Transport

Malgré le bashing, pourquoi les fatbikes sont-ils si populaires ? On a posé la question à ceux qui les vendent

Longtemps réservés aux grands espaces, ils sont désormais de plus en plus présents dans les centres-villes. Depuis quelques mois, les fatbikes électriques déferlent dans les rues et sur les pistes cyclables de l’Hexagone, emmenant dans leur sillage des tensions et conflits d’usage. La Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) a même dénoncé cet été la prolifération de ces « faux vélos » souvent débridés.

S’ils ont mauvaise presse auprès des cyclistes comme de certains élus, la progression de ces vélos à la silhouette distinctive prouve bien qu’ils répondent à une demande. « C’est un vrai moyen de transport », assure au HuffPost Yann Bouder, qui commercialise depuis 2018 sa propre marque, Bicloo, à Perros-Guirec (Côtes-d’Armor).

Avec une selle souvent très large et des pneus qui offrent une meilleure stabilité, ce type de vélos offre « un certain confort d’utilisation ». Un atout pour les clients de Yann Bouder, principalement « des jeunes de plus de 50 ans », plaisante-t-il.

Autonomie

Le profil des acheteurs de Bicloo est malgré tout varié, poursuit Yann Bouder, avec des personnes qui l’utilisent pour leur loisir ou en alternative à moyen de transport motorisé. « Ça peut sauver des gens qui n’ont plus le permis de conduire », pointe-t-il. Et dans un secteur « où il y a des côtes partout », l’assistance électrique est incontournable et permet « de rayonner sur tout le littoral ».

« Avec la hausse du prix de l’essence, nous avons certains clients qui ont mis leur voiture au garage et commencé à utiliser un fatbike », témoigne pour sa part Mohamad Farawate, qui a créé début 2026 à Poitiers la boutique d’imposants cycles Vitesse éco. D’autant que l’autonomie des batteries permet aujourd’hui de parcourir « jusqu’à 100 km », explique-t-il au HuffPost. Le commerçant et réparateur enfourche d’ailleurs le sien chaque matin pour venir lever le rideau de son magasin depuis Châtellerault, à une quarantaine de kilomètres.

Au-delà des aspects pratiques, le fatbike a une image beaucoup plus cool que le vélo électrique traditionnel. Et plusieurs atouts pour se faire une place dans le marché. « Pour les 25-35 ans, au-delà du look, le fatbike est en train de remplacer le scooter, qui sort peu à peu du paysage par chez nous », observe Frédéric Le Tiec, fondateur il y a une décennie de Sun Rider 85 aux Sables-d’Olonne.

Moins de dépenses

D’autant qu’il est beaucoup plus économique. Contrairement à un deux-roues motorisé, le vélo à pneus ultralarges ne nécessite pas de casque ni d’assurance, pour un prix d’achat (entre 800 à 1 000 euros) beaucoup plus faible qu’un scooter (1 500 à 2 000 euros). Avec un système « de poussée simple, un fatbike demande peu d’entretien. Si le client est attentionné, le réparateur ne le revoit pas souvent », souligne Yann Bouder.

Malgré ces avantages, le principal reproche adressé aux fatbikes est la facilité avec laquelle ils peuvent être modifiés pour circuler au-delà des 25 km/h réglementaires pour tous les vélos électriques, créant des risques pour les piétons et les autres cyclistes. « Ils sont presque tous débridables en s’aidant de vidéos sur Internet », regrettait récemment auprès du Monde Dan Szenik, codirigeant de Cyclobike, enseigne parisienne qui assure ne vendre que des modèles homologués et non débridables.

En début d’année, l’Union des entreprises Sport & cycle tirait la sonnette d’alarme : « 96 % des FatBikes vendus en France sont non conformes », s’inquiétait la fédération de professionnels après avoir analysé 125 modèles de vélos électriques.

« Tous les signaux sont au rouge face au développement de ces vélos illégaux, qui […] dégradent la bonne cohabitation entre usagers sur l’espace public, faisant naître une réelle inquiétude sur l’avenir du monde du cycle », a renchéri la FUB en juillet dernier.

Les vendeurs contactés par Le HuffPost assurent que la part de clients qui évoque le débridage est marginale. « 95 % de mes clients veulent juste que le vélo les aide à grimper les côtes, que ce soit confortable sans se prendre la tête. Ils ne veulent pas aller à plus 25 km/h ! », témoigne Yann Bouder.

« Part de racisme »

Mais alors que les fatbikes restent minoritaires au sein des vélos électriques, comme le souligne l’Union des entreprises Sport & cycle, le bashing est-il uniquement lié à leur vitesse excessive et aux dangers que cela représente ? Dans un article de l’hebdomadaire Knack consacré au développement des fatbikes à Amsterdam, l’auteur néerlando-marocain Abdelkader Benali estimait en début d’année que « la haine à l’égard des fatbikes cache une part de racisme ».

Ces vélos constituent « le moyen de transport par excellence de la jeunesse multiculturelle », soulignait-il dans l’article repéré par Courrier international. En France également, le fait qu’une part de ces vélos soient utilisés par des livreurs de repas, bien souvent des personnes immigrées aux conditions de travail et aux revenus précaires, participe-t-elle à leur mauvaise réputation ?

En tout état de cause, de nombreuses voix appellent à un meilleur encadrement des fatbikes, notamment David Belliard, maire du XIe arrondissement et ancien adjoint d’Anne Hidalgo chargé des transports. « Sinon, ils seront prétexte à stigmatisation des cyclistes », dit-il au Monde. « L’État doit faire son travail, rendre moins aisé l’achat des engins facilement débridables, contrôler la conformité de ceux qui roulent, sanctionner les vélos hors la loi », poursuit-il.

Dans plusieurs villes, les opérations de contrôle se multiplient. À Paris et dans la petite couronne, la préfecture de police en organise en moyenne une par jour avec immobilisation des vélos non homologués ou débridés, rapporte franceinfo. Pour Mohamad Farawate, le bashing n’est pas justifié. « Avec les fatbikes, c’est juste le nom qui fait la différence. Sinon, c’est exactement comme un vélo électrique. »