Amputées de deux chanteuses, les Katseye en concert à Paris sur fond d’interrogations
Bas les pattes, Gabriela. Dehors la rivalité, aussi. Ce mercredi 9 septembre, les Katseye vont tenter d’afficher bonne santé. De passage à Paris dans le cadre de deux dates très attendues à l’Accor Arena, le plus incontournable des girls band de K-pop du moment est au cœur de bien des discussions depuis le départ de deux de ses membres en 2026.
La première à avoir claqué la porte, c’est Manon. En février, la Suissesse (et seule femme noire du groupe) a partagé un communiqué écrit en collaboration étroite avec son label, la puissante société de divertissement coréenne Hybe. Dans celui-ci, elle disait se retirer « temporairement » pour « se concentrer sur sa santé et son bien-être ».
La jeune femme de 24 ans n’a pas quitté la formation. Ce serait une pause. Il n’empêche. Ses cinq autres copines ont performé sans elle à Coachella, en avril. Et la principale intéressée, qui a rapidement retiré de sa bio Instagram toute référence à Katseye, n’est pas réapparue depuis le lancement de la tournée, début septembre.
Fin de l’histoire ? Non. À un mois du coup d’envoi, un autre rebondissement les a agitées. Sophia, à son tour, s’en est allée, en août. Les raisons invoquées sont les mêmes : après consultation de professionnels de la santé, indique Hybe, il a été conseillé à la chanteuse philippino-américaine « de prendre le temps de se reposer pleinement ».
Qui reste ?
Seules Daniela, Lara, Yoonchae et Megan sont, elles, encore en place. Pour combien de temps ? Si les coulisses peu reluisantes de l’industrie de la K-pop ont souvent été dénoncées en raison de cet univers sous pression ultra-compétitif, les limites et exigences semblent avoir été, ici, une fois de plus dépassées.
En cause notamment, les concerts à répétition, d’une part. Les tournages pour TikTok, de l’autre. Sur les réseaux sociaux, les Katseye ont rallié les fans à leur cause à grands coups de chorés populaires, de mèmes viraux et de collaborations marketing, en lien avec d’autres stars omniprésentes, comme Troye Sivan, et les marques.
À l’été 2025, le buzz entourant leur publicité pour Gap peut en témoigner. Joli pied de nez (sans le dire) au spot raciste de Sydney Sweeney pour American Eagle, elle a cumulé en l’espace de quelques jours plusieurs dizaines de millions de vues. La vidéo est courte, sexy, ultra-rythmée. Mais surtout, elle prône la « diversité culturelle », terreau du groupe.
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Retour en arrière. Nous sommes en 2023, et l’émission Dream Academy est un carton sur TikTok et YouTube. La compétition, née d’une collaboration entre le label américain Geffen Reccords et Hybe, s’est donné pour mission de former le girls band de demain, à cheval entre le marché occidental et les « idols », ces stars au Japon et en Corée du Sud.
120 000 candidates
Résultat : sur les 120 000 candidatures reçues à travers le monde, une petite vingtaine d’adolescentes et de (très) jeunes femmes ont été retenues. Les spectateurs les ont suivies pendant deux ans, entre entraînements intensifs et éliminations, loin de leurs familles et soumises aux votes du public et des manipulations de la production.
Six ont bravé vents et marées pour devenir les Katseye. Lara est une Américaine d’origine indienne. Les parents de Daniela sont cubains et vénézuéliens. La mère de Megan, elle, est d’origine chinoise et singapourienne. Manon est suisse d’origine ghanéenne, Yoonchae, sud-coréenne, et – comme dit plus haut – Sophia, philippino-américaine.
Toutes sont belles et minces. Elles ont du coffre, le sens du rythme, et un certain franc-parler, dont d’autres ne font pas preuve dans le milieu. Elles n’ont pas aimé la compétition qui les a vues naître, et le revendiquent. Certaines des décisions prises par leur hiérarchie, non plus. Cerise sur le gâteau : elles se livrent sur leur intimité, dont leur sexualité.
Machine à tubes
Et ça paye. Depuis leur premier single en 2024 (Debut), la pop des Katseye est un phénomène. Elles comptent déjà un nombre étourdissant de tubes entêtants, comme Touch, Gabriela, Gnarly ou Gameboy, tous écoutés plusieurs centaines de millions de fois sur chaque plateforme. La tournée affiche, elle, complet, sans même un seul album dans les bacs.
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Leur fanbase y est pour beaucoup. Malgré les bad buzz ou les rumeurs de mésentente, WILD, le dernier EP en date du désormais quatuor, s’est hissé en haut du classement hebdomadaire des meilleurs albums du magazine Billboard en août, offrant aussi un nouveau record jamais enregistré par un groupe féminin à l’ère du streaming.
Mais cette fidélité a des limites. Comme Manon, cible de torrents de haine racistes ou de commentaires désobligeants, chaque membre des Katseye a déjà affronté bien des campagnes de harcèlement de la part des communautés de fans de leurs consœurs, malgré leur « courte carrière », comme l’a déjà soufflé Sophia à la BBC.
« C’est tellement dystopique »
C’est le fruit d’une culture toxique en partie encouragée dès leurs débuts par les producteurs. « Les gens nous considèrent comme des femmes à évaluer. Ils nous notent en fonction de notre beauté, de nos talents de chanteuses et de danseuses, puis ils additionnent tout ça et nous attribuent un score. C’est tellement dystopique », ajoutait Lara dans cette même interview.
À qui appartiennent-elles ? « Et si ce n’est la faute d’aucune des six chanteuses, à qui l’on souhaite de s’extirper le plus vite possible de cet engrenage, c’est bien celle d’une industrie qui prétend avoir modernisé la pop quand elle ne fait que réveiller les fantômes de son passé, observent Les Inrocks. Qu’avons-nous appris du calvaire qu’a traversé Britney Spears ? »
Dans les pages du Guardian, des interrogations similaires suivent. Au fond, l’essorage du groupe, comme le préfigure aussi l’annulation récente d’un de leurs concerts après la blessure d’une des membres en répétition, n’est-il pas la conséquence d’un « vaste système insidieux qui considère les stars de la pop comme de simples produits » ? Le temps nous le dira.



