Politique

Pourquoi LFI se désolidarise de ce parti allemand

En Allemagne, les résultats de l’élection régionale en Saxe-Anhalt ont glacé d’effroi l’Europe entière. Pour la première fois depuis la fin du nazisme, l’extrême droite pourrait diriger une région allemande ; l’Alternative für Deutschland (AfD) y ayant obtenu le score vertigineux de 44 % des voix. Pas suffisant néanmoins pour gouverner, d’où la tentation de s’allier au BSW de Sahra Wagenknecht.

Mais le BSW n’est pas n’importe quel parti. Présenté par certains en France comme de gauche voire d’extrême gauche, il est en réalité inclassable. Le BSW défend certes des positions économiques plutôt de gauche (impôt sur la fortune, plafonnement des loyers…) mais se montre beaucoup plus à droite sur des sujets de société, ses principaux leaders n’hésitant pas par exemple à faire le lien entre immigration et criminalité. Ils ont déjà prévenu qu’ils n’empêcheraient pas l’AfD, parti ouvertement néonazi et promoteur de la « remigration », de gouverner.

Si l’on remonte quelques années en arrière, certains se souviennent peut-être que Sahra Wagenknecht, l’actuelle dirigeante de BSW, a pourtant été présentée comme la « Mélenchon allemande ». À la tête de Die Linke (« la gauche ») jusqu’en 2023 (groupe avec lequel siège LFI au Parlement européen), elle défendait une ligne clairement anticapitaliste, à rebours du positionnement du SPD et des Verts allemands. Jean-Luc Mélenchon s’en réjouissait et saluait, dans une note de blog en date du 5 juin 2018, « une bonne nouvelle venue d’Allemagne ». Il applaudissait notamment « l’émergence d’un courant mouvementiste et dégagiste à partir de Die Linke ».

La filiation n’est pas feinte puisque Sahra Wagenknecht reconnaissait, dans une interview à Mediapart en 2018, s’inspirer du mouvement français : « La France insoumise est un peu notre modèle. Ce que Jean-Luc Mélenchon et ses amis ont atteint est tout à fait impressionnant ». Ajoutant : « Nous voulons faire la même chose. C’est pour cela que nous échangeons pas mal avec eux ».

Problème : huit ans plus tard, Sahra Wagenknecht a entre-temps quitté Die Linke, fondé son propre parti (BSW) et changé d’avis sur de nombreux sujets. Elle est aujourd’hui anti-immigration, pro russe, « anti-woke », anti-écologie… Ainsi, selon elle, l’Allemagne doit renoncer à son « activisme écologique aveugle » et tourner le dos à « la folie réglementaire ». Pas franchement en phase avec le discours de Jean-Luc Mélenchon…

« Aucune alliance avec LFI envisageable »

Sans compter qu’elle s’est aussi considérablement rapprochée de l’extrême droite, avec qui elle se dit prête à gouverner. Forcément, à La France insoumise, ça ne passe pas. Dans un tweet publié ce jeudi 10 septembre, Jean-Luc Mélenchon a tenté de déminer tout lien : « J’ai connu et j’ai été photographié avec Sahra Wagenknecht quand elle était coprésidente du groupe Die Linke au Bundestag. Elle a quitté Die Linke, je n’ai plus jamais eu affaire à elle ».

Au Parlement européen, les élus LFI siègent avec ceux de Die Linke mais ont toujours refusé l’entrée de BSW. « À partir du moment où un parti, même s’il se revendique de gauche, défend des positions xénophobes ou hostiles aux droits humains, aucune alliance avec LFI n’est envisageable », assure Manon Aubry, présidente du groupe La Gauche au Parlement européen, auprès de Libération.

En réalité, La France insoumise n’a pas attendu les derniers rebondissements (et la possibilité de voir BSW gouverner avec l’AfD en Saxe-Anhalt) pour prendre ses distances avec Sahra Wagenknecht. Après 2018, on ne trouve plus aucune trace d’un quelconque soutien mutuel ou rapprochement sur le fond. Ni tweet ni déclaration publique.

Ce que confirme le chercheur à l’Ifri Paul Maurice, spécialiste des relations franco-allemandes dans Libération : « 2018, c’est loin. Les perspectives étaient différentes et le rapprochement de Sahra Wagenknecht avec l’extrême droite n’existait pas. Sur des sujets comme la question migratoire, elle est plus proche du Rassemblement national que de Jean-Luc Mélenchon ». Rassemblement national qui tente de blanchir ses liens passés avec l’AfD puisque les deux formations d’extrême droite siégeaient ensemble au Parlement européen jusqu’en 2024.