Culture

En cette rentrée littéraire, il y a une chose à laquelle vous n’échapperez pas : la guerre

Vous pensiez en avoir fini avec le général de Gaulle ? Comme l’industrie du cinéma avec son biopic sur l’indétrônable figure de la Libération, son prochain film sur Jean Moulin ou celui avec Jean Dujardin dans la peau d’un collabo, le monde des livres s’empare à son tour de la Seconde Guerre mondiale, thème phare de la rentrée littéraire qui s’ouvre en ce mois d’août.

On y parle de l’Occupation, comme chez Jean-Noël Orengo dans La Rédemption, roman aux éditions Grasset à cheval entre l’histoire d’amour et les dangers de la déportation. Dans Un été de trahison (Seuil), Romain Slocombe nous embarque à la rencontre de quatre femmes, quatre patriotes, dans la France de Vichy.

De son côté, l’historien Grégoire Kauffmann signe un récit captivant sur l’histoire vraie d’Esther Albouy, cette employée des Postes accusée d’avoir pactisé avec les nazis, tondue en place publique, puis bannie de sa propre ville, avant d’être revenue en secret dans la maison familiale. La recluse de Saint-Flour parait chez Flammarion.

Auschwitz, montée du nazisme…

Ailleurs, il est question d’Auschwitz, de sa mémoire, sa transmission. C’est le cas de la retranscription, toujours chez Flammarion, d’un témoignage fort enregistré en 1978, mais resté inédit : celui d’Henri Krasucki, syndicaliste déporté dans les camps de la mort avant de devenir secrétaire général de la CGT. Son titre ? Nous voulions vivre mais pas à n’importe quel prix.

Plus loin encore, ce sont les nazis, d’un côté et de l’autre de la frontière. La journaliste de France Inter Sonia Devillers s’est penchée sur une histoire familiale, celle d’un instrument de musique volé à sa grand-mère par les forces du IIIe Reich, pour élargir son enquête aux objets spoilés pendant le conflit. Le fabuleux piano (Robert Laffont) est son deuxième livre après Les Exportés, paru en 2022 chez Flammarion.

Et alors que Le Cercle des traîtres (Plon) de Jonathan Freedland emmène le lecteur chez des dissidents aristocrates berlinois en 1943, les éditions Hachette publient pour la première fois en français le texte de Sally Carson La Croix damnée, roman sur l’histoire d’une jeune Bavaroise confrontée aux divisions idéologiques dans sa famille face à la montée du nazisme.

La liste n’est pas exhaustive, et ne saurait se réduire au conflit planétaire qui prit fin en 1945. Cette rentrée littéraire, le mot d’ordre : c’est la guerre, sous toutes ses formes. Ou beaucoup, du moins. Il y a celles du passé. L’héritage de la Guerre froide en Russie est raconté par Polina Panassenko dans À voix haute, aux éditions de l’Olivier.

La guerre en Ukraine vue de Russie

Dans Rien d’humain ne m’est étranger (Noir sur blanc) de Virginie Ollagnier, la Roumanie soviétique sert, elle, de toile de fond. Ailleurs, c’est l’éclatement de la Yougoslavie, comme dans Les serments trahis de Šeila Pohara chez Gallimard, ou le très beau premier roman d’Amandine Agić, D’un pays qui n’existe plus (L’Olivier).

Parmi nos coups de cœur de cette saison, le livre de l’autrice française est une exploration intime de souvenirs personnels et familiaux du génocide de Srebrenica, vécu à distance. Extrait : « Je viens d’un pays auquel je ne peux que penser. Je viens d’un pays dont le pays n’existe plus qu’après “ex”. Je viens d’un endroit qu’il faudra rebaptiser. »

Dans l’actualité, les guerres d’aujourd’hui se racontent, elle, de points de vue singuliers. Dans Grenouille (Seuil), Sergueï Shikalov narre les déambulations d’une ancienne icône du cinéma russe qui, exilée à Paris en raison de ses positions anti-Poutine, voit sa vie passer dans l’anonymat, sur fond de réflexions sur le traitement des émigrés russes en Europe.

Plus original encore, la journaliste Ibtisam Azem imagine dans Le livre de la disparition (éditions du Globe) une fable politique dans laquelle, un beau matin, tous les Palestiniens ont disparu du pays sans laisser de trace, si ce n’est des appartements abandonnés ou des téléphones qui sonnent dans le vide. Que reste-t-il d’un peuple, quand on a déplacé, puis réduit ses populations et colonisé ses terres ? Les livres demeurent.