Economia

Après cette mesure du budget proposée par Lecornu, Canal+ surjoue son indignation

Pour Maxime Saada, ça n’a rien d’un « geste économique ». C’est forcément « politique ». Invité au micro de la matinale de Marc-Olivier Fogiel sur RTL, ce lundi 5 octobre, le patron de Canal+ a réagi à la proposition du gouvernement de doubler la TVA du groupe audiovisuel, quitte à surjouer on ne peut plus son indignation.

La proposition, qui s’applique aux télévisions payantes, figure dans le projet de loi de finances 2027. Elle serait « antiéconomique » et pourrait coûter 200 millions d’euros par an à Canal+, selon son président. Il répondait à la question de Marc-Olivier Fogiel qui lui demandait si cette mesure était une sanction de la part du gouvernement parce que l’actionnaire de référence de Canal+, qui possède CNews, est le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

Pour Maxime Saada, « on se retrouve avec une décision qui met à bas tout le financement du cinéma français » alors qu’« il y a un mois le président Macron a dit qu’il fallait préserver le trésor qu’est l’exception culturelle française ». Il regrette de ne pas avoir été entendu par Bercy, et dit vouloir « discuter avec les parlementaires » qui vont examiner le projet de loi.

Hausse des abonnements

« Rien n’est joué, nous espérons bien faire changer la trajectoire de ce texte », assure ce dernier, qui se montre concerné par ses potentielles répercussions. À commencer par le prix des abonnements, qui devraient « nécessairement » augmenter si la mesure passe. De combien ? Il ne chiffre pas, mais évalue la hausse à environ 10 %.

« Évidemment, on va perdre des abonnés, estime-t-il. Et surtout, on ne peut pas répercuter cette augmentation tout de suite parce que la vaste majorité de nos abonnés, près de 90 %, sont engagés pour un an ou deux ans. On ne peut pas modifier les tarifs en cours d’abonnement. »

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Il va falloir réduire les coûts, alerte-t-il. Il ne dit pas les mots de plan social, mais estime que la mesure pourrait avoir un impact « significatif » pour les salariés de toutes les filiales de Canal+. Le monde du sport ou du cinéma, y compris. Loin des 196 millions d’euros que compte investir le groupe à compter de 2028 pour le 7e art français, le chiffre pourrait descendre à 50 millions.

« Conséquences dramatiques »

Actuellement, les abonnements aux télévisions payantes classiques, c’est-à-dire qui diffusent leurs programmes en temps réel, bénéficient d’un taux réduit de TVA de 10 %, contre 20 % pour les plateformes dont le modèle est construit sur les programmes à la demande, telles que Netflix, Prime Video et consorts.

Canal+ propose les deux types de prestation, et le taux réduit de 10 % s’applique à l’essentiel de ses activités. Le projet de loi prévoit de « simplifier le régime de TVA applicable » aux télévisions payantes en supprimant le taux réduit. Pour Maxime Saada, sa société est la seule qui « peut rivaliser avec les acteurs américains ». Il s’interroge : « Qui va se substituer à Canal+ pour financer le sport et le cinéma » en France ?

Treize organisations du cinéma ont écrit à Emmanuel Macron pour s’alarmer des « conséquences dramatiques » d’une telle mesure alors que Canal+ s’est engagé à investir 980 millions d’euros entre 2028 et 2032 dans le cinéma français et européen. Le secteur du sport s’est lui aussi inquiété du projet de hausse de la TVA pour les télévisions payantes.