Politique

Mélenchon, Lecornu, Bagayoko… La mobilisation des lycéens tourne à la bataille de récits

Ça chauffe dans les lycées. Ce lundi 29 septembre, le Premier ministre a voulu dramatiser la situation en déclarant « qu’une lycéenne a été blessée à l’acide chlorhydrique, aux mains et au visage par des agresseurs violents ». Une affirmation non étayée, rapidement contredite, mais qui illustre le climat de tension, voire de fébrilité, qui règne au sommet de l’État face à la mobilisation lycéenne.

Comme souvent en pareil cas, le gouvernement tâtonne. Laisser les étudiants s’exprimer ou contenir la mobilisation pour éviter qu’elle ne fasse tache d’huile ? Un vieil adage, qui circule dans les couloirs ministériels, résume tout le dilemme : « Les lycéens, c’est comme le dentifrice : quand ils sont sortis du tube, on ne peut plus les faire rentrer ». Et à l’ère des réseaux sociaux, la moindre étincelle peut virer à l’incendie. La preuve par les images qui circulent ces dernières heures.

Ici, un chien lâché sur des manifestants. Là, le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko porté triomphalement par des jeunes au rythme de la Marseillaise. Ailleurs, des policiers s’adonnant à un concours de pompes avec des lycéens. La moindre séquence, parfois même de quelques secondes, sert d’argument politique. De quoi éclipser les mécontentements profonds de la jeunesse ? Entre le manque de moyens, le non-remplacement d’enseignants, la raréfaction des postes d’infirmières scolaires ou d’assistantes sociales, l’insalubrité de certaines salles de cours, les sujets ne manquent pourtant pas.

Mardi midi, une quarantaine d’établissements étaient entièrement bloquée partout en France. Ce qui agace particulièrement le gouvernement, qui agite le spectre de violences généralisées pour tenter de discréditer la colère. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a ainsi estimé qu’il ne s’agissait « pas de mouvements de contestation très habituels », mais plutôt « de violences urbaines », accusant à demi-mot La France insoumise de jeter de l’huile sur le feu.

« Surenchère irresponsable »

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, y est allé plus franchement en dénonçant la « récupération politique des blocages par des élus de La France insoumise ». Même tonalité du côté du Premier ministre Sébastien Lecornu qui considère « qu’instrumentaliser la colère à des fins partisanes est une faute » et décèle une « surenchère irresponsable » des élus proches de Jean-Luc Mélenchon.

Lequel a répondu, mardi, depuis la manifestation parisienne : « Nous sommes fiers d’être aux portes du lycée pour défendre nos gamins ». S’attaquant à « la sauvagerie policière », le candidat à l’élection présidentielle s’en est pris à « ceux qui tabassent nos enfants ». La veille, il avait sommé Sébastien Lecornu « d’ordonner aux policiers de ne pas frapper, gazer, embastiller nos enfants ».

Plusieurs députés insoumis, reconnaissables à leur écharpe tricolore, se sont rendus devant des établissements bloqués mardi matin. Comme Antoine Léaument, se filmant en train de chanter la Marseillaise au milieu de lycéens survoltés, ou Paul Vannier appelant les jeunes à « faire attention au piège de la violence ».

Une fake news autour de Bally Bagayoko

En écho aux violences qui s’étaient exprimées à l’été 2023 après la mort de Nahel Merzouk à Nanterre, le débat s’embrase entre ceux qui appellent au calme et ceux qui soutiennent la mobilisation. Une discussion attisée, cette fois-ci, par les images de la répression qui s’abat sur les actions lycéennes. À sept mois de la présidentielle, La France insoumise a bien compris que le vote des jeunes sera important (bien que les lycéens n’aient majoritairement pas le droit de vote). Un sondage Ipsos publié il y a quelques jours montre que Jean-Luc Mélenchon est largement en tête des intentions de vote chez les 18-25 ans, avec 41 %.

À tel point qu’à Saint-Denis, le maire Bally Bagayoko a étonné par sa présence aux abords des lycées. Lundi, il s’est vu reprocher d’avoir participé aux débordements en mettant le feu à une poubelle. Une vidéo massivement relayée par des médias d’extrême droite, puis reprise par des élus RN, le montre penché face à un début d’incendie. « Le maire de Saint-Denis aperçu en train de manipuler une poubelle en feu », annonce alors Europe 1, radio appartenant à la sphère Bolloré.

« L’éducation, pas la matraque »

En réalité, comme l’a montré Libération, le maire a tiré la poubelle en feu pour l’empêcher d’atteindre les grilles du lycée. Ce qu’il a confirmé dans la soirée, expliquant n’avoir « évidemment ni allumé, ni encouragé de feu de poubelle ». Le journaliste de Brut Rémy Buisine, présent sur place, assure que Bally Bagayoko a joué un rôle de « médiateur » pour « calmer les lycéens dès lors qu’il y avait des tensions ».

Au-delà de La France insoumise, d’autres figures de gauche ont, comme Marine Tondelier, estimé que « la répression du mouvement lycéen par le gouvernement est indigne ». « Ces enfants manifestent simplement pour étudier dans des conditions décentes, est-ce trop demander ? », interroge la candidate des Écologistes à la présidentielle. Le patron du PS Olivier Faure, candidat à la primaire de son parti, demande lui aussi que l’État apporte aux jeunes « les moyens d’étudier, d’apprendre et de réussir ». « Répondons par l’éducation. Pas par la matraque ». Reste à voir si la colère va retomber, ou redoubler.