Il n’y a qu’un parti pour se satisfaire des annonces sur le budget, et ce n’est pas surprenant
Messages reçus. Depuis que Sébastien Lecornu a dévoilé les contours de son budget, rares sont les formations politiques a en dire du bien. La gauche dénonce un projet austéritaire, dont l’effort (plus de 50 milliards d’euros d’économies) repose en partie sur les fonctionnaires, les salariés ou les services publics, tandis que les élus censés soutenir l’action du gouvernement brillent surtout par leur silence.
De fait, un camp se réjouit davantage que les autres : le Rassemblement national. « Il y a des avancées en notre sens », assume par exemple Renaud Labaye, le directeur de campagne de Marine Le Pen dans les colonnes du Parisien ce samedi 19 octobre, en précisant toutefois que « ça ne va pas assez loin ». Sa candidate, elle, va jusqu’à parler de « victoire idéologique », dans ce même article, à l’image de plusieurs cadres de sa formation.
Le parti d’extrême droite a effectivement de quoi se féliciter. La proposition de Sébastien Lecornu d’instaurer un délai de carence pour le versement de certaines allocations aux étrangers, (le RSA – revenu de solidarité active —, les APL — aides au logement —, les allocations familiales ou le minimum vieillesse), répond en partie à sa matrice de « priorité nationale ». Mais si cette mesure est l’illustration éclatante de cette main tendue, il y en a d’autres.
Ces mesures qui parlent au RN
Dans ses pistes dévoilées au Figaro, le locataire de Matignon ne reprend que peu de mesures soutenues par la gauche — si ce n’est aucune. Il endosse en revanche plusieurs marottes de la droite et du Rassemblement national. C’est le cas de la baisse du coût de fonctionnement de l’État, illustrée par exemple avec la « compression » des budgets des cabinets ministériels ou encore la baisse des enveloppes des opérateurs et agences. Du miel dans les oreilles du RN.
Le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella voit également d’un (très) bon œil les propos du Premier ministre sur les énergies renouvelables. Il veut effectivement « réinterroger les rentes tirées des contrats les plus anciens », dans l’optique de « supprimer des subventions publiques ». De quoi répondre en partie aux revendications des lepénistes, toujours défiants à l’égard de la stratégie énergétique mise en place par les gouvernements macronistes, et la part qu’elle accorde au renouvelable.
Restent malgré tout de nombreuses questions, et un doute qui risque de grandir au fil de la saison budgétaire : ces rapprochés, qui sont encore à préciser, seront-ils de nature à satisfaire pleinement le RN ? Et à obtenir sa mansuétude au moment des votes ? C’est semble-t-il ce que cherche à obtenir Sébastien Lecornu pour faire passer ses deux textes (budget de l’État et de la Sécurité sociale).
Pour l’heure, les cadres se montrent ouverts. Marine Le Pen estime même qu’un « mauvais budget modifiable » est préférable cette année à une « loi spéciale », et l’absence de budget. Mais certains points précis demeurent difficiles, même pour l’extrême droite. Laure Lavalette, une proche de la candidate, a déjà indiqué, comme plusieurs de ses collègues, qu’il n’était « pas question » de mettre les retraités à contribution. Ce que prévoit de faire le gouvernement, selon sa copie initiale, soit à travers une désindexation des pensions, soit la suppression d’un abattement de 10 % dont ils bénéficient. La saison des concessions est ouverte.


