« Si je gagne à l’EuroMillions… » : quand la question des enfants est aussi une question d’argent
Le « réarmement démographique » voulu par Macron en 2024 n’a toujours pas eu lieu. Il est même en mauvaise voie : alors que l’année 2025 a vu le plus faible nombre de naissances depuis la seconde guerre mondiale, la population voit son pouvoir d’achat reculer. Et entre natalité et capacité financière, il y a un lien direct.
C’est ce que montre une étude publiée ce mercredi 16 septembre par l’Union nationale des associations familiales (Unaf), qui pointe que les parents quel que soit leur milieu, « affirment que leurs contraintes financières ne leur permettent pas de réaliser leur désir d’enfants ». Ils sont plus de deux tiers (67 %) à déclarer ne pas disposer de ressources financières suffisantes pour avoir un enfant supplémentaire. Un constat qui était aussi celui du rapport de la mission parlementaire sur les causes et les conséquences de la baisse de la natalité en France. Car la vie de famille est loin de survivre d’amour et d’eau fraîche. C’est ce dont témoignent quatre femmes qui ont dû freiner leur désir de parentalité auprès du HuffPost.
Repousser ses projets de parentalité
Pauline a 33 ans et depuis trois ans déjà, elle et son conjoint parlent de devenir parents, sans pour autant arrêter la contraception. La raison, elle l’affirme, est principalement financière. « Les loyers sont tellement élevés, déplore la Parisienne. On ne peut pas se permettre d’avoir plus grand que notre 45 m2 avec une seule chambre. » Le couple s’imagine parfois déménager en banlieue pour payer un peu moins cher, mais est vite rattrapé par la réalité. « On pourrait avoir une chambre en plus, mais on se rajouterait une heure ou deux de trajets en transports en commun par jour pour aller au travail, donc il faudrait payer pour faire garder notre enfant sur ces heures-là. »
Les deux trentenaires angoissent en voyant les galères de garde que traversent leurs amis parents. « Ils ont tous galérer à trouver une crèche, certains sont passés à temps partiel pour payer moins d’heures de garde… Et ces gens gagnent plus que nous, parfois avec des horaires plus flexibles ! », s’exclame la travailleuse sociale. Alors, en attendant un contexte plus propice, ils repoussent. « Je sais que plus le temps passe, plus nous risquons d’avoir des difficultés à concevoir, mais pour l’instant, je ne vois pas comment on pourrait s’en sortir. » Un constat frustrant, qui déprime Pauline et son conjoint. « J’ai grandi dans une famille où l’argent manquait, et je ne veux surtout pas reproduire ça. Je préfère imaginer ma vie autrement plutôt qu’en fondant une famille qui va devoir se priver de tout. »
Une question d’argent avant tout
La question de la qualité de vie est capitale aussi pour Gabrielle*, 31 ans. Elle qui s’est longtemps imaginé avoir trois ou quatre enfants a aujourd’hui un fils de 18 mois. Son conjoint a deux enfants plus grands, issus d’une précédente union, qui vivent avec eux la moitié du temps. Et si elle aimerait avoir un deuxième enfant, elle sait qu’elle n’en aura pas. « Les raisons sont multiples, mais l’argent joue un rôle important. »
Pour elle, ajouter un petit membre à leur famille recomposée serait « jouable », mais pas nécessairement raisonnable. Cela impliquerait, par exemple, de changer leur petite voiture pour un modèle plus spacieux (et coûteux), ou de mettre deux enfants dans chaque chambre. Un gros changement par rapport à l’équilibre qu’ils ont trouvé aujourd’hui « en termes d’attention qu’on peut apporter, de budget qu’on peut allouer pour l’alimentation, les loisirs, la culture… » Des dépenses sur lesquelles le couple ne veut pas avoir à « raboter » dans l’éducation des enfants.
« Un vrai deuil »
Sérine* a un discours similaire. Avec son compagnon, ils se sont longtemps imaginé leur famille avec un rejeton de plus que leurs deux fils. Mais après 9 mois d’attente pour trouver une place en crèche pour le deuxième, et des périodes de sommeil difficile avant de trouver un rythme, ils ont abandonné l’idée. Difficile de gérer trois enfants (dont un en bas âge) et deux emplois à temps plein et, financièrement, s’arrêter temporairement pour l’un des parents, n’est pas une option.
« L’idée d’un troisième nous a traversés, parce qu’une fille ça aurait été chouette, parce qu’on adore les enfants. Mais il n’y en aura pas. Le congé maternité ne dure pas assez longtemps [À partir du troisième enfant, le congé maternité est porté à 26 semaines, ndlr], le congé parental ne vaut rien. On fera l’impasse », déplore la mère.
Tout comme elle, Karen*et son partenaire ont dû faire « un vrai deuil » d’une vie de famille à cinq. Parmi les raisons qu’elle évoque, il y a la santé physique et mentale des deux parents… Mais aussi les finances. Depuis un cancer, son mari ne peut plus travailler et, avec un seul salaire, impossible de changer de voiture pour passer à une familiale, par exemple. Une situation difficile pour le couple. « On en pleure encore parfois. On espère que notre situation va changer et qu’on pourra se lancer. Je sais que si je gagne à l’EuroMillions, la 1ère chose qu’on fait, c’est le 3ème bébé ! »
*À la demande des personnes interviewées, les prénoms ont été modifiés.



