Politique

Mathilde Panot sous le feu des critiques après avoir assimilé le Ruban rose à Israël

Ce sera sans elle. Alors que toute une partie du pays s’affiche avec un ruban rose au revers de la veste pour encourager le dépistage du cancer du sein, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, préfère s’en distancier. En cause, l’hypocrisie qui, selon elle, sous-tend cette opération de sensibilisation.

« Quand on gratte le vernis rose, on découvre le cynisme absolu », affirme-t-elle, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux ce vendredi 9 octobre. L’élue du Val-de-Marne y disserte sur la multinationale Syngenta, leader mondial des produits phytosanitaires.

Un géant qui, selon la députée LFI, « sème la mort partout dans le monde » en commercialisant des pesticides. « Syngenta, c’est aussi sa filiale israélienne Adama, qui produit des pesticides génériques », poursuit Mathilde Panot, qui estime que cette multinationale est donc « étroitement liée au projet d’expansion coloniale d’Israël ».

Une démonstration aux accents complotistes

Le rapport avec le Ruban rose ? Selon elle, « Syngenta s’appelait avant Imperial Chemical Industries », qui commercialisait des traitements contre le cancer du sein. « Vous avez compris, ils vous vendent le poison qui vous rend malade, et ensuite le traitement pour cette même maladie », développe-t-elle, dans une démonstration aux accents complotistes.

Et Mathilde Panot l’assure : c’est Imperial Chemical Industries (ICI) qui a poussé la création d’Octobre rose, dans le but d’accroître ses bénéfices. Avec ce raisonnement : plus de dépistages, plus de malades et donc plus d’argent. Raison pour laquelle l’insoumise refuse de boutonner le ruban rose sur le revers de sa veste puisque celles et ceux qui l’arborent ne souhaitent pas en finir avec les pesticides.

Cette présentation des choses, un brin hâtive et sélective, a provoqué un tollé, de gauche à droite. Et pour cause : le discours est fait des raccourcis trompeurs et passe sous silence les enjeux de ce mois de sensibilisation. À titre d’exemple, s’il est vrai qu’Octobre rose a été lancé en 1985 par l’American Breast Society avec l’appui d’Imperial Chemical Industries (ICI), la multinationale Syngenta (héritière de sa branche agrochimique) n’y est pour rien : sa création en 2000 est largement postérieure à l’événement. Autant dire que l’implication de sa filiale israélienne dans la mise en place du mois de sensibilisation est assez difficile à établir.

« Mise en scène indécente »

En outre, il y a aussi une spécificité française à cette opération, importée dans l’Hexagone en 1994, « à l’initiative d’Estée Lauder France et du groupe Marie Claire », comme on peut le lire sur le site de l’association à but non lucratif Ruban rose. « Son ambition est claire : faire du mois d’octobre un temps fort d’information, de sensibilisation et de mobilisation autour du dépistage des cancers du sein », poursuit cette structure, qui a été rebaptisée « Ruban Rose » en 2020. Depuis 2004, l’association a fléché plus de 14 millions d’euros vers la recherche et alloué en 2025 plus de trois millions d’euros à dix projets de recherche ainsi qu’au financement de matériel pour des centres de lutte contre le cancer.

Sans surprise, la démonstration bancale de Mathilde Panot a donc fait bondir plus d’un observateur. « En tant que député, en tant qu’ancien ministre de la santé mais d’abord en tant que patient, je trouve cette mise en scène indécente. Sortir le cancer du silence, de la sphère privée, de la souffrance solitaire, comme le fait le Ruban rose, c’est un combat toujours indispensable », déplore le député Place Publique Aurélien Rousseau. « Vous n’avez jamais honte ? », a renchéri la ministre en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé. « Même un ruban rose n’échappe pas à votre obsession d’Israël », a ajouté la députée Renaissance Prisca Thevenot.

« Avez-vous déjà vu ces femmes qui toutes les quinzaines vont faire leur chimio ? Parfois seules. Parfois entre deux journées de travail. Parfois coiffées d’une casquette qui dissimule une chevelure dégarnie ? Eh bien Octobre rose, c’est une façon de leur dire : on est avec vous », a aussi réagi le socialiste Luc Broussy. « La conquête de l’hégémonie politique a un préalable : il faut tout conflictualiser », disait Jean-Luc Mélenchon en 2012. Un précepte qui, quatorze ans plus tard, s’applique manifestement à la sensibilisation contre le cancer du sein.