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Pourquoi la NFL veut conquérir Paris avec son football qui se joue (presque) sans les pieds

C’est l’histoire d’un football qui se joue sans les pieds et qui rêve de mettre la main sur Paris. Après la NBA pour le basket et l’UFC côté MMA, c’est au tour de la NFL de poser ses valises en France, à l’occasion d’une grande première : un match de football américain du meilleur niveau mondial sur le sol français.

Ce dimanche 25 octobre, les Steelers de Pittsburgh et les Saints de New Orleans, sept Super Bowl gagnés à eux deux, s’affrontent sur la pelouse du Stade de France pour le compte de la saison régulière de NFL. À guichets fermés ? En tout cas, plusieurs jours avant le match il n’était plus possible, selon nos constats, d’acheter en ligne l’une des 80 000 places du stade.

Après avoir conquis Londres, qui est devenu son camp de base européen depuis 20 ans, mais aussi Munich, Melbourne, São Paulo ou Mexico, la National Football League veut s’implanter dans l’Hexagone. Malgré un contexte social inflammable, le match de ce dimanche a été maintenu, et promet du spectacle : des célébrités en tribunes, des paillettes et un concert de la superstar nigériane Burna Boy à la mi-temps. En plus d’un match bien sûr.

Pas moins de cinq diffuseurs

Il faut dire que l’enjeu est immense : aux États-Unis, le “football” comme on l’appellera dans cet article, est déjà roi. Les dix plus grosses audiences officielles de l’histoire de la télévision américaine sont toutes des Super Bowl, soit la grande finale annuelle du championnat, et il n’y a donc plus vraiment de marge de progression. C’est la raison pour laquelle, si elle veut continuer de grandir (et de générer des revenus faramineux), la NFL doit entrer dans le cœur de nouveaux publics.

« Nous sommes convaincus que nos prochains 50 millions de fans ne viendront pas des États-Unis, mais de l’étranger », a expliqué à Reuters Gerrit Meier, l’un des pontes de la branche internationale de la NFL. D’où cette volonté de créer plus qu’un événement ponctuel, pour s’ancrer dans les habitudes des pays visités. À Londres, quatre matches sont désormais disputés chaque année. Et en Australie, où la NFL a fait ses débuts il y a quinze jours, un contrat pour revenir sur plusieurs saisons a été signé. C’est pour cette même raison que la NBA a programmé cette année un nombre record de rencontres à des horaires dédiés pour l’Europe, et que Victor Wembanyama et ses San Antonio Spurs viendront une nouvelle fois jouer à Paris (puis à Manchester) cet hiver.

À ce petit jeu, l’équipe de New Orleans est celle qui frappe le plus fort à Paris (elle a obtenu auprès de la NFL la priorité sur le marché français, dans le cadre d’une stratégie mondialisée). Jouant sur son emblème de la fleur de lys et les racines françaises de l’État de Louisiane, la franchise des Saints compte bien créer des liens durables. En lançant par exemple des comptes en français sur les réseaux sociaux et en proposant des événements tout au long de l’année (notamment le visionnage de matches entre supporters). Le club a aussi largement ouvert son accès aux médias francophones et facilité l’accès à ses joueurs, dans le but d’éveiller les esprits tricolores à ce sport au ballon ovale. Selon les estimations de la NFL, entre 1 et 1,5 million de Français suivent de près ou de loin le football américain, avec un potentiel pouvant monter à 10, voire 15 millions de personnes déjà « favorablement disposées ».

Une stratégie expansionniste que l’on retrouve dans le choix des canaux de diffusion du match de dimanche. En plus de la possibilité pour le public d’aller au Stade de France, la NFL a vendu les droits à de multiples acteurs, pour maximiser ses chances de toucher le plus grand nombre (et des audiences différentes, des fans hardcore aux plus novices).

France Télévisions diffusera ainsi le match sur France 2 (dans le cadre d’un accord qui lui a déjà permis de passer trois autres rencontres en ligne), tout comme les chaînes de sport payantes DAZN et BeIN Sports, et La chaîne L’Équipe en gratuit. Sur les plateformes, c’est le streameur Domingo qui retransmettra la rencontre sur YouTube et Twitch. Soit cinq diffuseurs pour un sport dont le sommet rassemble une audience confidentielle sur notre rive de l’Atlantique.

JO 2028 et concurrence internationale

Alors pour faire monter l’excitation, tous les moyens sont bons. La NFL a organisé une série d’événements tout au long de la semaine, que ce soit avec des marques ou les équipes de passage, on a vu les joueurs des Saints s’afficher à Disneyland ou au Parc des Princes en marge de PSG-FC Barcelone, et le club français dévoiler des maillots de football américain pour faire la promotion de la rencontre de ce dimanche. Même le discours avait semble-t-il été préparé pour séduire le public européen, les joueurs et dirigeants des Saints et des Steelers ne manquant pas une occasion, en invités bien élevés, de dire qu’en Europe, ils jouent au « football américain » et que le « vrai » football reste roi sur le Vieux continent.

Reste à savoir si cette opération séduction fonctionnera. Car la NFL est loin d’être la seule à tenter de s’arroger de nouveaux marchés. Avec la Coupe du monde des clubs puis le Mondial 2026 remporté par l’Espagne en Amérique du Nord, le ballon rond a tenté de l’attaquer sur son propre terrain. Et cet automne, ce sont les deux meilleures équipes de rugby au monde, les Springboks sud-africains et les All Blacks néo-zélandais, qui sont venus disputer un match au sommet à Baltimore, près de Washington D.C. avec à l’esprit la Coupe du monde de rugby 2031, qui se tiendra outre-Atlantique et en vue de laquelle il faut séduire.

Mais le “football” made in USA a un dernier atout dans sa manche : Los Angeles 2028. Lors des prochains Jeux olympiques, dans un peu plus de 18 mois, le flag football – une variante moins brutale dans laquelle on vole un bout de tissu à son adversaire au lieu de le plaquer – fera son entrée au programme. Un rendez-vous sur lequel la NFL surfe évidemment à Paris : au pied de la tour Eiffel, un terrain de démonstration a été aménagé pour proposer une « NFL Flag Experience ». Et les New Orleans Saints vont encore plus loin : avec la Fédération française de football américain, ils contribuent à l’établissement du sport en France et inviteront prochainement des jeunes Français victorieux d’un tournoi de flag aux États-Unis. Histoire de marquer encore un peu plus les esprits.