Les oppositions accusent le gouvernement d’avoir caché le piratage des impôts
C’est le piratage de trop pour certains élus. Comme nous l’avons appris jeudi 13 août dans la soirée, plusieurs centaines de milliers de Français sont concernés par le piratage du système d’information du fisc qui a permis d’extraire des données personnelles de contribuables.
L’administration fiscale a été la cible de deux attaques de ses systèmes d’information fin juin et fin juillet, revendiquées sur un forum de revente de données du « darkweb » par un cybercriminel. L’une d’elles, confirmée par la Direction générale des finances publiques (DGFiP), a notamment ciblé le système d’information du fisc, permettant aux auteurs d’aspirer des données personnelles de contribuables.
« À ce stade des investigations, quelques centaines de milliers d’usagers sont concernés par cet acte malveillant », et la DGFiP « prendra directement contact avec chacun des particuliers et professionnels concernés afin de les informer des données les concernant et, le cas échéant, des mesures de vigilance à adopter », explique-t-on. « Dès la détection de leur compromission, la DGFiP a immédiatement coupé les accès de l’ensemble des comptes utilisés dans les incidents identifiés. À titre préventif, la DGFiP a également coupé les accès à d’autres applications sensibles », précise le fisc.
Pour les oppositions, ces explications ont du mal à passer en ce vendredi 14 août, soit près d’un mois et demi après la date du premier piratage. Beaucoup s’interrogent sur le timing très tardif de l’annonce du gouvernement.
Un timing qui pose des questions
« Pourquoi le gouvernement n’a pas communiqué fin juin ? Pourquoi a-t-il fallu attendre la revendication malveillante le 12 août ? », se demande ainsi le député RN Jean-Philippe Tanguy sur X, soit peu ou prou les mêmes questions soulevées par son collègue Matthias Renault. Celui-ci enchaîne, toujours sur les réseaux sociaux : « Pourquoi le gouvernement communique-t-il aussi tardivement, alors que ce piratage a eu lieu fin juin ? Pourquoi n’a-t-il pas averti les contribuables touchés ? »
Dans le même esprit, l’eurodéputée d’extrême droite Sarah Knafo parle, elle, de « scandale d’Etat. » « Cette énième cyberattaque doit nous obliger à repenser totalement notre politique de souveraineté et de sécurité numérique », écrit-elle, en réclamant des « explications immédiates » de la part du gouvernement : « Qui est concerné ? Quelles mesures vont être mises en place pour protéger les victimes ? Pourquoi communiquer mi-août sur une attaque survenue en juin ? »
Autant de critiques que l’on retrouve également de l’autre côté du spectre politique. « Fin juin ? Et “l’extraction de données” ? Donc la personne en question est entrée et repartie avec la caisse. Ça suffit. L’État doit garantir la sécurité des données des Français, qu’il détient », a par exemple fait valoir l’eurodéputée et coprésidente de Place publique Aurore Lalucq, en réclamant pour sa part un « audit des systèmes de sécurité. »
Selon French Breaches, site spécialisé qui a été le premier à documenter les deux piratages, le premier concernerait près de 393 000 particuliers et 285 000 professionnels. La seconde attaque, perpétrée fin juillet mais pas confirmée ce vendredi en milieu d’après-midi par la DGFiP, a ciblé le Serveur professionnel de données cadastrales (SPDC). Toujours selon French Breaches, celle-ci aurait ciblé les données d’un peu plus de deux millions de personnes.



