Pourquoi ce premier débat de la campagne est plus décisif qu’il n’y paraît
Jeu, set et match. Ce jeudi 27 août, en fin d’après-midi, plusieurs candidats à l’élection présidentielle se retrouveront sur le court central de Roland-Garros pour un débat organisé par le Medef à l’occasion de ses journées d’été. À huit mois du premier tour, l’organisation patronale présidée par Patrick Martin reconnaît que cette édition 2026 revêt « une dimension plus importante que les précédentes ». La preuve : le nombre d’inscrits à l’événement a doublé par rapport à l’année dernière, selon l’organisation.
Sept candidats ont répondu positivement à l’invitation du Medef, et vont donc confronter leurs points de vue sur la politique économique à mener dans une émission retransmise en direct sur LCI. Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann, Bruno Retailleau et Marine Tondelier répondront aux questions de cinq patrons de PME, qui feront part de leurs préoccupations.
Ce premier débat intervient particulièrement tôt dans la campagne, alors que la situation n’est pas totalement décantée. On ne sait pas encore qui portera les couleurs de la social-démocratie puisqu’une primaire prévue début octobre devrait départager plusieurs candidats du PS et de Place publique. Pas plus qu’on ne sait si Marine Tondelier ira bien au bout de l’aventure. Chez les Écologistes, les pressions s’intensifient en faveur d’un retrait.
Il est d’autant plus surprenant qu’une telle affiche ait lieu huit mois avant la présidentielle qu’en 2022 , il n’y avait eu aucun débat. La guerre menée par la Russie en Ukraine, ainsi que la déclaration de candidature tardive d’Emmanuel Macron, avaient empêché les chaînes de télévision d’organiser de réelles confrontations. Il faut remonter à 2017 pour retrouver la trace de tels débats, qui avaient notamment permis à Philippe Poutou de briller face à François Fillon et Marine Le Pen.
Au cours du débat de ce jeudi, chaque candidat joue gros, à différentes échelles. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon devra faire la preuve qu’il peut tenir son discours de justice sociale et de redistribution des richesses face à un public a priori hostile. Sans doute en profitera-t-il pour s’adresser aux petits patrons, à qui il fait des appels du pied. En début d’année, il affirmait dans une vidéo diffusée sur YouTube que les petites entreprises « ont intérêt à avoir les insoumis au pouvoir ».
« Ils vont me trouver », promet Mélenchon
Face au Medef, Jean-Luc Mélenchon promet toutefois de ne pas se démonter. « Je n’y vais pas pour caresser les têtes. S’ils me cherchent, ils vont me trouver, a-t-il confié à La Tribune dimanche. Je ne sors pas de l’œuf. Mes adversaires n’ont aucune chance de m’intimider ». Leader de la gauche, et en passe de se qualifier pour le second tour selon les sondages, le candidat de La France insoumise est un redoutable débatteur. Ses adversaires le savent.
Pour Raphaël Glucksmann, tout juste déclaré, la confrontation ressemble beaucoup plus à un baptême du feu. Le patron de Place publique sait qu’il doit encore faire la preuve de sa maîtrise des sujets économiques et sociaux, après des années à s’être positionné sur les dossiers européens et internationaux. Qu’a-t-il à dire sur les salaires, les retraites, le Code du travail ? Autre difficulté pour l’ancien essayiste : contrairement à tous les autres, il est le seul à n’être pas encore officiellement candidat à la présidentielle. Il a choisi de passer d’abord par la case primaire.
Sur la forme, Raphaël Glucksmann va devoir montrer qu’il a progressé en débat. Un exercice difficile et exigeant, auquel il s’était frotté à l’automne dernier face à Éric Zemmour. Le résultat avait été plus que décevant, l’eurodéputé ayant lui-même dû reconnaître qu’il « aurait pu faire mieux ». Dans son camp, plusieurs cadres avaient exprimé leurs craintes dans la presse. « Ce n’était pas du tout au niveau, il balbutiait, ce n’était pas clair », taclait un député PS, tandis qu’un autre évoquait « un naufrage ».
Chez Retailleau, « un bon état d’esprit »
Pour les candidats du centre et de la droite (Bruno Retailleau, Gabriel Attal et Édouard Philippe), la partie devrait être moins corsée. Leurs propositions en matière économique rejoignent largement celles portées par le Medef. De quoi s’assurer un accueil moins houleux. Dans le camp Retailleau, on assure partir avec un « bon état d’esprit ». « Sur le volet économique, il a l’habitude de dire que c’est sa langue maternelle. Ce sont des sujets qu’il maîtrise et sur lesquels il est bon », confie l’un de ses proches au HuffPost.
Cette même source se veut moins optimiste pour Gabriel Attal et Édouard Philippe : « Ils ont quand même le bilan de Macron à porter. Autant en 2017, les chefs d’entreprise pouvaient applaudir son discours pro business. Autant dix ans plus tard, je pense qu’ils grincent un peu des dents ». L’applaudimètre risque d’être un bon moyen de jauger l’état d’esprit des patrons présents dans la salle.
Le Medef ne soutient personne
Du côté de Marine Le Pen, l’enjeu est moins de faire ses preuves (elle a déjà trois campagnes présidentielles derrière et caracole en tête des sondages de premier tour) que de rassurer les patrons sur son discours nettement moins libéral que celui de Jordan Bardella, pressenti pour partir à sa place si la condamnation judiciaire du 7 juillet lui avait été moins favorable. Au RN, on attend beaucoup de l’événement du Medef, qui servira à mesurer la façon dont les milieux d’affaires perçoivent la candidature Le Pen. Sa volonté d’abroger la réforme des retraites et de permettre à certains salariés de partir plus tôt irrite forcément l’organisation patronale.
Officiellement, le Medef n’a pas l’intention de soutenir un candidat plus qu’un autre, faute de connaître « la réalité et le détail des programmes », a expliqué son président, Patrick Martin, mercredi sur France Inter. « On est démocrates et on se pliera au vote », assure-t-il. Dans Le Parisien, il affirme aussi : « Nous travaillerons avec ceux que les Français auront portés aux responsabilités, que cela nous plaise ou non ».



