Culture

Avec Skydance, les stars avaient raison de s’inquiéter de l’arrivée de ce nouveau géant à Hollywood

La liste de stars qui s’inquiètent depuis de long mois du rachat du studio centenaire Warner Bros. par Paramount n’a cessé de croître ces derniers mois à Hollywood. Pêle-mêle, on peut citer Mark Ruffalo, Pedro Pascal, Robert De Niro, Rosanna Arquette, Sofia Coppola, Jane Fonda, Denis Villeneuve, Joaquin Phoenix, Kristen Stewart, Javier Bardem ou encore Yórgos Lánthimos et Elliot Page.

Alors que ce mardi 6 octobre doit marquer la finalisation officielle du rachat de Warner Bros Discovery par Paramount pour former une super entité baptisée Skydance, tout porte à croire cette gigantesque transaction (111 milliards de dollars) va profondément changer le paysage du divertissement américain.

En avril dernier, ce qui n’était encore qu’une menace soumise à la validation des régulateurs américains de la concurrence avait poussé plus de 1 000 personnalités de l’industrie du cinéma à signer une lettre ouverte. Celle-ci s’inquiétait d’une « transaction (qui) consoliderait davantage un paysage médiatique déjà très concentré et réduirait la concurrence ».

« Le résultat sera moins d’opportunités pour les créateurs, moins d’emplois dans tout l’écosystème de la production, des coûts plus élevés et moins de choix pour les publics aux États-Unis et dans le monde entier », écrivaient des artistes comme Joachim Trier, Bryan Cranston, David Fincher, Ben Stiller, Glenn Close ou Florence Pugh. Avec du recul et à l’aune des récentes annonces faites par David Ellison, patron de Paramount et proche du président américain via l’étroite relation qu’entretien son père avec Donald Trump, force est de constater que le petit monde de Hollywood avait vu juste.

Un « désastre » créatif annoncé ?

Du côté de Warner, le grand ménage a déjà commencé, et il n’augure rien de bon. Ainsi, Michael De Luca et Pamela Abdy ne feront pas partie de l’équipe d’exécutifs à la tête de la nouvelle branche cinéma du groupe Skydance. Ces deux noms, qui ne vous disent sans doute rien, étaient pourtant les PDG de Warner Bros. Motion Picture Groupe. Depuis 2022, ils tentaient une stratégie osée (et risquée) consistant à donner le feu vert à des films coûteux portés par des cinéastes visionnaires. En 2025, cette stratégie a accouché d’un succès critique et d’une pluie d’Oscars pour Sinners, Une Bataille après l’autre ou Weapons.

En parallèle, le studio misait aussi sur des franchises ou des marques lucratives pour cartonner au box-office : Minecraft, F1 et Superman en 2025 ou le phénomène Barbie deux ans plus tôt. Résultat, l’an dernier, cette stratégie bicéphale a rapporté 4,3 milliards de dollars au box-office. Contre seulement 448,4 millions de dollars du 1er janvier au 1er octobre 2026. La dernière pierre de leur édifice sera donc Dune : Troisième partie, un carton annoncé au box-office, même si, comble de l’ironie, ils prennent la porte au moment de l’énorme flop du pari Digger.

Ils ont donc été évincés, au profit de Dana Goldberg et Josh Greenstein, déjà la tête de Paramount Pictures. Désormais, ce duo va gérer aussi toutes les marques cinéma de Warner Bros. Un changement qui inquiète très vivement en interne, du fait de leur CV jugé peu reluisant en interne, comme le rapporte une source anonyme chez Paramount, citée par Vulture. « Ils n’ont pas l’envergure nécessaire. Et David (Ellison) s’en moque. Seule la loyauté compte pour lui. Les producteurs ne peuvent pas les encadrer ; ils lèvent les yeux au ciel dès qu’il est question d’eux. En matière de contrôle qualité, ça va être un désastre », rapporte-t-elle.

La foire aux franchises

L’officialisation de cette entité gargantuesque permet aussi, et surtout, de mieux prendre conscience de l’empire du divertissement désormais concentré au sein de l’entité Skydance, détenu et dirigé par un allié de Donald Trump. En son sein, Skydance regroupe Paramount, Warner Bros, DC Studio, HBO Max, Niceklodeon, Eurosport, ShowTime, Miramax, Comedy Central, Cartoon Network… Côté médias, Skydance englobe aussi CBS, CNN, MTV, Discovery Channel, mais aussi TikTok US, le site de vente de tickets de cinéma Fandango ou l’agrégateur de critiques Rotten Tomatoes

Mais ce qui marque le plus, c’est le nombre incalculable de franchises désormais réunies sous la même bannière : Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, Mad Max, Matrix, Superman, Batman, Top Gun, Scooby-Doo, Sonic, Les Tortues Ninja, Transformers, Looney Tunes, Dora l’exploratrice, Star Trek… Sans oublier des franchises plus récentes telles que Paranormal Activity, Mission Impossible, Game of Thrones, Ça, Conjuring ou Sans un Bruit.

Il y a quelques mois, David Ellison s’était engagé à sortir 30 films en salles chaque année, une fois la fusion définitivement actée. Mais comme s’en inquiétait le milieu hollywoodien avant ladite fusion, il faut voir ce que cache cette promesse : une avalanche de suite de suites, de remakes, de préquels et autres suites de franchises déjà existantes. Une partie de la line-up de l’année 2027 (et au-delà) parle d’elle-même : Minecraft 2, un préquel d’Ocean’s, un nouveau film Seigneur des Anneaux, Sonic 4, Paranormal Activity 8, Jours de Tonnerre 2, un film Call of Duty ou encore Godzilla x Kong : Supernova.

Pas grand-chose à voir, donc avec la stratégie des films originaux portés par des grands auteurs opérée ces dernières années. D’autant plus si Donald Trump vient fourrer son nez dans la production hollywoodienne. Premier exemple : le chef d’État américain a lui-même commandé un film Rush Hour 4 (l’une de ses sagas préférées) à la famille Ellison, comme l’ont rapporté Semafor et Variety. Un projet confié à nul autre que Brett Ratner, réalisateur évincé d’Hollywood lors du mouvement #MeToo accusé par plusieurs femmes de violences sexuelles, mais de retour aux affaires sur demande présidentielle pour le documentaire Melania… sur la femme de Donald Trump.