Politique

Ségolène Royal, la candidate inattendue qui dynamite la primaire socialiste

Au début, pas grand monde ne la prenait au sérieux. La déclaration de candidature de Ségolène Royal, tombée au beau milieu de l’été, s’est accompagnée de rires moqueurs et de longs soupirs. « Elle n’ira pas très loin », ricanait fin août un cadre du PS auprès du HuffPost. Une autre d’ironiser sur cette nouvelle aventure : « Elle aime trop la lumière ». Vingt ans après avoir affronté Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle, Ségolène Royal semble tenir là sa revanche. Bien qu’elle s’en défende.

L’ancienne ministre de l’Environnement fait un début de campagne très remarqué, à base de punchlines et de propositions décoiffantes. L’enjeu, pour celle qui participe à sa troisième primaire socialiste, semble être de prouver qu’elle n’est pas l’illuminée que certains décrivent. Ses coups de griffes contre Raphaël Glucksmann, qualifié de « stagiaire », sa promesse de « diviser par deux les prix de l’énergie » ou son attachement à la cause des enfants, érigée en priorité, font d’elle une candidate atypique.

Désormais, plus personne ne la prend de haut. « Attention, il peut se passer un truc, elle peut plumer tout le monde ! Moi, j’ai connu 2007 ! », alerte un cadre socialiste auprès du Parisien. « Si elle fait des propositions disruptives, ça va turbuler », acquiesce l’un de ses rivaux, Jérôme Guedj. Convaincue de pouvoir bousculer le jeu (elle s’imagine déjà à la table du débat de second tour face à Marine Le Pen), Ségolène Royal déroule ses thèmes fétiches avec un slogan que n’aurait pas renié François Mitterrand : « L’ordre juste, la France tranquille ».

Elle l’affirme d’ailleurs : « Je me sens encore mitterrandiste ». Et joue sur la corde sensible d’un passé glorieux pour le PS, estimant être la seule à incarner le « socialisme historique ». Dans cette primaire, non seulement elle est la seule femme, mais elle est aussi la seule à s’être assise à la table d’un Conseil des ministres avec François Mitterrand ou Lionel Jospin, comptant ainsi surfer sur cette « expérience » que d’autres n’auraient pas. Fait amusant : quand Ségolène Royal a pris sa carte pour la première fois au PS, en 1978, Raphaël Glucksmann n’était pas encore né.

« Les Français sont nostalgiques »

Mais les électeurs sont-ils en demande de responsables politiques présents dans le jeu depuis tant d’années ? « Bah oui, les Français sont nostalgiques, lâche-t-elle dans Le Nouvel Obs. Ils veulent élire des gens qui n’ont rien fait de mal, qui sont honnêtes, qui ont de l’expérience ». D’autres sont plus sceptiques. À commencer par Raphaël Glucksmann qui, lundi sur franceinfo, a rappelé que l’ex-ministre faisait de la politique « depuis 45 ans ». Il ne se prive pas, d’ailleurs, de rappeler une partie du parcours politique (hasardeux) de Ségolène Royal.

Car au-delà de la présidentielle 2007, de son expérience à divers échelons de la vie politique nationale et locale ou de son rôle lors de la COP 21, la socialiste s’est parfois aventurée sur des terrains sinueux. En 2017, elle ne tarissait pas d’éloges à l’égard du nouveau président : « Emmanuel Macron est pragmatique, il est dans la modernité. Il comprend notre époque. Il peut changer la France ». L’année d’après, elle revenait sur ce choix, jouant la carte de la macroniste déçue. « Nous n’avons pas voté pour des manifestants éborgnés et la remise en cause de notre système de protection sociale ». En 2022, elle appelle à voter pour Jean-Luc Mélenchon et se rapproche de La France insoumise au point de se proposer pour prendre la tête d’une liste aux européennes. Le zigzag permanent.

Des prises de position qui ont déplu

Ce sont, en réalité, certaines de ses prises de position qui interrogent. N’a-t-elle pas, en pleine crise du Covid, défendu l’usage de l’hydroxychloroquine et sous-entendu que les chiffres des contaminations fournis par le gouvernement étaient manipulés ? N’a-t-elle pas, peu après l’invasion russe en Ukraine, dénoncé la « propagande de guerre par la peur » du président Zelensky ? Et remis en cause, en plateau, les crimes de guerre commis à Boutcha ? Elle a aussi rebondi dans l’émission Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna, déjà vivement critiquée pour sa banalisation des idées d’extrême droite, sous couvert de divertissement.

À ce sujet, elle assume. « Le public de Cyril Hanouna est méprisé et très populaire. Je n’ai eu que de très bons retours. C’est l’éboueur du coin ou la caissière de chez Carrefour qui me regardaient », affirmait-elle à une poignée de médias, dont Le HuffPost, fin août. Ségolène Royal en est convaincue : « Je suis du côté de ceux qui aiment les gens, et qui les comprennent. La politique ne doit pas s’interdire d’être humaine ».

Pourtant, ses chances de l’emporter sont minimes. Malgré une campagne au pas de charge, qui l’emmène ce mardi 22 septembre à Alfortville (Val-de-Marne) pour un meeting devant plusieurs centaines de personnes, Ségolène Royal peinera à conjurer l’affrontement final entre Raphaël Glucksmann et Olivier Faure. Qu’importe, l’essentiel est ailleurs.

Son vieil ami, l’avocat Jean-Pierre Mignard, affirme auprès du Nouvel Obs : « Elle a reconquis son droit de parler, elle va compter dans la présidentielle, son soutien sera recherché. Elle redevient une femme d’influence, ce n’est pas rien ». Quand elle a rencontré Le HuffPost fin août, Ségolène Royal se disait heureuse de voir que les micros se tendent à nouveau. Et promettait : « La campagne sera longue. Vous ne serez pas déçus ».