Culture

Un « The Office » en prison : cette série française avec Jean-Pascal Zadi est la plus drôle de la rentrée

On a trouvé la nouvelle série à regarder à la place de revoir The Office pour la quarantième fois. Et elle est française. Surveillant ! est sorti sur Disney+ ce mercredi 16 septembre. Les huit épisodes de 26 minutes sont un condensé d’humour porté par un joyeux casting : Audrey Lamy, Jean-Pascal Zadi ou encore Éva Huault.

La série prend la forme d’un mockumentaire sur un lieu de travail un peu particulier : la prison. Comme son titre l’indique, Surveillant ! suit le quotidien de surveillants pénitentiaires à la maison d’arrêt de Chenoise, dont la direction laxiste et quelque peu chaotique donne lieu à des situations hilarantes.

On rencontre la fine équipe au moment où une jeune recrue, interprétée avec brio par Éva Huault, nouvelle révélation du cinéma français, rejoint les rangs. Tout juste sortie de formation, elle est bien décidée à faire ses preuves et à faire respecter l’ordre, par la force s’il le faut.

Ses collègues, aux méthodes plus douces, vont être bouleversés dans leurs habitudes tranquilles.

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Audrey Lamy au sommet de sa forme

Il y a d’abord la directrice adjointe Corinne Maillard, qui materne les détenus à défaut de pouvoir s’occuper de son fils adolescent. Très mère poule, elle prône la bienveillance à grand renfort de dictons et ne croit pas aux sanctions. Elle mène cependant les surveillants à la baguette et n’hésite pas à se servir d’eux. Audrey Lamy est parfaite dans le rôle de cette directrice drôle mais touchante, dont la mauvaise foi est sans limite.

Sous ses ordres, Jean-Pascal Zadi campe un surveillant à la cool, plus proche des détenus que de ses collègues. Tête en l’air, il semble n’avoir jamais lu le règlement de sa vie. Et l’arrivée de la nouvelle recrue ne va rien arranger : tombé fou amoureux en quelques jours, il fera tout pour l’impressionner et passe plus de temps à la surveiller elle que les prisonniers.

À l’inverse, Jeff (Benjamin Tranié) est rigoureux et volontaire. Même si c’est l’un des rares à faire correctement son travail, personne ne lui prête attention car ce lèche-botte en puissance manque cruellement de charisme. Il y a aussi Michel, un vieux de la vieille qui a roulé sa bosse avec Émile Louis, et dont la lenteur est désormais comique, et une conseillère de réinsertion au bout de sa vie, qui aurait bien besoin qu’on l’écoute elle.

Un « The Office » à la française

Le réalisateur John Wax, à qui l’on doit déjà la comédie incisive Tout simplement noir, co-créée avec Jean-Pascal Zadi, dirige tout ce beau monde à merveille. Il reprend les codes bien connus du documentaire parodique, popularisé par la série américaine The Office, dont les fameux regards caméras qui fusent à chaque scène.

Même si le format mockumentaire n’a rien de très original, il est diablement efficace. Le rythme soutenu et le montage très cut ne laissent pas le temps de s’ennuyer devant son écran, d’autant que la série n’est pas qu’une succession de scènes comiques. L’intrigue avance à chaque épisode, avec des rebondissements plus ou moins attendus (dont une romance entre surveillant et détenu, un gros mensonge et pas mal de chantage).

Là où Surveillant ! se démarque, c’est sur son humour noir, parfois très noir. John Wax et son coauteur Gauthier Plancquaert osent tout : les blagues sur le suicide de prisonniers, sur Émile Louis qui savait « toucher de la balle », ou encore Charlie Hebdo et la « presse muselée par le jihad ».

Drôle d’immersion en prison

La série s’amuse aussi des incartades en cellule sur lesquelles tout le monde ferme les yeux, comme avoir un téléphone portable ou fumer. Même si les personnages des détenus sont beaucoup moins développés — après tout, la série s’appelle Surveillant ! —, certains sortent du lot, comme celui interprété par Hakim Jemili. Mention spéciale pour un jeune prisonnier star des réseaux avec sa recette de « McFlurry-Mérogis ».

Bien que la série est filmée comme un documentaire, dans l’ancienne centrale de détention de Clairevault, ce n’en est évidemment pas un. Comédie oblige, les conditions de vie des détenus et les conditions de travail des surveillants peuvent paraître presque agréables à l’écran, loin de la réalité des établissements pénitentiaire.

Pour autant, la série de John Wax arrive à aborder des problèmes bien réels entre deux blagues, comme la surpopulation carcérale, la santé mentale des détenus placés à l’isolement, les proches qui ne viennent pas les voir au parloir et la difficile réinsertion une fois sortis de prison.

Malgré un décor peu accueillant et des sujets parfois délicats, Surveillant ! est une perle de comédie, dans la lignée de ses inspirations américaines. Prenez The Office pour l’aspect mockumentaire, Parks and Recreation pour le « workplace drama », et Brooklyn Nine-Nine pour la légèreté de situations graves. Rajoutez l’impertinence de l’humour français et le talent d’Audrey Lamy, Jean-Pascal Zadi et Éva Huault. Vous tenez la meilleure série de la rentrée.