président du RN voit dans Giorgia Meloni un exemple pour l’extrême droite française. Auprès du Monde en 2025, il vantait ainsi la « solidité » de sa coalition et la capacité de l’Italienne à « fédérer autour d’elle les milieux économiques, indispensables si vous voulez obtenir des résultats ». Un point commun avec Marion Maréchal qui défend toujours « l’union des droites » selon le terme consacré à l’extrême droite.
En revanche, la deuxième « mission » revendiquée par l’ex-députée du Vaucluse a de quoi le contrarier. L’ancienne élue Reconquête assume de vouloir « convaincre les Français qui ne le sont pas encore et incarner une sensibilité au sein du camp national ». Une sensibilité très conservatrice, notamment sur les questions sociétales, et pas du tout alignée sur celle défendue par le président du parti. De quoi provoquer de la friture sur la ligne avec les soutiens de Jordan Bardella qui travaillent à faire oublier les positions les plus sulfureuses du parti. Mais aussi avec les marinistes convaincus.
Exit les bardellistes, l’heure est au retour du clan Le Pen
Sur TF1 le 14 septembre, le député Jean-Philippe Tanguy tente de balayer les rumeurs de cacophonie autour du retour de Marion Maréchal. Circulez, il n’y a rien à voir, déclare-t-il en substance, rappelant que l’élue européenne est revenue dans le parti dès les législatives de 2024 avec la bénédiction de Jordan Bardella qui « l’a inclus dans la coalition » selon lui. Pour autant, l’élu de la Somme ne va pas jusqu’à chanter ses louanges, ni ne s’éternise sur ce qu’elle pourrait apporter dans la campagne. Et pour cause : la « sensibilité » Marion Maréchal, qui a milité contre le mariage pour tous et l’adoption pour les couples homosexuels, s’oppose aux convictions personnelles du député, qui parle publiquement de son homosexualité et s’est confié sur son rapport « douloureux » avec la parentalité.
Proche de Marine Le Pen, l’élu de la Somme se garde cependant de toute critique. « C’est Marine Le Pen qui décidera » de son rôle lâche-t-il prudemment. Comme de tout dans la campagne. À peine sa candidature officialisée, la cheffe de file historique de l’extrême droite a repris la main sur son dauphin Bardella. Sur le programme, avec le retour de propositions emblématique sur le voile et la retraite à 62 ans. Même chose dans l’organigramme de campagne, au risque de réveiller les procès en népotisme, qui accompagnent l’aventure lepéniste depuis le Front national. Exit les conseillers trop dévoués à Bardella. Philippe Olivier, beau-frère de la candidate, sera son conseiller spécial. La fille de ce dernier, Nolwen Olivier, est propulsée directrice de la communication. Marion Maréchal, quelle que soit sa position, complète le puzzle. Dans la séquence compliquée avec Jordan Bardella, difficile de ne pas y voir un avertissement à l’ambitieux président du parti : le RN, c’est les Le Pen.


