Culture

« La Fin d’Oak Street », avec Anne Hathaway, est un délicieux mélange des genres (saupoudré de dinos)

Quel est le point commun entre Edward aux Mains d’Argent, Stranger Things, Weapons et le dernier film Netflix The Last House ? La banlieue pavillonnaire sert à ces œuvres de terrain de jeu pour développer une intrigue fantastique destinée au grand public.

Depuis plusieurs décennies, ce décor familier et rassurant inspire régulièrement le cinéma américain. En salle ce mercredi 12 août, La Fin d’Oak Street, film de science-fiction (faussement) familial, porté par le duo Anne Hathaway et Ewan McGregor, entretient cette vieille habituelle hollywoodienne en choisissant ce lieu de vie comme principal décor.

La Fin d’Oak Street, c’est l’histoire de la famille Platt, installée dans une banlieue pavillonnaire des années 1980, qui ressemble en tout point à celle du petit Eliott d’E.T., l’extra-terrestre, avec ses rangées de maisons, ses enfants à vélo et ses pelouses bien tondues. Un quartier paisible, donc, jusqu’au jour où un mystérieux événement « transporte » cette famille et le reste du quartier d’Oak Street au temps des dinosaures. Les diverses querelles familiales vont devoir être mises au placard. Place à la survie en milieu hostile.

Bien qu’il soit un pastiche assumé des productions Amblin de Steven Spielberg, comme E.T, Gremlins ou Retour vers le Futur, La Fin d’Oak Street est un film bien plus déroutant qu’il ne le laisse croire. En plus d’avoir la bonne idée de ne durer qu’1h40.

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Une bien curieuse anomalie

Aventure familiale au premier abord, qui lorgne autant du côté de Jumanji que du dernier tiers de Jurassic Park : Le Monde Perdu, le film du brillant cinéaste David Robert Mitchell est en réalité une curieuse anomalie. D’abord par la place que ce film occupe dans la courte mais passionnante filmographie de son réalisateur. Parce qu’avec le film d’horreur It Follows ou l’inclassable Under The Silver Lake, on était bien des productions grand public.

Anomalie aussi parce qu’avec son retour derrière la caméra pour ce film plus consensuel, le réalisateur préserve quand même son style visuel singulier (comme avec l’utilisation de demi-bonnette, lentille permettant d’avoir deux points de netteté différents dans un cadre) qui tranche immédiatement avec le tout-venant hollywoodien auquel semblait appartenir ce film de dinos.

La Fin d’Oak Street décontenance surtout par son accumulation de ressorts éculés dans ce genre de films, sans que cela ne l’empêche de sortir des sentiers battus dès qu’il en a l’occasion. Des dialogues plats et un peu pompeux ? Il y en a. Des décisions incompréhensibles dans un monde infesté de dinos ? Il y en a aussi. Des aberrations scénaristiques (comme celle du chien) ? Il y en a évidemment.

Malgré ce constat un brin décevant, La fin d’Oak Street bascule dès qu’il le peut dans la brutalité, l’épouvante et l’humour, grâce à des dinosaures particulièrement méchants et plusieurs mises à mort qui vacillent parfaitement entre rire et horreur. Une réappropriation moderne du style Spielberg, comme on pouvait l’avoir à l’époque dans un film comme Indiana Jones et le Temple Maudit. La modernité (et les dinosaures) en plus.

Ce que « Jurassic World » avait totalement loupé

Pour réussir ce jeu d’équilibriste, le film peut grandement remercier sa musique signée Michael Giacchino digne d’une partition de John Williams, mais surtout son actrice principale. Anne Hathaway est absolument géniale dans ce rôle de mère de famille dépassée, mais lucide et qui porte malgré tout ce noyau familial fragile à bout de bras (et de fusil).

Diablement régressif grâce à ce subtil mélange des genres mêlant comédie visuelle et moments de terreur grand public, le film réserve aussi quelques surprises marquantes, comme cette séquence d’accouplement sortie de nulle part. Certaines scènes flirtent même avec le nanar, avant d’être désamorcées l’instant suivant par une idée géniale. Et là, on pense forcément à la séquence jubilatoire avec le plus gros dino du film… Même s’il est cruellement dommage que le film n’assume pas entièrement certains choix liés à cette scène.

Dernier compliment à adresser à ce film : La Fin d’Oak Street, accompli ce que la laborieuse trilogie Jurassic World n’a jamais osé assumer complètement à l’écran. Souvenez-vous du tout dernier plan de Jurassic World : Fallen Kingdom en 2018. Mais si… Celui où un vélociraptor faisait face à une banlieue pavillonnaire (encore elle).

Cet épilogue était la promesse d’un troisième film où les dinosaures se confrontaient réellement au monde des humains. Idée géniale, elle a pourtant été bazardée dès le film suivant dans une introduction laborieuse et remplacée par une bouillie de fan service totalement oubliable. David Robert Mitchell, lui, a su s’approprier avec panache ce concept de cohabitation forcée dans un film intimiste et touchant, qui n’oublie jamais d’être un divertissement aussi méchant qu’attendrissant.