Politique

Ce que cherche Jean-Luc Mélenchon en faisant la part belle aux artistes pour son événement estival

Drôme de programmation. Cette année, plus encore que les autres, La France insoumise accorde une part conséquente aux artistes pour son grand événement estival prévu à côté de Valence à partir du jeudi 20 août prochain. Jean-Luc Mélenchon doit prononcer dimanche un discours de clôture forcément tourné vers la présidentielle 2027.

Mais avant cela, plusieurs comédiens, chanteurs et écrivains donneront eux aussi de la voix, à leurs manières, selon le programme dévoilé mardi 11 août par le mouvement. Les militants pourront ainsi assister au concert du compositeur Yann Tiersen, au show de Flavien Berger ou encore du jeune chanteur Jungeli (connu du grand public pour sa participation à l’émission Danse avec les Stars). L’actrice Anna Mouglalis, comme les prix Goncourt Pierre Lemaître et Éric Vuillard participeront quant à eux à plusieurs conférences. Ce n’est pas tout.

LFI promet également trois rendez-vous consacrés à la scène drag, avec la présence de Mami Watta, la gagnante de la première saison de Drag Race France All Stars, le programme à (grand) succès de France Télévisions. Bref, qu’il soit politique ou culturel, ce « line-up » ne ressemble à aucun autre événement organisé par les prétendants à l’Élysée.

Mouvement culturel face à l’extrême droite

À gauche, les journées d’été des écologistes (qui se tiennent au même moment à Grenoble), ou le congrès du Parti socialiste une semaine plus tard à Blois, font effectivement pâles figure en matière de « guest-stars », comparées aux « amfis » des insoumis. De quoi expliquer les prix élevés pratiqués par les mélenchonistes pour assister à leurs festivités, là non plus sans commune mesure avec les tarifs de leurs comparses ? En partie, sans doute. Mais cette guirlande d’invités répond surtout à plusieurs objectifs politiques en vue de 2027.

Certes, les noms cités plus haut ne sont pas les personnalités médiatiques les plus connus du pays, loin s’en faut. La France insoumise n’est pas au niveau du Parti socialiste des années 80 et 2000, quand celui-ci accueillait dans ses meetings les vedettes préférées des Français, à l’image de Dalida ou Renaud pour François Mitterrand, puis Yannick Noah ou Indochine pour Ségolène Royal quelques années plus tard.

Il n’empêche, en ouvrant ses bras aux artistes, la spĥère insoumise espère sortir du cadre politique, et polémique, pour prendre les atours d’un mouvement culturel plus large, celui de l’antifascisme. Comme si, en quelque sorte, l’apport d’Anna Mouglalis ou de l’auteur du chef d’œuvre Au revoir là-haut permettait aux mélenchonistes de gonfler leurs rangs dans la bataille qui les oppose frontalement au Rassemblement national et qui, espèrent-ils, constituera le duel final de la prochaine présidentielle.

« C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne » contre l’extrême droite, avait d’ailleurs tonné Jean-Luc Mélenchon, début juin, lors de son meeting de lancement à Saint-Denis, après avoir remercié Annie Ernaux pour sa présence. La prix Nobel de littérature venait de prendre la parole, keffieh palestinien sur les épaules, pour haranguer la foule et tresser les louanges du quadruple candidat. C’est ce même schéma que le mouvement a appliqué 20 jours plus tard avec sa fameuse « fête de la musique antiraciste » place de la République (lors de laquelle l’ancien ministre s’est exprimé) et qui sera encore à l’œuvre dans la Drôme ce mois d’août.

Sortir du parallélisme avec le RN

Dans cette logique, les artistes qui se pressent aux événements insoumis permettent aussi au mouvement de gauche radical de servir un objectif plus prosaïque. À savoir, lisser son image (toujours écorné), et s’extirper du parallélisme dangereux avec le Rassemblement national. Un réflexe toujours en vogue du côté des dirigeants du centre et de la droite, en témoigne la récente sortie de François Bayrou et sa proposition de grande primaire alliant les socialistes aux républicains pour éviter « le duel des pires » entre « les deux extrêmes. »

Ainsi, espèrent les stratèges insoumis, la présence de plusieurs figures du monde culturel dans leur aréopage (quand les artistes boudent toujours le RN) est susceptible de rappeler qu’aucune équivalence n’est possible ni fondé avec le parti dirigé jadis par Jean-Marie Le Pen. Ceci, quand bien même Jean-Luc Mélenchon souffre d’une impopularité manifeste, et ses troupes continuent les polémiques. Cet été, la machine insoumise a encore défrayé la chronique pour avoir initié, puis participé au mouvement de contestation qui a eu raison de la performance de la DJ Barbara Butch à Grenoble.

Reste donc la question de la portée réelle de ces soutiens dans un tel contexte. Pour franchir une étape stratégique supplémentaire, La France insoumise essaie de viser désormais des personnalités plus identifiées du grand public. Ce n’est pas un hasard si des cadres ont déjà approché Théodora, Squeezie ou Léna Situations ces derniers mois pour qu’ils affichent, le cas échéant, leur préférence pour le septuagénaire. Alors, Jean-Luc Mélenchon pourra espérer reproduire le tour de force de Ségolène Royal en 2007, quand elle avait réuni une flopée de stars au Stade Charléty. Suivant ce modèle, les insoumis avaient déjà réservé l’enceinte en 2022, pour un second tour qui n’est jamais venu. Cinq ans plus tard, l’espoir se construit.