Politique

Pourquoi la candidature d’Olivier Faure rebat les cartes de la primaire du PS

Il n’a pas perdu de temps. Quelques heures à peine après son discours aux universités d’été du PS à Blois (Loir-et-Cher), Olivier Faure officialise sa candidature à la primaire de l’espace social-démocrate. D’abord dans un message posté sur une boucle interne aux députés de son groupe, dans lequel il leur explique avoir « pris la décision de [se] présenter à cette primaire », avant une officialisation d’un « oui » franc en interview sur le plateau du « 20 heures » de TF1 ce dimanche soir.

Cette annonce n’a surpris personne, tant la rumeur circulait ces derniers jours, jamais contredite par ses proches. « La candidature d’Olivier Faure peut changer la donne », prévenait la députée Dieynaba Diop vendredi. Selon elle, le patron du PS portera, dans cette primaire, « une ligne que personne ne porte jusqu’ici, d’union de la gauche et des écologistes ». Un argument que compte utiliser Olivier Faure dans cette campagne, pour mieux rappeler que son principal concurrent, Raphaël Glucksmann, parle davantage au centre et aux macronistes déçus.

« J’ai beaucoup travaillé, j’ai beaucoup écouté, beaucoup réfléchi, je suis prêt », confie-t-il dans les colonnes de La Tribune Dimanche. C’est la première fois qu’Olivier Faure, pourtant à la tête du PS depuis 2018, se jette dans le grand bain de la présidentielle. En 2022, il avait volontiers laissé sa place à l’ex-maire de Paris Anne Hidalgo, qui s’était finalement crashée à 1,7 %.

Cette fois, il semble prêt à prendre sa part. Vendredi, devant une poignée de journalistes présents à Blois, dont Le HuffPost, Olivier Faure retraçait le fil de son engagement au Parti socialiste. « Je suis entré dans ce parti par conviction parce que j’ai grandi dans un quartier très populaire, je suis un enfant de la classe moyenne. Je voulais, et je veux toujours, changer la vie des gens. »

Dans cette primaire du Parti socialiste et de Place publique, l’ex-conseiller de Martine Aubry affrontera donc Raphaël Glucksmann, mais aussi les députés Jérôme Guedj et Philippe Brun ainsi que l’ex-finaliste de 2007 Ségolène Royal. Avec une question : pourra-t-il battre le patron de Place publique, désigné comme favori d’une primaire taillée pour lui ? Dans l’entourage du Premier secrétaire, on croit en ses chances. « Raphaël Glucksmann part avec un avantage, c’est certain, il a les sondages pour lui. Mais Olivier Faure ne cessera de rappeler que, s’il gagne la primaire, ça permet de relancer le processus d’union avec le reste de la gauche », estime un député PS.

De fait, Olivier Faure était favorable à la primaire de Bagneux qui réunissait les socialistes, les Écologistes, Génération.s, Debout et L’Après. Il avait même proposé une double-primaire, d’abord interne à l’espace social-démocrate puis ouvert à l’ensemble de la gauche. L’idée a fait pschitt… mais pourrait renaître de ses cendres si Olivier Faure remporte la primaire. Car son entourage promet qu’au lendemain d’une victoire éventuelle, il ouvrirait des discussions avec Marine Tondelier, François Ruffin et Clémentine Autain pour converger vers une candidature commune. Voilà qui pourrait plaire à certains militants PS, qui n’ont pas abandonné leurs rêves d’union. Interrogé au 20 Heures sur ses relations avec La France insoumise, il a affirmé avoir une « obsession », que Marine Le Pen n’arrive pas à l’Élysée.

Pour Glucksmann, « c’est très bien »

Si la campagne promet d’être courte avant la primaire (autour d’un mois), elle pourrait être agitée et virer à l’affrontement entre deux hommes que beaucoup de choses opposent. À la mi-journée, sur France 2, Raphaël Glucksmann a feint de se réjouir de l’annonce d’Olivier Faure. « C’est très bien qu’il y ait cette candidature, a déclaré l’eurodéputé, ça va nous permettre de tout clarifier. L’heure est venue de la refondation de la gauche ».

Raphaël Glucksmann renvoie le patron du PS dans le camp de « ceux qui veulent continuer comme avant et qui finiront dans le bureau de Jean-Luc Mélenchon ». Référence aux deux dernières élections législatives, qui ont vu la gauche partir unie sous la bannière de la Nupes puis du NFP. Pour autant, il assure que l’objectif n’est pas de « s’écharper ».

« Je n’en peux plus de cette gauche qui parle exclusivement d’un combat avec la gauche. Moi, je me bats contre la droite et contre l’extrême droite », a dit Olivier Faure, dans un tacle à son rival de la primaire Raphaël Glucksmann. « Il n’y aura pas de sang sur les murs », promettait le désormais candidat la veille qui, dans son discours de clôture des universités d’été de son parti, a particulièrement insisté sur l’urgence écologique. « L’heure du socialisme écologique a sonné, la bifurcation écologique doit d’urgence devenir un investissement national », a-t-il défendu, convaincu que « le socialisme ne peut pas être une tiédeur, une mollesse. Le socialisme est, dans son essence, révolutionnaire ».

Olivier Faure ne manquera pas de s’appuyer sur la sortie de son livre, La Loi du plus juste (Robert Laffont), prévu le 17 septembre, pour s’imposer dans la campagne. « Le passé a montré qu’il n’y avait jamais de gagnant évident à la primaire. Il se passe toujours beaucoup de choses, et souvent rien ne se passe comme prévu », affirme-t-il à La Tribune dimanche. Souvent, Olivier Faure rappelle qu’avant de remporter l’élection présidentielle de 2012, François Hollande était crédité de 3 % dans les sondages. Avis aux amateurs.