Economia

Cette rare étude sur la précarité alimentaire en France dévoile un chiffre inquiétant

C’est une rare enquête sur l’extrême pauvreté, menée par des économistes internationaux et consacrée à la France. Une personne sur 10 risque de tomber dans la précarité alimentaire dans la décennie à venir dans le pays, et notamment des enfants en bas âge, estime une étude publiée ce lundi 5 octobre, basée sur les données des Restos du cœur.

Qui sont les plus précaires ? Quels facteurs font qu’on tombe dans la grande pauvreté ou qu’on en sort ? Réalisée par cinq chercheurs en économie basés en Europe et aux États-Unis, l’étude s’appuie sur des millions de données des Restos du cœur pour analyser les dynamiques de l’extrême pauvreté.

Le phénomène « reste un angle mort des études économiques », notamment en raison du manque de données sur les populations les plus précaires, a déclaré lors d’une conférence de presse l’un des auteurs des travaux, Alexandre Gaillard, maître de conférences en économie à l’Université de Brown (Rhode Island).

Ainsi, entre 2018 et 2025, 5,5 millions de personnes ont eu recours au moins une fois à l’aide alimentaire des Restos du cœur, soit 8 % de la population française. Ces personnes sont accompagnées en moyenne 18 mois. « La majorité sort de l’aide alimentaire au bout d’un an et une minorité de 14 % y reste plus de trois ans », a précisé Alexandre Gaillard, également membre associé à Toulouse School of Economics.

Une nette surreprésentation des moins de dix ans

Le fait que les personnes sont accueillies « relativement peu de temps » signifie que « l’échantillon se renouvelle constamment », souligne l’étude, qui estime qu’un habitant sur 10 en France risque d’être concerné au cours de la prochaine décennie.

La plupart des personnes accueillies sont sans emploi (90 %), un chiffre qui inclut 3 % d’étudiants, 10 % de personnes handicapées et 11 % de retraités. Plus d’un tiers (40 %) sont en situation de « précarité résidentielle » (hébergées par un tiers, en hébergement d’urgence ou sans-abri).

Un chiffre est également particulièrement inquiétant : 25 % des personnes accueillies sont des enfants de moins de dix ans, alors que cette classe d’âge ne représente que 10 % de la population, rapporte Le Monde. « L’exposition démesurée des plus jeunes à la grande pauvreté est un fait particulièrement troublant quand on sait l’importance critique des premières années de la vie dans l’acquisition du capital humain et dans la trajectoire ultérieure de l’individu », alertent les auteurs, cités par le quotidien.

Les chiffres sont par ailleurs en nette augmentation sur la période étudiée, le nombre de personnes accueillies ayant progressé de 37 % entre 2018 et 2025. Cela monte même à 62 % pour les personnes en situation de précarité résidentielle.

Le besoin d’un « soutien précoce et ciblé »

Les chercheurs ont analysé de nombreux paramètres pour expliquer quels facteurs amènent à entrer et sortir de la précarité (taux de chômage, revenu moyen, inflation, nombre d’entreprises, disponibilité des logements sociaux, etc.).

Résultat : le taux de chômage et l’inflation des loyers figurent parmi les principaux facteurs qui expliquent l’entrée dans l’extrême pauvreté. Ainsi, une hausse de 10 % du taux de chômage entraîne une augmentation de 13 % du nombre de personnes en précarité alimentaire et de 10 % en précarité résidentielle.

Une progression de 10 % des prix des loyers entraîne de son côté une hausse de 9 % du taux de précarité alimentaire, et de 5 à 18 % de la précarité résidentielle.

« Les politiques publiques agissant sur les marchés du travail et du logement sont en mesure d’aider à prévenir les basculements dans la grande pauvreté », conclut l’étude.

En revanche, les paramètres macroéconomiques n’ont pas d’impact significatif sur les taux de sortie de la précarité. Les ménages déjà dans cette situation ont besoin d’un « soutien précoce et ciblé » pour en sortir, selon l’étude.