Divertissement

N’en déplaise à Charles Alloncle, cette émission qu’il veut voir disparaître revient bien pour une saison 5

Il y en a un qui va s’arracher les cheveux. Drag Race France fera son grand retour « prochainement » pour saison 5, a indiqué France Télévisions ce mardi 20 octobre dans une publication sur Instagram, accompagné d’une photo de la drag queen présentatrice de l’émission, Nicky Doll.

Cette annonce va rassurer les fans du programme, dont la présence sur le service public dérange l’extrême droite… au point d’avoir alimenté des spéculations sur une possible annulation avant la présidentielle de 2027. Il faut dire que le député UDR (Union des droites pour la République, associé au RN) Charles Alloncle avait donné le ton lors de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, dont il était le rapporteur.

Comme souvent au cours des auditions, l’élu ciottiste avait profité de la tribune offerte par l’Assemblée nationale pour donner son avis sur les programmes de France Télévisions, supposément trop « wokes » et coûteux. Sans surprise, le politicien d’extrême droite avait – entre autres – Drag Race France dans le viseur.

Une émission qui aurait pu « sauter » malgré les « bonnes audiences »

Lors de l’audition des dirigeants de la société de production Banijay le 25 février 2025, Charles Alloncle avait pointé du doigt « cette émission (qui) met en scène un concours de drag queens, c’est-à-dire, selon la définition, un spectacle de travestis excessivement maquillés et vêtus de manière extravagante ». Il avait aussi cité des propos de la drag queen Soa de Muse, qui avait notamment affirmé à l’écran : « On est wokes et on le reste et on l’assume. »

« Est-ce que vous pouvez m’expliquer en quoi cette émission répond véritablement à une mission de service public ? Pourquoi est-ce que nous, les Français, devrions continuer à payer pour ce type de contenus ? », avait fait mine de s’interroger le député, dont le rapport publié à l’issue de la commission accusait, là aussi sans surprise, France Télévisions de « dérives militantes » dans ses programmes, notamment Drag Race.

Ces charges virulentes du camp conservateur contre l’émission avaient fait craindre qu’elle ne soit pas reconduite pour une cinquième saison. « J’espère qu’elle sera signée [la reconduction] avant l’élection présidentielle », confiait par exemple Paloma, gagnante de la saison 1, dans Télérama. « Malgré ses bonnes audiences, Drag Race France peut sauter car elle sera dans le viseur de l’extrême droite », craignait la drag-queen.

La version britannique a été annulée par la BBC

« L’émission est un bon baromètre démocratique : voulons-nous d’un monde dirigé par des personnes qui décident de qui a le droit d’exister ? », demandait dans le même article Raphaël Cioffi, coproducteur du programme pour qui c’est devenu « presque punk de montrer à la télé des personnes qui se parlent dans le respect et l’écoute ». L’annulation par la BBC de la version britannique de Drag Race pour « contraintes financières importantes », et ce alors que le programme est animé par la reine mère RuPaul, qui a lancé la toute première émission aux États-Unis, n’avait fait qu’alimenter les questionnements de certains fans.

Le tout s’était même ressenti lors de la grande finale de la saison 4 diffusée en août, où Nicky Doll n’avait pas manqué d’insister sur les records d’audience d’une émission « devenue le rendez-vous incontournable de l’été », comme pour souligner qu’une annulation serait forcément une décision politique. La jurée Daphné Bürki avait enfoncé le clou, décrivant Drag Race France comme un « refuge assez merveilleux dont il faut prendre soin ».

N’en déplaise à Charles Alloncle, ce refuge va donc continuer d’exister. À cet égard, la tournée Drag Race France Live à laquelle Le HuffPost avait assisté semble avoir été prophétique. Celle-ci mettait en scène un cabaret en déshérence ranimé par des drag queens. Le fantôme des lieux indiquait au début du spectacle que le lieu avait été fermé par un de ses parents… un certain oncle Charles. Si ce dernier était arrivé à ses fins dans la fiction, la réalité, elle, semble avoir tourné en faveur des queens.