Même Camille Cottin et Benjamin Lavernhe ne sauvent pas cette adaptation des « Misérables »
Pendant que les lycéens se mobilisent un peu partout en France, Marius, Gavroche et toute la clique reviennent, eux, installer leur barricade. Ce mercredi 14 octobre, les plus célèbres des héros de Victor Hugo sont de retour au cinéma avec la sortie des Misérables, nouvelle adaptation à (très) gros budget du classique de la littérature.
Le film de Fred Cavayé (Adieu monsieur Haffmann, À bout portant) n’a rien touché du récit initial, publié en 1862. Son histoire nous cueille à la rencontre du bon vieux Jean Valjean (Vincent Lindon) qui, libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, est désormais bien décidé à changer de vie, à devenir un honnête homme.
Rien ne se passe pas comme prévu. L’intransigeant inspecteur Javert (Tahar Rahim), qui l’accuse d’avoir piqué un sou à un pauvre ramoneur, veut le renvoyer au trou. Vite. Il lui faut fuir et quitter Montreuil-sur-Mer pour rejoindre Paris, où, bientôt établi avec sa fille adoptive Cosette (Morgan Northam), notre héros va refaire sa vie en toute discrétion.
Clap de fin ? Non. Le duel prend des airs de thriller, tandis que les cascades, courses-poursuites et bains de sang donnent à la grande fresque littéraire boostée par ses 34 millions d’euros le goût d’un film d’action, où chacun voit son rôle être revisité. Les héroïnes sont « bad ass ». Les Thénardier, plus burlesques que de coutume.
Découvrez ci-dessous la bande-annonce :
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Plus proches aussi des deux vilains aubergistes campés par Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter dans l’adaptation hollywoodienne de 2013, ils sont joués, ici, par Camille Cottin et Benjamin Laverne, réunis pour la première fois à l’écran depuis la série Mouche, remake français de l’inoubliable Fleabag.
« La loi, c’est moi »
Good cop, bad cop. Lui, c’est un branquignol, un vrai lâche. Il est ridicule et fou de sa femme. Elle, elle est le cerveau de l’équipe. Le binôme – toujours aussi cupide, toutefois – s’éloigne de la dynamique de couple mise en place par Victor Hugo. Certaines de leurs apparitions offrent même au film des transitions du drame à la comédie.
C’est désopilant et surprenant. Ça ne sauve toutefois pas le reste du long-métrage de 3 heures, dont il est bien difficile de saisir le registre. Gnan-gnan et tire larmes à certains endroits. Il est caricatural et gênant à d’autres, en partie à cause de la manière dont est écrit Jean Valjean et ses punchlines dignes de Chuck Norris. Notre préférée ? « La loi, c’est moi. »
Malgré les 3 500 figurants et l’ensemble des efforts déployés pour les besoins du film, Les Misérables ne se distinguent pas non plus pour leur mise en scène poussiéreuse, son Paris d’époque trop propre (jusque dans les miches de pain), ses reconstitutions en CGI, ou le brillant des yeux larmoyant de Fantine (Noémie Merlant).
Monte-Cristo, Trois Mousquetaires…
Les péripéties s’enchaînent vite, un peu trop. Son réalisateur dit avoir accéléré la narration à la manière d’une série pour offrir un récit choral. Comme lui, ses producteurs Richard Grandpierre (Le Pacte des Loups) et Olivier Delbosc (Les rayons et les ombres) défendent la puissance romantique du livre qu’ils ont souhaité préserver.
Leurs motivations à vouloir transposer à l’écran la force et l’imagination d’une des plus grandes œuvres de la littérature française s’inscrit, elle, dans la stratégie de ces dernières années du cinéma français à s’inspirer du patrimoine littéraire, comme en ont témoigné Les Trois Mousquetaires ou Le Comte de Monte-Cristo.
Avec près de 10 millions d’entrées rien qu’en France, le succès du blockbuster avec Pierre Niney – en tournage pendant que Les Misérables essayaient d’être financés – a de quoi donner de la suite dans les idées. Force est de constater, qu’avant de récidiver l’exploit, on risque encore de trébucher sur quelques pavés.



