Ces ministres qui désobéissent à Sébastien Lecornu pour 2027 (et agacent Gabriel Attal)
Comme les promesses, les principes n’engagent que ceux qui y croient. Depuis sa nomination comme Premier ministre, Sébastien Lecornu assure qu’il se veut à la tête d’une équipe libre de toute considération partisane en vue de la présidentielle 2027. Il l’a dit dès son arrivée sur le perron de Matignon l’automne dernier, et le répète depuis à l’envi, comme un prérequis à la survie de son attelage gouvernemental. Mais pour quelle portée ?
De fait, cette consigne a été scrupuleusement respectée jusqu’à la fin des élections municipales. Parmi les ministres ou secrétaire d’État, personne n’a donné suite aux invitations des médias pour commenter le résultat des scrutins, conformément à la demande précise du « moine-soldat ». Depuis, nombreux sont ceux à s’affranchir de cette règle pour s’immiscer dans la campagne, avec plus ou moins de vigueur.
C’est le cas notamment de Maud Bregeon, et Gérald Darmanin, deux des ministres les plus en vus de Sébastien Lecornu. Tous deux ont franchi le Rubicon ces derniers mois pour soutenir Édouard Philippe, et le faire savoir. Le duo était d’ailleurs bien placé au sein de la petite troupe qui accompagnait le Havrais lors de son premier bureau de campagne, mardi 8 septembre, face aux caméras conviées pour l’occasion.
Le camp Attal se crispe
Certains font malgré tout profil bas, à l’image de Mathieu Lefèvre et Benjamin Haddad (ministre de la Transition écologique et de l’Europe) ou du garde des Sceaux, discret depuis qu’il a accueilli le maire du Havre à Tourcoing lors de sa rentrée politique fin août pour lui manifester son appui. Gérald Darmanin a toutefois réveillé son parti « Populaires » qu’il avait mis en sommeil à l’automne 2025 pour répondre aux impératifs de Sébastien Lecornu et rester au gouvernement. D’autres, en revanche, font le choix de se montrer et de parler davantage, au risque d’attiser les tensions au sein même de leur camp.
Maud Bregeon est en ce sens l’objet de vives critiques depuis qu’elle arbore cette double casquette. Régulièrement invitée dans les médias et les matinales pour assurer le service après-vente l’action du gouvernement, la porte-parole ne rate (presque) jamais une occasion de défendre la candidature d’Édouard Philippe, ni de porter des messages très politiques et partisans.
Dimanche 6 septembre, elle a ainsi profité de son passage dans l’émission Le Grand Jury (RTL, M6, Le Figaro et Public Sénat) pour appeler les adversaires de son candidat à abandonner la course « le plus tôt possible ». « On ne peut pas se permettre d’attendre trop longtemps », a-t-elle exhorté, à l’adresse des prétendants du centre et de droite. De quoi s’attirer les flèches des proches de Gabriel Attal, lesquels ont rapidement dénoncé un mélange des genres intenable.
« Que Maud Bregeon se consacre à la question énergétique : c’est dans ce domaine que les Français attendent une analyse juste et efficace », a par exemple riposté sur les réseaux sociaux Jean-Charles Orsucci, le maire de Bonifacio et nouveau porte-parole de la campagne de Renaissance. Avant lui, c’est l’ancienne ministre Olivia Grégoire qui jugeait la situation « quand même étonnante ».
Les nouvelles consignes (pas claires) de Lecornu
« Le Premier ministre nous expliquait il y a quelques mois qu’il voulait des ministres qui s’occupent de la France, et pas des élections. Et c’est matin, midi et soir que la porte-parole du gouvernement nous parle… Des élections », avait-elle déploré début septembre, après une nouvelle intervention médiatique de Maud Bregeon, et de premiers appels à l’union. Une forme de crispation qui pourrait s’intensifier au fil des semaines, en témoigne la « gêne » d’un conseiller ministériel qui nous parle d’un « manque de fair-play » de la part de la porte-parole.
Il faut dire que de l’autre côté, Gabriel Attal bénéficie lui aussi de l’appui de plusieurs membres du gouvernement. Mais aucun n’a la surface médiatique ou politique pour faire le poids avec les visages connus qui ont décidé de soutenir son rival. David Amiel ou Roland Lescure, les ministres de Bercy qui figurent dans ce carré de soutiens, se bornent par exemple à circonscrire leurs interventions dans les médias aux seuls enjeux financiers et budgétaires. Et ne s’aventurent guère sur le terrain partisan.
De quoi satisfaire la consigne du Premier ministre ? Force est de constater que celle-ci a évolué au fil du temps. Dans un entretien publié par Le Parisien le 30 août dernier, Sébastien Lecornu indiquait que « les ministres ont bien le droit de dire du bien d’un candidat à la présidentielle. Par contre, je ne veux pas que dire du bien de l’un conduise à dire du mal des autres. » « Le gouvernement doit être un facteur d’apaisement », ajoutait-il, en demandant de nouveau à son équipe « de se tenir loin de la campagne active et des affaires partisanes. » Comprenne qui voudra.



