Du carburant au budget, Macron repousse sa « dernière ligne droite » mais prend le risque de l’impuissance
Presque seul en scène. De retour des États-Unis, et de son dernier discours à l’assemblée générale des Nations Unies, le président de la République a répondu aux questions de Gilles Bouleau et Caroline Roux ce jeudi 24 septembre, lors d’une interview diffusée sur TF1 et France 2. Un exercice qu’il n’avait pas pratiqué depuis juin 2024.
Pour Emmanuel Macron, les crises géopolitiques et leurs conséquences en France, la flambée des prix des carburants avant tout, justifiait une telle grand-messe. « Mon devoir c’est d’éclairer les Français et de leur faire partager la complexité du réel que je connais », a-t-il expliqué, après avoir dressé le tableau sombre des menaces qui pèsent sur la France. Il a notamment jugé « possible » une attaque de drone russe, comme à Leipzig, en Allemagne, début août. Mais il ne s’est pas limité à ces enjeux, loin de là.
En insistant sur son « action » et ses efforts sur le théâtre international, le chef de l’État a également repris place sur la scène française. Discret depuis plusieurs mois, soucieux de laisser à Sébastien Lecornu les mains libres sur les épreuves qui attendent l’exécutif, comme il l’assurait vendredi dernier lors d’une conférence de presse improvisée, Emmanuel Macron a fait le choix cette fois-ci de s’immiscer, par petites touches, dans le débat national.
Les leçons de Macron
Sur la question des prix du carburant, tout d’abord. Le président de la République a défendu la stratégie du Premier ministre, « proportionnée », qui procède à une forme de goutte-à-goutte dans les dispositifs aides, contrairement au robinet des années précédentes. En revanche, « rien n’est fermé, le gouvernement accompagnera, il est pragmatique », a-t-il pris soin de préciser, en affirmant qu’il ne fallait pas « exclure » non plus une éventuelle baisse des taxes sur le carburant, si les prix continuaient à s’envoler. Une hypothèse sensible dans les discussions politiques, les ministres l’ayant régulièrement balayée. Ce n’est pas tout.
Interrogé sur son bilan, et les 1 000 milliards de dette supplémentaire sous sa présidence, Emmanuel Macron n’a pas pu s’empêcher de donner quelques coups de griffe aux oppositions. « Les mêmes qui disaient “vous avez beaucoup trop aidé”, me disent aujourd’hui “vous aidez pas assez” », a-t-il notamment souligné, en assumant ses choix mordicus, du « quoi qu’il en coûte », par exemple, à sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale.
En l’occurrence, le locataire de l’Élysée impute les difficultés actuelles de la France, et ses indicateurs qui basculent dans le rouge ce mois de septembre, aux adversaires de sa réforme des retraites, qui ont obtenu son scalp l’automne dernier. « Je n’ai pas réussi, je n’ai pas convaincu », a-t-il toutefois reconnu, dans une forme de très rare mea-culpa.
Dans ce même registre, Emmanuel Macron a décidé de s’engager sur un autre sujet éruptif du moment : le budget. En saluant les textes « solides » et « justes » présentés par Sébastien Lecornu, avec 54 milliards d’euros d’effort supportés par « à peu près tout le monde », selon ses mots, le chef de l’État a appelé ses adversaires à « la responsabilité » et à ne pas céder à la « démagogie. » « La situation est grave », a-t-il martelé, comme pour justifier son alerte.
Le risque de l’impuissance
Pour le président de la République, il faut dire que ce retour à la lumière n’est pas sans difficulté. Au-delà de l’exercice toujours périlleux qui revient à défendre un bilan que personne ne souhaite assumer dans le panel de candidats, Emmanuel Macron prend le risque de montrer son impuissance. Sur les enjeux internationaux, quand il ne parvient pas à peser sur les évènements dans le détroit d’Ormuz, malgré son volontarisme résolu. Mais également en France, quand son gouvernement ne peut atténuer la hausse des prix à la pompe, provoqué par ces mêmes conflits.
À ce titre, la critique qu’il a émise contre les « voix qui s’élèvent pour appeler à un mouvement social généralisé » sonne, aussi, comme un aveu de faiblesse. « S’il y a un mouvement social aujourd’hui, on ne va pas en faire un contre la guerre en Ukraine ou ce qui se passe dans le détroit d’Ormuz », a-t-il estimé, dans une forme d’ironie. Et d’ajouter : « Dans ces cas-là je peux y participer, parce que moi aussi je suis contre les guerres. » Une façon de reconnaître qu’il n’a pas les « leviers » pour répondre à la colère.
Pire, avec cette émission et ses embardées, le président de la République prend le risque de donner le point à l’une de ses opposantes principales. En envisageant, même du bout des lèvres, une future baisse des taxes sur les carburants (qui n’a pas sa préférence), le chef de l’État accrédite effectivement la proposition phare de Marine Le Pen et ses troupes : baisser la TVA. Il affaiblit aussi le discours de son propre gouvernement, qui balaie cette idée coûteuse pour les finances publiques depuis le départ.
En somme, Emmanuel Macron, qui s’est aussi attaché à critiquer les propositions de certains candidats à la présidentielle, a résumé lui-même le sens de son intervention après 30 minutes d’argumentation : « nous ne sommes pas dans la dernière ligne droite », de ses quinquennats. À huit mois de la fin, le président veut montrer qu’il est encore à la barre.



