Economia

Les rares nouvelles de Lecornu sur son budget traduisent une inédite fébrilité

L’angoisse de l’examen. Alors que le gouvernement continue de travailler sur les prochains budgets (de l’État et de la Sécurité sociale), Sébastien Lecornu peine à masquer sa fébrilité. Fini le calme des vieilles troupes cher à celui qui s’autoproclame « moine-soldat » depuis son arrivée à Matignon. L’heure est au contraire à une forme d’emballement inédit.

Les événements de ces derniers jours en sont la parfaite illustration. Ce mercredi, le Premier ministre a effectivement fait savoir à la presse (via son entourage) qu’il envisageait de baisser les indemnités des ministres et de leurs conseillers. Une mesure avant tout symbolique (démagogique diraient les plus chafouins) en ce qu’elle ne changera rien aux grands équilibres financiers ni à la flambée de la dette. Mais qui a au moins le mérite de plaire à une grande partie de la population.

Surtout, celle nouvelle fuite organisée est à mettre en parallèle avec une autre piste abondamment discutée ces dernières heures, celle qui reviendrait à taxer ou ponctionner les mécanismes de l’épargne salariale pour contribuer aux 30 milliards d’euros d’économies escomptés cette année. Nettement moins populaire que le coup de rabot touchant le personnel politique, cette hypothèse a suscité les vives critiques de bon nombre de macronistes… Et l’ire du chef du gouvernement en personne.

À quoi joue Lecornu ?

Signe de la sensibilité du sujet, Sébastien Lecornu a fait le choix de mettre en scène cette colère en trois actes, au moins, mardi 8 septembre. Sur le réseau social X d’abord, il a jugé « grave » que des « informations de travail » se retrouvent dans la presse, ceci alors qu’elles étaient commentées par le ministre de l’Économie Roland Lescure quelques heures plus tôt dans une interview matinale.

Puis, Matignon a fait savoir que le chef du gouvernement « ne s’est jamais prononcé en faveur » d’une telle mesure, et qu’à « l’inverse » il soutient le déblocage de cette épargne. Enfin, dans la soirée, ses services ont annoncé dans un communiqué avoir dégainé le bazooka en saisissant la justice (par un signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale) sur cette fuite susceptible de « troubler la vie des affaires ». Un procédé extrêmement rare au sommet de l’État… D’autant plus déroutant que Sébastien Lecornu a fait le choix, le lendemain, d’abonder de nouvelles fuites.

Alors, à quoi joue le locataire de Matignon, quelques semaines avant la présentation de son fameux budget ? Difficile de sonder parfaitement la stratégie de l’ancien ministre des Armées, réputé fin politique, tant la macronie est habituée, depuis 2017, à user de la technique des « ballons d’essai » puis des colères calculées.

La première consiste à faire émerger un sujet ou une piste dans l’atmosphère médiatique pour en évaluer les retombées, et si besoin faire évoluer les mentalités dans un sens ou dans l’autre. La seconde, chère à Emmanuel Macron, revient à blâmer ses propres équipes, l’administration, ou les ministres, pour s’extirper d’un bourbier si le débat dérape. Est-ce le théorème appliqué en ce début septembre ?

Un automne infernal

Dans le bloc central, chacun avance sa propre analyse. Pour un ancien ministre sondé par Le HuffPost, désormais soutien de Gabriel Attal, le chef du gouvernement est contraint de sortir de son habituelle discrétion, au risque d’alimenter les « cafouillages », car « la situation lui échappe. » Pour un ministre actuel, cuisiné cette fois par l’AFP, la volte-face sur l’épargne salariale « transpire la pré-candidature » à la présidentielle, pourtant démentie régulièrement par Sébastien Lecornu lui-même. Ou à tout le moins « c’est la marque de “je veux qu’on me considère” ».

Au-delà ces tentatives d’explication, une chose est assez certaine : les semaines qui attendent Sébastien Lecornu s’annoncent excessivement périlleuses. Le gouvernement n’a toujours pas de majorité à l’Assemblée nationale, et les différents candidats à la présidentielle n’ont pas l’intention de se priver d’une dernière tribune anti-macroniste dans la dernière ligne droite de la campagne. Dès lors, toutes les hypothèses circulent, de la censure du gouvernement à l’éventualité des ordonnances, en passant par une très improbable nouvelle dissolution.

Dans ce contexte, le locataire de Matignon et ses ministres sont donc tentés de mettre la pression sur les oppositions en évoquant le destin du futur président ou présidente de la République. Celui-ci, pour résumer, serait dans de meilleures dispositions, estiment-ils, avec un budget, même imparfait, voté cet automne. Un argumentaire dénoncé comme du « chantage » du côté de LFI notamment… et qui ne traduit pas, ici non plus, une sérénité à toutes épreuves.

Alors, en attendant, Sébastien Lecornu continue sa marche entravée. Après avoir dénoncé les fuites, mardi, voilà qu’il annonce plusieurs pistes ou décisions ce mercredi. Outre l’idée de toucher aux salaires des ministres, le chef du gouvernement promet qu’il va réduire le montant de la surtaxe sur les grandes entreprises (décidée sous Michel Barnier). Une façon là aussi de se ménager le beau rôle. Mais qui ne pourra durer indéfiniment.