Le nombre d’inscrits à la primaire en dit long sur l’évolution du PS
Les espérances étaient volontairement basses pour donner, quoi qu’il arrive, l’impression d’une réussite. Ces dernières semaines, les socialistes ne nourrissaient pas de grandes ambitions et estimaient qu’entre 50 000 et 100 000 personnes s’inscriraient pour participer à la primaire commune organisée avec Place publique. Lundi 5 octobre au soir, à la clôture des inscriptions, le résultat a donc été un (petit) soulagement.
Le coordinateur de la primaire Patrick Mennucci a annoncé à minuit avoir recensé 140 282 personnes. Parmi elles, des adhérents au mouvement de Raphaël Glucksmann donc, au Parti socialiste ou à la Gauche républicaine et socialiste (GRS) d’Emmanuel Maurel. « Ces dizaines de milliers de citoyens sont la garantie de l’unité autour du vainqueur de cette désignation », veut se persuader l’organisateur, conscient pourtant que la primaire crée souvent bien plus de fractures que de rapprochements, comme l’ont montré les débats télévisés.
Derrière les discours de façade, le chiffre est en outre historiquement bas. Il faut se souvenir qu’en 2011, 2,8 millions de personnes s’étaient déplacées pour départager François Hollande et Martine Aubry. Cinq ans plus tard, malgré un quinquennat difficile pour le PS, plus de 2 millions de personnes avaient encore pris part au vote, élisant Benoît Hamon face à Manuel Valls. En quinze ans, la primaire du PS a donc vu son nombre d’électeurs être divisé par 20.
La faute d’abord à un scrutin taillé sur mesure pour Raphaël Glucksmann, qui n’a jamais voulu d’une primaire ouverte. En 2011, il fallait seulement débourser 2 euros, et signer une charte attestant de l’appartenance aux valeurs de la gauche, pour pouvoir voter. Nulle inscription n’était requise. Cette fois, le tarif d’entrée a été fixé à 15 euros et une adhésion à l’un des partis prenant part à la primaire était requise. Des freins difficiles à surmonter pour des électeurs éloignés des appareils politiques.
« Pas été au niveau »
Finalement, à vouloir tout faire pour éviter d’être débordés par des électeurs venus d’autres formations ou du moins pas membres des partis impliqués, les candidats à la primaire se retrouvent à parler entre eux. Le signe le plus éclatant en étant les quarante-cinq minutes passées, au début du dernier débat diffusé le 4 octobre sur BFMTV, à se disputer sur des questions de personnes, Ségolène Royal reprochant notamment à Raphaël Glucksmann d’avoir dit dans une vidéo qu’elle avait passé les dernières années à faire « la danse du ventre à Macron ».
Certains estiment ainsi que la campagne a beaucoup plus ressemblé à un congrès du PS qu’à une vraie préparation pour la présidentielle. « On n’a pas été au niveau », a reconnu Raphaël Glucksmann dimanche soir. L’une des Français choisie par BFMTV pour interroger les candidats lors du débat s’est dite « découragée » et « triste ». Pourtant sympathisante de gauche, elle estimait difficile, voire improbable, que l’un des candidats face à elle remporte la présidentielle.
Des débats surtout stratégiques
La faute ensuite à une situation politique qui a considérablement évolué. Le Parti socialiste de 2011 n’est plus celui de 2026. Deux lourds échecs à la présidentielle (6,36 % en 2017 puis 1,75 % en 2022) sont passés par là.
Si cette primaire n’a pas passionné au-delà des rangs militants, c’est aussi sans doute dû à des discussions qui ont beaucoup tourné autour de questions très politiciennes, et notamment du rapport à La France insoumise. Les plus gros clashes lors des confrontations télévisées se sont faits sur cette question-là… pourtant pas structurante dans le cadre d’une présidentielle.
Mais pour Raphaël Glucksmann, qui revendique de faire de cette primaire le début d’une refondation de la gauche, il y avait un besoin de « clarifier ». Comme Jérôme Guedj, il est hostile à tout rapprochement avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon aux législatives.
À l’inverse, Olivier Faure défend l’idée d’un rassemblement de la gauche à l’Assemblée et a reproché à ses adversaires de faire de Jean-Luc Mélenchon le « vainqueur par contumace ». Finalement, si la campagne a permis à Place publique comme au Parti socialiste de doubler leur nombre d’adhérents, difficile de savoir si cela va réellement se transformer en dynamique politique. La campagne présidentielle, qui ne fait que commencer, le dira.



