Pourquoi les tarifs pratiqués par LFI pour assister à son événement estival font tiquer
Amfi-gouri ? Comme chaque année depuis 2020, les élus, militants et sympathisants de La France insoumise vont se retrouver dans la Drôme, près de Valence, pour participer aux universités d’été du mouvement. Baptisé « amfis », cet événement prévu du jeudi 20 au dimanche 23 août doit être la rampe de lancement de Jean-Luc Mélenchon pour son année présidentielle. Il devrait d’ailleurs prendre la parole à deux reprises.
Au programme : une ribambelle de conférences et de formations, mais également des concerts ou des tables rondes animées par plusieurs cadres ou invités politiques. L’une d’entre elles réunira ainsi l’eurodéputée Manon Aubry mais également la présidente du groupe écolo à l’Assemblée Cyrielle Chatelain ou le vidéaste engagé Usul, et s’arrêtera sur la question suivante, un brin provocatrice : Faut-il interdire les milliardaires ?
De quoi proposer, en somme, un « moment de formation politique et de rencontre entre les luttes populaires et la pensée critique », comme l’explique le mouvement mélenchoniste sur son site internet. Un moment ouvert à tous ? Dans les faits, oui. En pratique, il ne semble pas accessible à toutes les bourses.
La France insoumise fait effectivement payer l’entrée de ses universités d’été, comme la plupart des autres partis. Rien de très étonnant sur le papier, vu l’événement et son ampleur. De fait, aucun autre camp ne propose un tel festival, à l’exception peut-être de La Fête de l’Humanité en septembre (payante elle aussi), mais qui a depuis longtemps quitté le seul giron du PCF.
Pour la classe moyenne, 165 euros pour 3 jours
Reste que les tarifs de l’édition 2026 (les mêmes qu’en 2025) paraissent très élevés (bien loin des 40 euros qu’il faut débourser pour assister au Campus du PS une semaine plus tard à Blois), et surtout pas forcément équitables, dans un contexte marqué par le recul du pouvoir d’achat des Français et des ménages les plus modestes. Quand bien même ces prix se veulent « solidaires » et appliqués en fonction du revenu de chacun.
Comme vous pouvez le voir sur la capture d’écran ci-dessous, les prix peuvent effectivement s’envoler jusqu’à 400 euros (le maximum) pour un militant souhaitant assister à trois jours de débats s’il gagne plus de 4000 euros par mois. Une personne rémunérée au salaire médian, c’est-à-dire 2100 euros net, devra, elle, s’acquitter de… 165 euros.
À titre de comparaison, il lui faudrait payer un peu moins pour assister à trois jours de concerts au festival des Vieilles Charrues, l’un des plus populaires de la saison estivale, et beaucoup moins pour se rendre chez leurs concurrents écologistes, dont les journées d’été se tiennent au même moment à Grenoble. Le parti au tournesol promet, lui, un pass sur trois jours moyennant des sommes qui vont de 20 à 150 euros (60 euros pour une personne au salaire médian), selon une politique tarifaire là aussi progressive.
Contacté par Le HuffPost, le mouvement insoumis assure s’efforcer « de permettre la plus large participation » à cet événement qui « coûte plusieurs centaines de milliers d’euros », en précisant notamment avoir « fait le choix de ne pas augmenter les tarifs » malgré une « inflation exponentielle dans le domaine de l’événement. » « Bien que, contrairement aux autres formations politiques, la France insoumise ne fasse payer aucune cotisation à ses membres, elle finance une grande partie des dépenses engagées pour les amfis. Pour le reste, une participation financière est demandée aux participants », assume-t-on encore.
« La grille tarifaire est indicative », se défend LFI
Plus singulier, toutefois, les mélenchonistes n’ont pas réussi à parfaitement appliquer à leur grand raout les principes de justice sociale qu’ils prônent dans son programme. Comme l’ont fait remarquer certains observateurs et adversaires de la gauche radicale, notamment au Rassemblement national, les prix sont certes progressifs. Mais pas tout à fait équitables.
Ainsi, selon les tarifs en vigueur, une personne au RSA devrait consacrer environ 9 % de son revenu à ces amfis (toujours pour trois jours), soit plus qu’une personne au Smic (5,7 %), censée être mieux lotie. Dans le même esprit, une personne dite de « la classe moyenne » (environ 2100 euros net par mois, si l’on se concentre toujours sur le salaire médian) déboursera moins, en proportion de son revenu (7,8 %), qu’une personne au RSA, mais davantage qu’un individu pouvant compter sur 6000 euros de revenus mensuels (6,6 %).
En réponse à cette étrangeté, La France insoumise tient à préciser que « la grille tarifaire est indicative. » « Ainsi, les personnes ayant des difficultés financières peuvent contacter l’organisation des amphis et bénéficier de places solidaires offertes par d’autres participants qui peuvent décider d’en financer au moment de leur inscription », précise-t-on. Ce qui n’est pas indiqué sur le site du mouvement. Par ailleurs, les moins de 26 ans qui participeront aux « amfis jeunes » (l’entrée est gratuite), juste avant le festival insoumis, pourront « participer librement aux amfis sans participation financière. » Dans ce contexte, un seul rendez-vous, ce week-end-là, sera quoi qu’il en soit ouvert à tous : le grand meeting de Jean-Luc Mélenchon, dimanche matin, pour clore le festival. La bonne parole n’a pas de prix.



