Politique

LFI privée de deux mairies ? La justice recommande de refaire les élections

La France insoumise perdra-t-elle deux mairies tout juste gagnées en mars ? L’annulation des élections à Vénissieux et Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, deux des conquêtes les plus emblématiques des Insoumis, a été préconisée ce lundi 14 septembre par la rapporteure publique, devant le tribunal administratif de Lyon, en raison d’irrégularités sur d’autres listes concurrentes.

Lors des municipales de mars, à Vaulx-en-Velin, le député LFI Abdelkader Lahmar avait battu la sortante socialiste Hélène Geoffroy, avec 104 voix d’avance. À Vénissieux, Idir Boumertit, également député LFI, avait conquis la mairie, un bastion communiste depuis des décennies, contre la sortante Michèle Picard de 25 suffrages seulement.

Les juridictions administratives suivent, dans la plupart des cas, l’avis des rapporteurs publics. Le tribunal administratif de Lyon a mis sa décision en délibéré à une date non précisée.

La composition de listes divers centre et extrême droite en question

Pour Vaulx-en-Velin, l’annulation de 693 bulletins en faveur d’une liste divers centre arrivée troisième au second tour est de « nature à remettre en cause la sincérité de l’ensemble de l’élection », a estimé la rapporteure publique. La tête de liste Christine Bertin avait omis, de bonne foi, de mentionner la nationalité néerlandaise d’une colistière comme l’impose le code électoral. Elle conteste l’annulation des voix en sa faveur au motif que la préfecture ne l’avait informée de cette irrégularité que quelques heures avant le deuxième tour et n’avait pas fait invalider ces mêmes bulletins au premier tour. Au regard du faible écart de voix, la magistrate a estimé que cela pouvait remettre en cause les résultats des premiers et seconds tours.

Pour Vénissieux, ce sont des fausses déclarations de domiciliation de la tête de liste d’extrême droite RN-UDR, Quentin Taïeb, et de certains colistiers, avec une « intention frauduleuse » selon la rapporteure, qui sont en cause. Cette liste est arrivée en quatrième position au second tour avec 1 361 suffrages et la magistrate a aussi estimé, au regard du faible écart de voix entre les listes menées par Idir Boumertit et Michèle Picard, que la sincérité de la totalité de l’élection était remise en cause.

LFI met en cause les préfets

Après Saint-Denis et Roubaix, Vénissieux (65 000 habitants) et Vaulx-en-Velin (53 000) sont les troisième et quatrième plus grandes villes de France hexagonale remportées par la France insoumise. Au-delà de l’implantation locale, il s’agissait aussi pour le mouvement mélenchoniste de constituer son réseau de grands électeurs pour tenter d’obtenir un siège de sénateur le 27 septembre prochain.

Sur X, le fondateur du mouvement Jean-Luc Mélenchon a pointé « la mauvaise surveillance préfectorale et des actes des listes battues. » « Chacun·e qui observe comprend qu’il est temps de travailler en 2027 à un renouvellement préfectoral capable d’éviter ce genre de situation où l’incompétence vient servir les manipulations politiques », a-t-il poursuivi. Une référence à la brouille qui l’a opposé au cours de l’été aux ministres Laurent Nunez et Gérald Darmanin à propos des préfets.

Se disant « profondément supris » par la situation, le maire de Vaulx-en-Velin Abdelkader Lahmar a aussi mis en cause la préfecture en s’interrogeant sur les raisons qui l’ont poussé à valider les bulletins de la liste en faute alors « qu’elle vérifie habituellement les documents électoraux avec la plus grande rigueur, et qu’elle a identifié la même irrégularité à Saint-Fons, dès le premier tour. » « Il nous avait été demandé, à nous, de corriger de simples accents dans les noms de certains de nos colistiers », a-t-il insisté, accusant à demi-mot les services administratifs d’un deux poids deux mesures. « Si les élections municipales de Vaulx-en-Velin venaient à être annulées, la responsabilité en incomberait strictement à une erreur administrative de la préfecture. Cela devra être expliqué clairement aux Vaudaises et aux Vaudais ; et aux électrices et aux électeurs qui nous ont accordé leur confiance », a-t-il insisté, soucieux de ne pas entâcher l’image du mouvement en ce début de campagne présidentielle.