Ces produits chimiques ont des effets néfastes sur le neurodéveloppement des enfants
L’exposition in utero à des substances chimiques, certains phtalates et phénols, est susceptible d’avoir un impact sur le développement intellectuel des enfants, selon une étude de l’Inserm publiée ce mardi 20 octobre, dont les auteurs plaident pour une réglementation accrue de ces produits.
Cette étude, parue dans la revue Environmental Health Perspectives, montre que des « expositions pendant des périodes sensibles, notamment la grossesse, à un mélange de produits chimiques, dont certains sont des perturbateurs endocriniens, sont susceptibles d’avoir des effets sur le neurodéveloppement de l’enfant », résume pour l’AFP son autrice, Claire Philippat, chercheuse Inserm et à l’université de Grenoble.
Ce travail, mené par une équipe Inserm de l’université de Grenoble-Alpes, en collaboration avec le CNRS, le CHU de Grenoble et l’université de Grenade, s’appuie sur le suivi de 380 mères et leurs enfants (la cohorte Sepages) et sur une modélisation robuste, intégrant les connaissances antérieures sur ce sujet.
Un QI en moyenne plus bas de 3 points
Les scientifiques ont mesuré notamment l’exposition à quatre phtalates (DEHP, DEP, DnBP, DiBP) et deux bisphénols (A et S), via des prélèvements répétés d’urine de femmes enceintes et leurs bébés – nombre d’études précédentes se basaient sur un seul prélèvement.
Ils ont ainsi observé des associations entre l’exposition à ces phtalates et bisphénols présents dans l’organisme des femmes enceintes, et les scores de QI de leur enfant à l’âge de trois ans, par un test standardisé.
« En moyenne, les scores de QI diminuaient de 2,86 points quand l’exposition à toutes les substances du mélange augmentait d’un niveau », commente Rémy Slama, directeur de recherche Inserm et l’un des chercheurs, cité par le communiqué de l’Inserm.
Cependant, précise la chercheuse, « ça ne veut pas dire que tous les enfants exposés ont perdu 3 points de QI, mais qu’en moyenne, le score de QI au niveau de la population française serait plus bas de 3 points ».
« Quelques points de QI en moins, cela peut sembler peu pour un enfant mais, à l’échelle de la population, cela se traduit par plus d’enfants en difficulté, avec des conséquences pour l’école, la santé et l’économie », souligne Claire Philippat.
Des phtalates omniprésents dans notre environnement
Servant d’additifs dans certains plastiques, comme « le PVC qu’on retrouve dans les revêtements de sol, les rideaux de douche ou certains tuyaux », présents dans « des parfums, des cosmétiques, certains vernis et peintures », énumère-t-elle, les phtalates sont « détectés chez la quasi-totalité de la population », comme les bisphénols, « utilisés comme fixateurs d’encre dans les tickets de caisse » notamment.
Si utiliser moins de produits cosmétiques ou de produits alimentaires emballés dans des plastiques, en particulier quand ils sont chauffés, réduit notre exposition, seule « la réglementation et la restriction des substances avérées comme nocives » permettra une protection efficace pour la population, conclut Claire Philippat.



