Le docu « You Can See Everything » est bien parti pour renverser la table aux Oscars 2027
On est encore loin de la cérémonie des Oscars. Pourtant, Hollywood semble déjà s’être trouvé un prétendant inattendu pour concurrencer les principaux mastodontes qui vont prétendre à l’Oscar du meilleur film lors de la nuit du cinéma américain le 15 mars prochain. Oubliez donc L’Odyssée, La Bola Negra, la Palme d’or Fjord ou Wild Horse Nine, tous considérés comme les grands favoris de la 99e édition des Oscars il y a encore peu de temps.
Depuis vendredi 16 octobre et sa sortie en salle aux États-Unis, le film You Can See Everything, curieux projet de l’acteur, humoriste et réalisateur canadien Nathan Fielder, associé pour l’occasion à Lance Oppenhein, documentariste et réalisateur du récent Primetime avec Robert Pattinson a totalement changé la donne. D’autant plus qu’il s’agit d’un documentaire, et non d’une fiction.
Pour comprendre ce phénomène de l’autre côté de l’Atlantique, il faut commencer par évoquer le contexte de sortie de ce film, présenté à la surprise générale au festival Telluride le 6 septembre dernier, après avoir été conçu dans le plus grand secret. Le même jour, le studio A24 a dévoilé un premier trailer aussi énigmatique que percutant pour attirer l’attention. Et ça a fonctionné à merveille.
La lecture de ce contenu est susceptible d’entraîner un dépôt de cookies de la part de l’opérateur tiers qui l’héberge. Compte-tenu des choix que vous avez exprimés en matière de dépôt de cookies, nous avons bloqué l’affichage de ce contenu. Si vous souhaitez y accéder, vous devez accepter la catégorie de cookies “Contenus tiers” en cliquant sur le bouton ci-dessous.
Figure déchue de la Sillicon Valley
Mais de quoi est-ce que parle You Can See Everything ? Il s’agit d’une plongée inédite de trois ans dans l’intimité d’Elizabeth Holmes, avec pour point de départ les 34 jours qui ont précédé son emprisonnement pour escroquerie en 2023.
Relativement inconnue en France, cette Américaine a pourtant été condamnée à 11 ans de prison pour escroquerie envers ses investisseurs. Femme d’affaires et phénomène annoncé de la Sillicon Valley, elle avait fondé l’entreprise de technologie médicale Theranos au début des années 2000 en promettant de révolutionner les tests sanguins à partir d’une ou quelques gouttes de sang. Mais depuis, l’ex-prodige des biotechnologies est tombée en disgrâce après de lourdes révélations sur la fiabilité trompeuse et la précision plus que douteuse de sa technologie révolutionnaire.
Ce scandale est directement entré dans les annales comme la plus grande arnaque moderne de la Silicon Valley et a fasciné tout un pays. Au point qu’une mini-série, The Dropout, avec Amanda Seyfried dans le rôle de Elizabeth Holmes, a vu le jour en 2022. De quoi rendre cette histoire un peu plus accessible en France. Mais ça, c’était avant You Can See Everything et le regard singulier que ce documentaire pose sur cette icône déchue qui a accepté d’ouvrir ses portes aux deux réalisateurs dans une démarche de « transparence radicale ». Et avec l’ambition plus ou moins subtile de réhabiliter son image et convaincre de son innocence, malgré le scepticisme (mêlé de fascination) affiché par Nathan Fielder, qui saute littéralement aux yeux quand on regarde le teaser et la bande-annonce.
Un phénomène qui débute à peine
Sorti le 16 octobre aux États-Unis, le film a pris de court le box-office américain en réalisant le meilleur démarrage pour un documentaire (non musical) depuis Fahrenheit 9/11, Palme d’Or en 2004. Pour son premier week-end d’exploitation, You Can See Everything a récolté 15 millions de dollars de recettes, se hissant ainsi à la deuxième place du box-office, derrière Street Fighter. Pour son deuxième week-end en salle, le film va d’ailleurs passer d’un parc de 800 écrans à 2 600, preuve de l’engouement autour de cet OVNI cinématographique.
Au moment où ces lignes sont écrites, aucune date de sortie en France n’a été annoncée, mais Metropolitan Filmexport laisse entendre dans les pages du Film Français qu’il « travaille actuellement sur sa sortie prochaine (en France, ndlr) ».
En attendant, le studio A24, fort de ce succès initial sur le sol américain, a décidé de soumettre le film dans une myriade de catégories aux Oscars 2027. Meilleur réalisateur, meilleure photographie, meilleur montage, meilleure musique, meilleur documentaire et même meilleur film, où il est bel et bien éligible puisque cette catégorie ne fait pas de distinction de genre, en théorie bien sûr. C’est bien simple : en 98 éditions, jamais un film documentaire ne s’est fait une place dans la catégorie reine des Oscars, même après le passage de 5 à 10 films en 2022, censé élargir la diversité et la visibilité des œuvres.
Autre surprise de taille révélée par Variety, You Can See Everything est également en lice dans la catégorie meilleure actrice dans un second rôle étant donné qu’une comédienne américaine de renom (dont nous tairons le nom ici) ajoute une curieuse dimension méta à ce film de presque trois heures.
Hors des radars il y a encore quelques semaines, You Can See Everything n’apparaissait même pas dans les traditionnels articles de la presse américaine sur les premières tendances en prévision des Oscars. Depuis, ce projet singulier a renversé la table, au point de devenir le film le mieux noté de l’année sur l’application cinéphile Letterboxd. À cette heure, il dispose également d’une note égale à celle des Évadés sur IMDb, où le film de 1994 est connu pour détenir la meilleure note de l’histoire. Mais pour savoir si You Can See Everything entrera, a minima, dans l’histoire comme le premier documentaire nommé pour la plus haute distinction des Oscars, il faudra attendre encore attendre jusqu’au 21 janvier 2027, date de l’annonce des nommés.



