Culture

Adèle Haenel dénonce la suppression de ce replay de France 5 après sa carte blanche sur Israël

Elle se « doutait » d’une réaction de France Télévisions, mais pas de cette ampleur. Adèle Haenel a réagi ce jeudi 10 septembre à la suppression par le groupe du replay de l’émission La Grande Librairie, dont elle était invitée la veille.

À la fin de l’émission, le présentateur Augustin Trapenard avait proposé à l’autrice de prononcer la traditionnelle carte blanche, dans le moment Droit dans les yeux. L’invitée a alors choisi, tel qu’elle l’exprime sur Instagram (voir plus bas), de faire « un lien entre la silenciation et le déni autour des violences sexistes et sexuelles et la silenciation et le déni autour du génocide en Palestine ».

« Évidemment, on se doutait que France 5 allait supprimer l’extrait. Mais ils ne se sont pas arrêtés là, ils ont carrément supprimé toute l’émission », a poursuivi l’ancienne comédienne qui publie son premier roman, Viser Juste. Sur le site de France Télévisions, on peut en effet retrouver les replays de toutes les dernières émissions et de toutes les cartes blanches… sauf pour ce 9 septembre.

France Télévisions assume la suppression

Interrogé par Télérama, France Télévisions assume cette décision. La direction du groupe public affirme que la position de l’autrice n’a pas pu être contrebalancée par « plusieurs points de vue, ce que notre cahier des charges impose ». Ainsi, « suite à l’analyse de la séquence, à titre conservatoire, nous avons procédé à la dépublication de la vidéo ».

Devoir contrebalancer une carte blanche : la justification de France Télévisions a été dénoncée par plusieurs responsables politiques, dont Olivier Faure, le premier secrétaire du PS. « Le principe d’une carte blanche c’est de laisser la parole. Quelle conclusion en tirer ? Y a-t-il des points de vue interdits ? Y avait-il des propos qui relevaient du délit ?
En l’absence de justification, cette suppression est une honte », a écrit sur X le candidat à la présidentielle.

Selon une source anonyme citée par Télérama, la cause est à chercher plus loin. France Télévisions aurait ainsi voulu prouver sa bonne foi à l’Arcom, qui aurait été saisie par plusieurs téléspectateurs après l’émission de ce mercredi.

« Ils font la démonstration parfaite des propos »

Pour l’autrice, cette suppression ne fait que confirmer son message. « Ce qui est assez fou, c’est qu’ils font la démonstration parfaite des propos qui consistaient à dire qu’il y a certains mots, certaines réalités que tout le monde sait, et qui ne doivent surtout pas être dites. Ils nous ont aidés à faire notre démonstration, donc félicitations France Télévisions », conclut-elle dans sa vidéo sur Instagram.

Dans l’émission de ce mercredi, Adèle Haenel avait livré un texte puissant sur la libération de la parole autour du viol, elle-même ayant été victime d’abus sexuels de la part du cinéaste Christophe Ruggia entre ses 12 et 14 ans. Le réalisateur français a été condamné en appel à cinq ans de prison.

« Il faut parler de l’acte de parole, de la peur de dire lorsque les mots prononcés sont des coups de hache qui révèlent que de leur absence permanente suinte à chaque instant l’acceptation par tous de l’inacceptable. Des mots qui mettent au jour cette couche du réel que tout le monde connaît, mais qui ne doit pas être dite », a-t-elle notamment déclaré face à la caméra.

« Ce fauteuil où je m’assois est un plongeoir. Le premier mot sera un saut dans le silence télévisuel qui englue le pays. Ce brouhaha médiatique qui masque sans répit l’absence omniprésente de certaines paroles. Pareillement, la phrase est courte. Et pareillement j’ai peur. Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu’il y a dans ce silence afin que tout le monde l’entende. L’État d’Israël commet un génocide en Palestine, et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable. Alors sanctionnez Israël, et libérez la Palestine », concluait-elle.