Santé

Classique, manga, polar… Peu importe nos goûts et notre âge, lire est bon pour notre santé

C’est un plaisir universel, que l’on partage quel que soit notre âge, la langue que nous parlons et même nos goûts : celui d’ouvrir un livre dans lequel on plonge tout entier, happé par son intrigue, la poésie des mots ou la pensée de son auteur.

Mais bien plus qu’un loisir agréable, la lecture pour le plaisir peut améliorer la santé et le bien-être. Ce, quel que soit notre âge et que l’on dévore tous les tomes de Naruto, qu’on leur préfère un grand classique de la littérature ou un roman d’Emily Henry.

C’est la conclusion à laquelle sont parvenues des chercheuses de l’université de Cambridge dans une vaste étude publiée dans la revue Psychological Medicine. Associées à la Queen’s Reading Room, une association caritative fondée par la Reine Camilla en 2023 pour encourager la lecture, la professeure Barbara Sahakian et la docteure Christelle Langley démontrent que lire pour le plaisir préserve non seulement la santé cérébrale, mais développe aussi les capacités cognitives et améliore le bien-être.

« C’est une activité que nous devrions encourager dès le plus jeune âge, compte tenu des preuves croissantes de ses bienfaits, notamment pour les enfants. Mais en réalité, il n’est jamais trop tard pour commencer, et la lecture peut nous apporter des bienfaits tout au long de notre vie, même à un âge avancé », assure la professeure Sahakian dans un communiqué.

Des bénéfices sur la santé mentale et les résultats scolaires

Or il y a urgence. Outre-Manche comme en France, jamais la lecture n’a été aussi délaissée, en particulier par les jeunes. Dans son dernier rapport, le Centre national du Livre (CNL) alertait sur cet abandon progressif au profit des écrans. Si 81 % des jeunes interrogés déclarent lire dans le cadre de leurs loisirs, ils consacrent néanmoins dix fois moins de temps à cette activité qu’aux écrans.

Pire : le décrochage s’opère désormais de plus en plus tôt puisque même chez les 7-9 ans, qui ne possèdent pour la plupart pas encore de smartphone ou de tablette à eux, le temps de lecture partagé avec un de leur parent continue de diminuer.

Pourtant, les bénéfices de la lecture s’observent dès le plus jeune âge. En suivant plus de 10 000 jeunes, les autrices de l’étude montrent que les lecteurs réguliers « bénéficient notamment d’une meilleure attention, d’une meilleure mémoire et de meilleures fonctions exécutives, de meilleurs résultats scolaires, de moins de problèmes de santé mentale et d’un mode de vie plus sain, avec notamment plus de sommeil et moins de temps passé devant les écrans ».

D’où l’importance d’initier les enfants à la lecture dès le plus jeune âge, insiste le Dr Langley. Et ce, peu importe leurs goûts. « La lecture de bandes dessinées et de romans graphiques peut être une bonne introduction, car ils peuvent être perçus comme moins intimidants, voire moins ennuyeux, que les romans », expliquent les deux expertes.

Les clubs de lecture à encourager, en particulier pour le troisième âge

Et il convient de poursuivre en sortant de l’enfance. Car ces bienfaits de la lecture demeurent à mesure que l’on vieillit. Compilant les données de précédentes recherches, les autrices de l’étude rappellent les avantages qu’en tirent les adultes, notamment en matière de bien-être. Les lecteurs sont ainsi moins stressés, font preuve de plus d’empathie et d’une plus grande tolérance envers les opinions différentes des leurs.

La lecture est aussi positive pour la santé cognitive, ajoutent les chercheuses, qui citent une étude menée auprès de près de 5 500 adultes de 55 ans et plus, et qui a montré que ceux lisant régulièrement étaient significativement moins susceptibles de développer des troubles cognitifs sur une période de suivi de cinq ans. Une autre recherche a aussi montré que lire des livres, mais aussi des journaux et des magazines diminuait de 33 % le risque de maladie d’Alzheimer.

Pour les autrices, l’ensemble de ces résultats prouvent donc les bienfaits de la lecture, de l’enfance jusqu’à un âge avancé. D’où l’importance de développer les opportunités de s’emparer d’un livre, notamment par le biais de groupes de lecture partagée et de clubs.

Selon la professeure Sahakian, ces rassemblements « peuvent aider les gens à se sentir moins isolés et plus connectés aux autres, ce qui, comme cela a été démontré, réduit le risque de démence. » Et de conclure : « Si ces clubs peuvent être amusants et bénéfiques à tout âge, ils sont particulièrement utiles pour les personnes âgées qui ont des difficultés de mobilité. Elles ne peuvent peut-être pas participer à des activités sportives ou cyclistes, mais un club de lecture est une activité que la plupart des gens peuvent apprécier. »