L’excuse de Sébastien Lecornu face aux mauvais chiffres du chômage
Les dessous du chiffre. Sébastien Lecornu s’est livré ce lundi 10 août au service après-vente des chiffres du chômage dévoilés quelques jours plus tôt. Face aux mauvais résultats, le nombre de demandeurs d’emploi est en hausse de 0,2 % sur le deuxième trimestre, pour atteindre 8,3 %, son plus haut niveau depuis l’automne 2020, le Premier ministre a une excuse toute trouvée : les nouvelles règles de calculs.
« La loi Plein-emploi votée par le Parlement (en décembre 2023) fait aujourd’hui entrer dans les statistiques des personnes qui en étaient auparavant exclues », indique ainsi le chef du gouvernement sur les réseaux sociaux, en reprenant l’argumentaire de son ministre du Travail. « Je préfère une politique qui les accompagne vers l’emploi à une statistique qui les laissait de côté jusqu’à maintenant », ajoute Sébastien Lecornu, sans « déni » ni « caricature. »
Selon Jean-Pierre Farandou, ces nouvelles données ne sont « pas une surprise », puisqu’elles intègrent désormais « tous les bénéficiaires du RSA, tous les jeunes qui passent des Contrat d’engagement jeune (CEJ) dans les missions locales avec France Travail », lesquels « contribuent, pour la moitié à peu près, à la dégradation du taux de chômage. » Ce que confirme l’Insee dans sa note publiée cet été.
Sans cet effet mécanique, le taux de chômage serait certes en hausse, mais resterait inférieur à 8 %, se défend le gouvernement.
Alors, pour Sébastien Lecornu, pas de raison d’accéder aux critiques. « En dix ans, les Français n’ont vu augmenter que trois choses : leurs impôts, le nombre de fonctionnaires et le chômage. Voilà le bilan réel de la “start-up nation” », a par exemple dénoncé Bruno Retailleau, pourtant ministre pendant un an. Ni de changer de cap. « Plus de 2 millions d’emplois ont été créés depuis 2017 », date de la première élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée, « jamais autant de Français n’ont travaillé », répond encore le chef du gouvernement, sur les réseaux sociaux.
« Tous les chiffres sont mauvais »
Il n’empêche, derrière l’explication technique servie par l’exécutif, les données actuelles restent particulièrement négatives et viennent battre en brèche la promesse de plein-emploi formulée par le chef de l’État en 2017, puis 2022. Délicat, à huit mois de l’élection présidentielle.
Ainsi, le taux de chômage augmente pour toutes les tranches d’âge. Particulièrement touchés, les jeunes actifs : un sur cinq est sans emploi. Le taux de chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %, soit +0,4 point sur un trimestre et +2,5 points sur un an, tandis que celui des 25-49 ans continue de progresser, de 0,2 point, à 7,5 %, son plus haut niveau depuis 2021. Celui des seniors de 50 ans et plus poursuit également sa hausse, à 5,5 % (+0,3 point), son plus haut depuis 2022.
« Si la hausse du premier trimestre était partiellement liée à l’augmentation de la population active », cette fois-ci « tous les chiffres sont mauvais », décrypte le directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, Éric Heyer, interrogé par l’AFP. À ses yeux, « les bons résultats sur l’emploi et le chômage de 2019 à 2023, dans une France à la croissance faible, étaient en trompe-l’œil, liés à des aides à l’apprentissage et à des entreprises ». « Depuis, le gouvernement veut baisser les déficits, diminue les aides, et un rattrapage s’opère », selon l’économiste.
À ce contexte déjà peu favorable, s’ajoutent les conséquences de la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a provoqué un choc énergétique dans la zone euro et une inflation record notamment sur le prix du carburant. Si la croissance économique a plutôt résisté jusqu’ici, le gouvernement mise désormais sur 0,7 % pour 2026, contre 0,9 % initialement. Le chômage devrait, lui, continuer à grimper. Dans ses perspectives 2026 pour la France, l’OFCE tablait sur une remontée à 8,5 %. Il n’y aura alors plus guère d’excuses.


