Cette archive sur Ruffin illustre le piège de la primaire qui se referme sur Glucksmann
Une primaire imperdable ? Scrutin taillé pour lui, tarif d’entrée très élevé, nombre de candidats réduit… Les ingrédients sont réunis pour que Raphaël Glucksmann soit, le 17 octobre, désigné candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle. Dans son entourage, la confiance est de mise. « On va gagner », clame l’un de ses soutiens, l’ancien sénateur socialiste David Assouline, sur les réseaux sociaux.
Pour Raphaël Glucksmann, les planètes semblent alignées. Sauf qu’après avoir longtemps refusé de se plier à la primaire, qu’il craignait de perdre, le patron de Place publique a fini par s’y résoudre… en traînant un peu des pieds. « Il a compris que c’était le seul moyen d’avoir le soutien du PS », souffle un proche d’Olivier Faure au HuffPost. Ce sont surtout ses forces militantes et financières que lorgne Raphaël Glucksmann, lui qui ne compte que deux députés et une poignée d’élus locaux.
Sauf que le déroulé de cette campagne interne semble lui échapper. Après un premier déplacement largement moqué en haut d’une éolienne en Charente-Maritime fin août, il a dû essuyer la colère de manifestantes lors d’un rassemblement à Paris lundi soir. Elles lui ont reproché de n’être là que pour les caméras et de s’inscrire dans une forme de récupération. Et même, pour l’une d’entre elles, d’appartenir à « la fausse gauche ».
Désormais, l’ancien essayiste est mis sous pression par une partie de son camp, qui le somme d’accepter l’entrée de François Ruffin (et pourquoi pas de Marine Tondelier) dans la primaire. « François Ruffin a ce grand mérite de chercher à ouvrir les portes pour rassembler la gauche. C’est ce que nous portons aussi », a exprimé le député PS Arthur Delaporte, proche d’Olivier Faure. Lui-même candidat, Philippe Brun a répondu à Sacha Houlié, soutien de Raphaël Glucksmann, avoir « dix plus de points communs avec Ruffin qu’avec toi ».
« Glucksmann a peur des électeurs »
Le député de la Somme a enfoncé le clou, dans un long message posté lundi soir dans la soirée. « La grande primaire n’aura pas lieu parce qu’ils ont peur. Ils tremblent », a-t-il écrit, accusant Raphaël Glucksmann d’avoir esquivé l’initiative parce qu’il « savait qu’il la perdrait ». « Les apparatchiks, et notamment de Place publique, ont verrouillé la porte, l’ont blindée », a-t-il chargé.
Avant de tirer un deuxième coup quarante-huit heures plus tard sur RTL. « Raphaël Glucksmann a peur des électeurs, tacle le fondateur du mouvement Debout ! Il instaure un suffrage censitaire de 15 euros pour avoir le moins de votants possibles. Pour que les ouvriers ne viennent pas déranger. » Pour autant, il n’a pas abandonné l’idée de forcer le passage et de s’imposer comme candidat à la primaire, la date limite de dépôt des candidatures étant fixée au 15 septembre.
Selon certains, la manœuvre a même été téléguidée par Olivier Faure, désireux de diviser au maximum les suffrages pour forcer l’organisation d’un second tour. Plus il y a de candidat à la primaire, plus l’hypothèse d’un second tour prend corps… et avec elle l’inévitable guerre des reports de voix. À Blois, lors de la rentrée du PS fin août, le Premier secrétaire a d’ailleurs pris soin de s’afficher aux côtés du candidat Debout ! à la présidentielle et d’acquiescer à chacune de ses tirades contre « les gauches irréconciliables » ou « le suffrage censitaire » de la primaire.
Face à la presse mardi après-midi, la numéro 2 du PS Johanna Rolland a renvoyé l’hypothétique candidature de François Ruffin à un accord, à l’unanimité, de l’ensemble des organisateurs, Place publique compris. Mais difficile d’imaginer Raphaël Glucksmann changer d’avis et se ranger du côté d’une primaire large, qu’il a toujours combattue.
« Ces polémiques n’ont aucun sens »
Dans le camp de l’eurodéputé, on perçoit ce coup de théâtre d’un très mauvais œil. Et l’on n’hésite pas à adopter une défense un brin maladroite. Comme lorsque le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol renvoie ses rivaux à leurs « égos » et leurs « aigreurs », sans répondre sur le fond, ou lorsque le député PS Guillaume Garot affirme que « ces polémiques n’ont aucun sens, sauf à vouloir affaiblir le processus démocratique en cours ».
Reste une question : pourquoi Raphaël Glucksmann refuse-t-il que François Ruffin soit candidat à la primaire ? Une archive datant de janvier 2024 le montre d’ailleurs louant les qualités de l’ex-reporter, qui a rompu spectaculairement avec La France insoumise en 2024, affirmant que Jean-Luc Mélenchon était « un boulet ». « Il faudra parler avec Monsieur Ruffin. Sur les questions sociales, c’est celui qui incarne le mieux les combats historiques de la gauche », affirmait le patron de Place publique sur France Inter.
« Peur de la démocratie »
Le député européen n’a, en réalité, que des mauvais choix à faire. Accepter Ruffin au risque de perdre la primaire, et de s’incliner face à un candidat populaire au-delà du PS qui pourrait dynamiter la campagne ? Ou le rejeter et apparaître comme sectaire et renfermé dans son couloir. « Quand on veut devenir Président de la République, on doit faire le maximum pour rassembler largement la gauche dans le cadre d’un processus de départage démocratique, sans veto ni tabou », défend le député Pierrick Courbon, membre de l’aile gauche du PS.
Une centaine d’élus et de militants socialistes ont réclamé, dans une lettre ouverte, l’ouverture de la primaire à François Ruffin, à Marine Tondelier, mais aussi pourquoi pas à Matthieu Pigasse. Selon eux, il ne faut pas avoir « peur de la démocratie ». Un message adressé, sans le dire, à Raphaël Glucksmann. La pression s’accentue, mais pour l’instant il campe sur son refus. « On ne change pas les règles en cours de jeu », argue-t-il. Un non ferme… et définitif ?



