Ce qu’il faut attendre de la grande journée de grève du 5 novembre en France
Nouvelle étape d’un automne social tumultueux en France ce jeudi 5 novembre. Cette journée de revendications avait été annoncée dès le début du mois d’octobre, après la mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Les syndicats seront à la manœuvre à travers des grèves et manifestations dans tout le pays, pour tenter d’obtenir notamment des réponses à leurs revendications sur les salaires.
Avant ça, pendant trois samedis consécutifs, une mobilisation contre la « vie chère » était partie des réseaux sociaux, épousant les codes des gilets jaunes et soutenue seulement par certains syndicats.
Ci-dessous, Le HuffPost fait le point sur les différents éléments à connaître en vue de la journée de grève et de mobilisation de ce jeudi.
· Qui se mobilise ?
Cette journée doit rassembler salariés du privé et du public et retraités, pour les emplois, les salaires, les services publics, l’industrie. Toutes les principales organisations de travailleurs – même le syndicat de l’encadrement CFE-CGC, initialement plus réservé – se mobilisent. Dans la fonction publique, les syndicats comptent notamment sur les agents pour « se mobiliser massivement ».
À la SNCF, les quatre syndicats représentatifs (CGT, Unsa ferroviaire, Sud Rail et CFDT) ont lancé un appel unitaire à une grève de 24 heures.
Le ministère de l’Éducation nationale table pour sa part sur environ 17 % de grévistes à l’école primaire. Les syndicats de l’enseignement privé appellent aussi à la grève. Selon le principal syndicat du secteur, la Fep-CFDT, « les indicateurs semblent montrer que la mobilisation sera plus suivie côté privé que la précédente », « le contexte social, politique (étant) propice à cette mobilisation ».
Côté maritime, les dockers de la CGT seront en grève dans tous les ports français, tandis qu’un préavis de grève pour les contrôleurs du trafic aérien (fonctionnaires de la DGAC) a été déposé par la CGT (USACcgt), FO (FEETS-FO), SUD Aérien et Unsa Aérien.
Dans les hôpitaux publics parisiens (AP-HP), FO et la CGT appellent également à la grève, tout comme plusieurs syndicats de la Poste (CFDT, CGT FAPT, Sud PTT, FO).
Insatisfaits des premières réponses du gouvernement à leurs revendications, les lycéens et étudiants, qui ont eux à nouveau organisé mardi des manifestations et blocages d’établissements, gonfleront les cortèges ce jeudi.
Enfin, la coordination des gilets jaunes, qui joue un rôle central dans l’organisation des manifestations contre la « vie chère » depuis le 17 octobre, appelle aussi à participer à la grève et aux blocages du jour.
· Quelles sont les revendications des syndicats ?
Sur fond d’inflation tirée par la guerre au Moyen-Orient (+3,4 % sur un an, selon l’Insee), elles se cristallisent essentiellement autour des salaires. La CGT réclame ainsi une hausse du Smic de 10 %, et la CFDT, pourtant traditionnellement réticente aux coups de pouce par crainte de tasser l’échelle des salaires, de 100 euros net.
Le gel du point d’indice des fonctionnaires concentre également la colère des syndicats, comme le maintien d’aides aux entreprises dans des branches dont les minima sont inférieurs au Smic.
Autres « mesures détestables » inscrites dans les projets de budget, le gel des aides personnalisées au logement (APL) et le délai de carence pour le versement d’allocations aux étrangers non européens, dénonce le secrétaire général adjoint de l’Unsa, Dominique Corona.
De leur côté, les syndicats de cheminots dénoncent un « budget régressif » qui « va aggraver la pauvreté, amputer la Sécurité sociale, geler les salaires des fonctionnaires et assécher les moyens pour la transition écologique ».
Les syndicats des hôpitaux publics parisiens veulent eux obtenir le retrait des coupes budgétaires prévues dans les projets de budget de l’État et de la Sécurité sociale. Ils appellent également à tenir dans les services et les établissements des assemblées générales pour établir des « cahiers de revendications service par service », alors que « les personnels de l’AP-HP n’en peuvent plus » de la dégradation de leurs conditions de travail.
