Economia

Flambée du coût de la dette, pistes explosives… L’équation du budget se complique déjà pour Lecornu

Aucun répit. Alors que la saison estivale, particulièrement éprouvante pour le gouvernement et les pouvoirs publics, qui ont dû gérer les canicules à répétition, les incendies monstres, ou désormais la cyberattaque du fisc, n’est pas encore terminée, Sébastien Lecornu voit de nouveaux nuages s’amonceler au-dessus de sa tête.

Cette fois-ci, les mauvaises nouvelles touchent à l’économie, et compliquent de fait l’équation du prochain budget. Cette semaine est effectivement marquée par la hausse du taux d’intérêt de la dette française, à un niveau inédit depuis la crise financière de 2008. Certes, ceci s’inscrit dans un mouvement large de hausse des taux d’intérêt dans les grandes économies mondiales, même l’Allemagne est concernée, mais les conséquences seront concrètes.

En clair, la charge de la dette, à savoir les intérêts versés aux créanciers, va encore grimper. Son coût pour les finances publiques est passé de 29,2 milliards d’euros en cumulé sur les six premiers mois de 2025 à 34,5 milliards sur la même période de 2026. Et il devrait atteindre 64 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2026, selon les calculs du ministre de l’Économie Roland Lescure, avant même la nouvelle flambée de cette fin août.

Le tableau s’assombrit encore

Signe de la sensibilité de ces enjeux, Marine Le Pen est sortie de son silence estival mercredi 19 août, pour attaquer le gouvernement et ses successeurs, responsables à ses yeux, de cette situation. « Il est grand temps de nettoyer les écuries d’Augias que sont devenus les comptes de la nation », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux, dénonçant « le bilan implacable de dix ans de macronisme », graphique à l’appui. C’est Bruno Le Maire, gardien du temple de Bercy de 2017 à 2024 qui lui a répondu.

« Non, madame Le Pen, ce n’est pas la politique économique de 2017 qui explique ce résultat, mais son abandon en 2024 et l’abandon de la réforme des retraites en 2025 », a répliqué l’ancien ministre de l’Économie, en rappelant que cet « abandon s’explique par la menace permanente de censure de tous les partis d’opposition, dont le vôtre. » Un échange qui illustre ce que seront les débats de l’automne prochain, en pleine campagne présidentielle.

Plus concrètement, les marges de manœuvre de Sébastien Lecornu, déjà maigres, se réduisent encore. Dans Paris Match, fin juillet, le Premier ministre s’était fixé un « objectif clair » : « réduire le déficit grâce à des économies structurelles », sans « hausse ni création d’impôts », le tout en préservant des « dépenses d’avenir ». Selon Le Monde, il vise une réduction du déficit public à 4,9 % du PIB (produit intérieur brut), contre 5 % ou plus en 2026. Ce qui, en dépit des apparences, va réclamer de nombreux efforts puisqu’il s’agit de trouver au moins 28 milliards d’euros.

Des pistes urticantes en pleine campagne présidentielle

Les premières pistes, en guise de ballons d’essai, le montrent. Et elles sont assez explosives. Outre les économies réclamées à de nombreux ministères (2,8 milliards d’euros pour le Travail, ou 100 millions d’euros pour l’Agriculture et la Santé, par exemple), ou la chasse aux niches fiscales (les crédits d’impôt recherche ou services à la personne pourraient être rabotés), le chef du gouvernement paraît surtout tenté de cibler les dépenses sociales.

Après le doublement des franchises médicales (de 100 à 200 euros par an), la baisse des remboursements de l’assurance maladie, tout cela acté par décret au cœur de l’été, Sébastien Lecornu et ses ministres planchent sur l’idée d’une désindexation partielle des pensions de retraite sur l’inflation. L’objectif serait de mettre à contribution les seniors les plus aisés, en coupant cette augmentation automatique. Une piste particulièrement urticante, puisqu’elle revient à cibler la population qui se rend le plus aux urnes.

En témoigne la levée de boucliers assez générale depuis que le ministre de l’Économie Roland Lescure a confirmé, mi-août, que l’hypothèse était sur la table. C’est du reste, cette même idée qui avait, en partie, contribué aux chutes de François Bayrou (qui plaidait pour une année blanche) et de Michel Barnier, lequel avait déjà avancé cette option de désindexation partielle. Gageons que les oppositions ne feront pas davantage de cadeaux à l’actuel locataire de Matignon, à quelques mois de l’élection présidentielle. L’automne aussi, sera très chaud.