Il y a une chose qui ne divisera pas dans « Primetime » : la performance de Robert Pattinson
L’acteur britannique Robert Pattinson prouve une fois de plus qu’il est un comédien à part. Après Die, My Love, The Drama et L’Odyssée sortis plus tôt cette année en France, il est ce mercredi 23 septembre à l’affiche de Primetime, quatrième long-métrage dans lequel il apparaît cette année, avant une ultime apparition très attendue dans Dune : Troisième Partie.
Pour Primetime, le comédien de 40 ans s’est plongé glissé dans la peau de Chris Hansen, vrai présentateur télé bien connu aux États-Unis pour son émission To Catch a Predator. La téléréalité sulfureuse, diffusée de 2004 à 2007 sur NBC, reposait sur un concept aussi controversé que fascinant : arrêter de potentiels prédateurs sexuels tentant d’entrer en contact avec des mineurs sur Internet, en les piégeant lors de caméras cachées diffusées dans l’émission.
Réalisé par le documentariste Lance Oppenheim, dont c’est la première œuvre de fiction, Primetime a tout d’un rêve fiévreux, dérangeant et percutant, dans lequel une certitude efface toutes les autres : Robert Pattinson excelle dans le rôle de ce présentateur odieux, opportuniste et manipulateur. Et que le film prend à malin plaisir à filmer dans son inéluctable déchéance.
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Pour ce récit flirtant avec l’exercice biographique, le film nous plonge dans une période charnière du petit écran. En 2006, To Catch a Predator s’est taillé depuis deux ans une solide réputation de segment à succès dans l’émission Dateline NBC. La chaîne mise donc gros sur Chris Hansen et son concept novateur en « prime-time », pour concurrencer le plus grand succès de la télévision américaine de l’époque, la série Lost diffusée sur ABC. Dans ce contexte, Chris Hansen et son équipe redoublent d’efforts pour dénicher des prédateurs sexuels toujours plus attractifs et choquants pour faire grimper l’audimat.
Leçon de morale à la sauce Oncle Sam
Pour présenter le concept de l’émission, Primetime s’ouvre avec une de ses fameuses mises en scène anxiogène : dans une maison truffée de caméras cachées, une fausse adolescente de 13 ans sert d’appât pour hameçonner la « victime » du jour. Elle accueille un homme moustachu à l’intérieur, le met en confiance et disparaît aussitôt. En coulisses, Robert Pattinson finit de se murmurer les répliques qu’il va assener au pédophile présumé.
Il entre alors, triomphant, pour refermer le piège. Après une lecture humiliante de ses échanges en ligne avec cette fausse mineure jouée par la chanteuse Phoebe Bridgers, Chris Hansen termine son office en expliquant à l’homme que les images risquent de retrouver à la télévision. Après cette bonne grosse leçon de morale, la police vient tranquillement cueillir le potentiel prédateur, tout penaud, à sa sortie des lieux.
On peine presque à croire qu’une telle émission ait pu réellement exister de l’autre côté de l’Atlantique. Mais une fois la sidération passée, le film nous immerge dans cette drôle de période, où chacun tente d’imiter le concept de Chris Hansen, tandis que l’émission s’élargit avec l’arrivée de Skyler Gisondo. L’acteur campe ici un jeune comédien naïf, Dan, choisi comme nouveau leurre masculin de l’émission.
Grâce au point de vue de ce personnage un peu paumé, couplé à celui de Chris Hansen, le film devient une fuite en avant, avec l’objectif de sortir le plus gros poisson de l’aquarium : celui qui marquera les esprits et fera de To Catch a Predator un nouveau standard de la télévision.
Robert Pattinson excelle dans ce rôle trouble
De tous les plans ou presque, Robert Pattinson excelle dans ce rôle ingrat. L’acteur s’en est presque fait une spécialité ces derniers temps, mais ici, plus qu’ailleurs, il est particulièrement détestable en père la morale charismatique dont les limites déontologiques et morales ne sont jamais éludées par Lance Oppenheim. Ce qui explique peut-être pourquoi le véritable Chris Hansen est en guerre ouverte avec la production de Primetime. Après avoir boycotté la projection du film à laquelle il avait été invité, il a profité de la campagne marketing pour faire sa propre publicité et critiqué ouvertement le film (qu’il n’a donc pas vu).
Robert Pattinson donne la réplique à l’incontournable Merritt Wever. L’actrice est parfaite en productrice de l’ombre de cette croisade morale aux airs d’humiliation voyeuriste. Le tout se déroulant dans une ère Bush totalement décomplexée et manichéenne, avec sa fameuse citation : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous ».
Certains apprécieront aussi le montage et la réalisation ultra-stylisée, mimant le grain et la palette chromatique des images numériques de 2006. Fils illégitime de Minority Report (version années 2000) et de Night Call avec Jake Gyllenhaal, Primetime fascine par le dégoût qu’il procure envers l’émission et son présentateur (bien plus qu’envers les prédateurs sexuels, étrangement), mais reste parfois un peu trop en surface du sensationnalisme qu’il dénonce.
On regrette une profusion d’idées et d’intrigues pas toujours exploitées, jusqu’au dénouement final expéditif et frustrant. Film poil à gratter et profondément désagréable, il divisera forcément. Sauf en ce qui concerne l’impeccable Robert Pattinson qui réalise sans doute ici l’une des meilleures performances de sa carrière.


