Politique

Comment l’action internationale de Macron oblige les candidats à la présidentielle à improviser

Il y a des volte-face qui en disent long. Après la réunion convoquée par le chef de l’État ce vendredi 18 septembre, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont tenté de revoir leur copie internationale, en se montrant (de façon inhabituelle) fermes à l’égard de la Russie de Vladimir Poutine, qui ne peut « espérer dicter la politique » de la France « par l’intimidation ». Un changement de ton après les alertes répétées ces derniers jours par Emmanuel Macron, qui ont pour objectif de faire oublier la russophilie longtemps en vogue au sein du parti lepéniste, et réveillée à intervalles réguliers.

Ce revirement s’explique en deux mots : campagne électorale. Car, comme l’a souligné l’allié de la candidate RN, Éric Ciotti, les avertissements formulés par le chef de l’État à l’égard de la Russie n’ont rien de nouveau en soi. Ce qui change, c’est le coup de projecteur mis par le président de la République, obligeant les candidats à la présidentielle (et ils sont nombreux) à se positionner sur les sujets internationaux. D’autant que ceux-ci structurent les débats nationaux, notamment sur le coût de l’énergie, et donc, sur le pouvoir d’achat.

Impréparation, dérapage et décalage

Résultat : plusieurs acteurs de la campagne ont été pris de court, contraints de dévoiler soit leur impréparation, soit un logiciel en décalage avec la gravité de la situation. « La solution la plus efficace et la plus pertinente pour que nos compatriotes puissent retrouver à la pompe un prix qui soit décent, c’est d’abord de demander au président Trump d’arrêter la guerre », a par exemple affirmé Jordan Bardella sur BFMTV. « Ne pas oublier de demander poliment, surtout », a ironisé sur X l’ancien ministre macroniste, Marc Ferracci.

Quelques jours plus tard sur la même chaîne, c’est Ségolène Royal, candidate à la primaire organisée par le PS et Place Publique, qui a livré une lapalissade, au sujet cette fois de la guerre en Ukraine. « Il faut faire parler les belligérants entre eux », a-t-elle affirmé, comme s’il s’agissait de régler un conflit opposant deux élèves lors d’une récréation. « Personne n’y avait pensé », a réagi l’ancien ambassadeur de la France aux États-Unis, Gérard Araud.

La séquence a aussi poussé Jean-Luc Mélenchon à s’aventurer sur le terrain international, au risque d’approximations rappelant que la géopolitique demeure le pilier le plus fragile de l’offre LFI. Ce lundi 21 septembre, c’est le candidat communiste Fabien Roussel qui s’est retrouvé contraint de lever le voile sur son tropisme pro-russe, regrettant le choix du président « de ne pas dialoguer avec Poutine », comme si les multiples tentatives entreprises en ce sens jusqu’à la veille de l’agression de l’Ukraine avaient changé quoi que ce soit au drame humanitaire imposé par Moscou aux civils ukrainiens. Et alors que la flambée des prix à la pompe s’explique surtout par la guerre menée en Iran par Donald Trump, le candidat PCF a ciblé le patron de Total, Patrick Pouyanné, qu’il a comparé avec les collaborateurs du régime nazi durant la Seconde Guerre Mondiale.

D’autres, à l’inverse, se retrouvent à répondre favorablement au message d’unité formulé par le locataire de l’Élysée. À sa sortie de la réunion avec les chefs de partis, l’écologiste Marine Tondelier a salué « l’exercice de transparence » du président de la République, et a partagé son diagnostic alarmant, à l’instar notamment du candidat Place Publique Raphaël Glucksmann, plus à l’aise avec les relations internationales qu’avec les affres d’une campagne présidentielle.

« Toile de fond »

Mais il n’y a pas que chez les adversaires du chef de l’État que la séquence affecte les plans de campagne. Édouard Philippe a été contraint de revoir sa feuille de route, après la décision prise par Emmanuel Macron de s’adresser aux Français, moins d’une semaine après une conférence de presse improvisée sur le même sujet. L’ex-Premier ministre devait inaugurer jeudi la nouvelle version de L’Heure de vérité sur France 2, durant laquelle il ambitionnait, selon Politico, de faire le service après-vente de son projet de réforme des retraites.

Mais face à la décision élyséenne, l’émission a été reportée sine die. Et impossible pour Édouard Philippe de faire autrement que d’avaler la couleuvre : non seulement il partage la lecture géopolitique faite par Emmanuel Macron, mais il serait malvenu de sa part de vouloir tirer la couverture à soi au moment où le fracas du monde relègue les enjeux purement électoraux au second plan.

« Emmanuel Macron a évidemment peur qu’on l’oublie, mais à ce stade on est encore loin d’être vraiment dans la campagne et les éléments qu’il a donné aux chefs de parti semblent quand même intéressants pour des responsables qui aspirent à diriger ce pays dans huit mois », observe un soutien de Raphaël Glucksmann sondé par Le HuffPost.

Et à en croire la garde rapprochée du chef de l’État, les candidats à sa succession ont plutôt intérêt à s’y habituer. « La géopolitique et les crises seront la toile de fond de l’élection présidentielle. Cet environnement donne d’ordinaire une prime au sortant mais comme le Président ne peut pas se représenter, cela rend les choses très compliquées pour les candidats qui vont devoir se montrer le plus présidentiel possible », prévient un proche d’Emmanuel Macron cité dans L’Opinion. Ce n’est pas François Hollande, qui construit patiemment son offre en mettant l’accent sur son expérience internationale du temps où il occupait le poste, qui s’en plaindra.