Santé

Cette trend TikTok veut déceler vos carences en fer, mais elle regarde au mauvais endroit

Depuis la fin des vacances et le retour du rythme effréné, vous avez le visage pâle et cerné, la peau sèche, les lèvres gercées ? Ne cherchez plus, selon de nombreuses utilisatrices de TikTok, vous avez sans doute une carence en fer. Ou plutôt en ferritine, cette protéine présente dans les globules rouges et qui permet de stocker le fer dans l’organisme.

Sur le réseau social, de plus en plus de jeunes femmes s’autodiagnostiquent ce qu’elles nomment une « ferritine face » en se fiant uniquement à leur teint fatigué.

À coups de vidéos « avant-après » qu’elles veulent spectaculaires, elles vantent ensuite les bienfaits de la supplémentation en fer qui leur redonne un teint frais et reposé. Mais qu’en pensent les médecins ?

Le fer, un minéral essentiel à notre organisme

Si le terme de « ferritine face », que l’on pourrait traduire en « visage lié à un trouble de la ferritine », n’est pas un terme médical reconnu, les professionnels de santé s’accordent à dire qu’il met en lumière une réalité : la carence en fer touche un adulte sur deux. Les femmes sont particulièrement touchées au cours de leur vie, aussi bien durant l’enfance que pendant les grossesses ou au moment de la ménopause.

Or, le fer est un oligo-élément indispensable à notre bonne santé. Entrant dans la composition de l’hémoglobine, il est nécessaire au transport et à l’utilisation des globules rouges, ainsi qu’au fonctionnement de certaines enzymes, nous apprend l’Anses.

Une carence en fer peut donc avoir des effets néfastes sur l’organisme, en particulier si elle devient chronique. Peut alors survenir une anémie, c’est-à-dire une baisse anormale d’hémoglobine dans le sang, ce qui ralentit la production des globules rouges. « En général, lorsque les gens deviennent anémiques, cela reflète une carence en fer qui dure depuis un certain temps », explique à National Geographic Irogue Igbinosa, professeure de médecine materno-fœtale à l’université Stanford et spécialiste de la santé génésique des femmes. « Il faut de l’énergie pour vivre et le manque de fer peut avoir tellement de répercussions que nous n’avons pas encore fini de les découvrir. »

D’autres symptômes plus évocateurs d’une carence

Un teint terne et fatigué peut donc en effet indiquer une carence en fer, reconnaît auprès du Washington Post le Dr Imo Akpan, hématologue au New York Presbyterian et professeure associée de médecine au Columbia University Irving Medical Center. Le sang circule alors moins bien, ce qui rend la peau pâle et marquant plus facilement la fatigue (cernes bleutés). Un déficit en fer peut aussi se traduire par une peau sèche, une chute accrue de cheveux, des ongles cassants ou des gerçures aux commissures des lèvres, développe le Dr Akpan.

En réalité, le problème de la trend de la « ferritine face » n’est pas d’avoir faux sur les signes physiques d’une carence en fer. Mais elle se focalise sur les moins signifiants, précise au Washington Post la médecin généraliste Shannon Dowler.

Une fatigue persistante et inexpliquée, un essoufflement, des palpitations ou une accélération du rythme cardiaque lors d’efforts simples doivent aussi et surtout mettre sur la piste d’une carence en fer, voire d’une anémie, bien plus que des cernes ou un visage fatigué. Des difficultés de concentration, des maux de tête, des vertiges, les mains et les pieds régulièrement froids, des troubles du sommeil (dont le syndrome des jambes sans repos) sont aussi des symptômes qui doivent nécessiter une consultation avec son médecin.

Attention à l’erreur de diagnostic

L’autre problème de cet autodiagnostic d’une carence en fer est qu’il peut occasionner un dosage excessif si l’on décide de se complémenter soi-même. Or, ce surdosage peut causer de graves lésions au système digestif, voire dans les cas les plus graves une intoxication aiguë parfois mortelle.

Enfin, se fier aux vidéos mettant en garde contre la « ferritine face » peut aussi faire passer à côté d’une réelle pathologie, notamment les troubles thyroïdiens, dont les symptômes sont proches de celui d’une carence en fer, ou encore certaines maladies auto-immunes et même la périménopause, listent les médecins interrogés par le Washington Post.

Plutôt que de suivre les recommandations de TikTok en se fiant uniquement à l’apparence de son visage, mieux vaut donc consulter pour obtenir un bilan sanguin, « au cours duquel sera effectué un dosage en vitamines et minéraux », recommandait l’an dernier au HuffPost la médecin nutritionniste Alexandra Dalu. « Cela permettra de déterminer s’il y a une carence et, surtout, de comprendre à quoi celle-ci est due et à la traiter. »

Une carence en fer peut en effet être la conséquence d’une affection sous-jacente qui perturbe l’absorption de ce minéral : la maladie cœliaque, une maladie inflammatoire de l’intestin ou, dans de rares cas, un cancer du côlon.

Pour reconstituer ses réserves, si la carence est légère, il est possible de consommer davantage d’aliments riches en fer. La viande rouge, les fruits de mer, les oléagineux, les épinards, les légumineuses… Parfois, la prise de compléments alimentaires peut aussi s’avérer nécessaire, tout comme les perfusions en fer pour les personnes très anémiées.