· Combien de manifestations en France ?
Un peu plus de 250 actions et manifestations sont annoncées à ce stade, selon une carte de la CGT. Ce mercredi à 17h, le site de la coordination des gilets jaunes – 17octobregiletjaune.net -, recensait lui 410 « mobilisations » partout dans le pays.
Selon des informations de RTL, la Direction nationale du renseignement territorial (DNRT) prévoit une mobilisation de 500 000 à 700 000 manifestants en régions, hors cortèges parisiens. Une autre note de la Direction du renseignement parisien (DRPP) prévoit elle un cortège de 40 000 à 80 000 personnes dans la capitale.
Mais les syndicats pourront-ils défiler en centre-ville après les scènes de violences et de pillages qui avaient marqué le 17 octobre dans plusieurs agglomérations ? Selon la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet sur RMC, une vingtaine de départements sont concernés par des restrictions autour des parcours.
À Paris, les syndicats demandaient à défiler de la place de la Bastille à celle de la Concorde. La demande a été refusée par la préfecture de police ce mercredi après-midi. Dans un arrêté, elle propose à la place un parcours entre la place de la République et celle de la Nation. Pour justifier cette décision, le préfet de police Patrice Faure écrit que « cette manifestation intervient dans un contexte social extrêmement tendu marqué notamment par les émeutes urbaines survenues dans la capitale » le 17 octobre. Il met également en avant « l’infiltration d’éléments violents et déterminés » ainsi que des risques de troubles à l’ordre public « dans un contexte national et international de menace très élevée ».
· Quel dispositif de sécurité ?
Mardi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux préfets et responsables de sécurité de prévoir des « dispositifs robustes » pour cette journée « sensible », selon un télégramme consulté par l’AFP, préconisant notamment des contrôles en amont des rassemblements pour « limiter la circulation de profils à risques ».
Selon BFMTV, les chefs de service de la police nationale sont par ailleurs appelés à porter le taux d’effectif à 75 %, en reportant notamment les formations et en faisant appel à la réserve opérationnelle.
« Le dispositif sera mobile et prépositionné dès le départ comme nous l’avons fait les 24 et 31 octobre », a précisé le ministre ce mercredi en évoquant le même nombre de policiers et gendarmes (70 000) mobilisés.
· Quelles perturbations dans les transports ?
La SNCF prévoit ce jeudi un trafic très légèrement perturbé sur son réseau TGV (Inoui et OuiGo) avec 9 trains sur 10 qui circuleront en moyenne. Le trafic est annoncé « perturbé » pour les Intercités, et « perturbé » et même parfois « fortement perturbé » pour les TER.
Tous les clients TGV et Intercités dont le train est supprimé « seront recontactés et pourront bénéficier de l’échange ou du remboursement sans frais de leur billet », a précisé la SNCF.
À la RATP, on prévoit un trafic normal sur les métros, les tramways et les bus. Ce sera plus compliqué sur le RER avec un train sur deux sur les lignes B et C, deux trains sur trois sur la E et un train sur trois sur la D. Sur le RER A, le trafic sera normal. Le réseau Transilien en Île-de-France sera aussi « perturbé ». Vous pouvez découvrir l’ensemble des perturbations détaillées en cliquant sur ce lien.
· Et après le 5 novembre ?
Tout ne devrait pas être terminé, loin de là. Solidaires appelle déjà à reconduire la grève au-delà de ce jeudi 5, comme la coordination des gilets jaunes qui entend la poursuivre dès vendredi 6 novembre.
Samedi 7 novembre, celle-ci appelle aussi à un rassemblement place de la Concorde à Paris, pour un « Acte IV » du mouvement contre la « vie chère ».
« Nous irons quoi qu’il arrive, même en cas d’interdiction » et dans ce cas, « nous appellerons à désobéir massivement pour nos libertés », a déjà annoncé Benjamin Ball, membre de cette coordination.



